La Rochelle: l’université tous risques du Parti socialiste

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Les socialistes avaient un temps envisagé de l'annuler. Ils ont finalement maintenu leur traditionnelle université d'été à La Rochelle, mais elle est à haut risque, entre les possibles petites phrases assassines entre candidats à la candidature, les derniers soubresauts de l'affaire DSK et l'urgence de la crise financière.

L'université d'été devait pourtant marquer le coup d'envoi de la campagne à la primaire pour laquelle le PS espère mobiliser au moins un million d'électeurs pour lancer le candidat qui affrontera Nicolas Sarkozy. Les trois jours de débats prévus, avec de nombreux intervenants extérieurs, notamment des universitaires, sont aussi l'occasion de mettre en avant les propositions des socialistes pour 2012.

Mais sans confrontation entre les postulants à la primaire: les cinq socialistes en lice participeront séparément à des plénières thématiques avec les militants. Il faudra attendre le 15 septembre pour assister au premier des trois débats – retransmis à la télé – opposant les candidats, dont le chef des radicaux de gauche, Jean-Michel Baylet.

Pour les deux favoris des sondages, François Hollande et Martine Aubry, l'enjeu est déjà ailleurs, lancés dans une bataille pour l'opinion et dans la mobilisation de leurs troupes pour le premier tour du 9 octobre, voire le second du 16 octobre. La maire de Lille vient de publier une «lettre aux Français», tirée à un million d'exemplaires et téléchargeable sur son site de campagne, quand Hollande publie jeudi un nouveau livre, Le Rêve français. Et tous deux ont déjà amassé l'essentiel de leurs soutiens de cadres du parti au début de l'été – même si quelques ralliements sont encore possibles, à l'instar du très strauss-kahnien Jean-Marie Le Guen, qui vient de rejoindre Hollande.

«Rien ne se joue à La Rochelle. Si ce n'est un vrai risque: les dérapages, bien plus que la capacité de tel ou telle de se sublimer ou d'envoyer un message aux Français», explique un proche de la maire de Lille, qui craint surtout les débordements des supporters de tous les camps, des sifflements dans la salle aux attaques «un peu trop virulentes».

«Pour nous, La Rochelle fait partie des points de passage obligés mais qu'on cherche à banaliser. On va faire quelque chose de soft, sans en faire un moment crucial», avance aussi Stéphane Le Foll, membre de l'équipe de campagne de François Hollande. Lui aussi redoute les tensions: «C'est un point de cristallisation de la vie du PS. A chaque fois, des moments nous échappent, comme les deux petites phrases juste avant l'ouverture qui vont faire le buzz.»

Ces deux-là sont convaincus que la primaire ne se gagnera pas à La Rochelle, puisque tous les Français – en échange d'un euro et de la signature d'une charte d'adhésion aux valeurs de la gauche – peuvent y participer.  «On va utiliser ce moment pour voir les militants, fixer des objectifs de mobilisation, prévoir des débats dans les territoires», dit-on chez Aubry. Quant aux partisans de Hollande, ils parient que la primaire se gagnera essentiellement dans l'opinion et qu'ils peuvent déjà compter sur l'avance de leur champion dans les sondages. «François est en position de favori», dit Le Foll.

Deux lignes au PS?

Pour les trois autres, distancés dans les enquêtes d'opinion, l'enjeu est tout autre: La Rochelle leur offre une tribune médiatique et une occasion de convaincre les troupes socialistes. «Notre priorité est de montrer aux Français que les socialistes sont prêts à assumer les responsabilités autour d'une autre politique. Les Français sont désabusés, désenchantés, et en colère. ll faut les convaincre qu'on a bien entendu leur message», explique Guillaume Garot, maire de Laval et porte-parole de Ségolène Royal. Avant d'ajouter:«C'est aussi un moment important pour leur envoyer un message pour la primaire en leur disant que c'est leur droit d'aller voter.» En résumé, poursuit Garot, «il faut parler du fond et ne pas s'égarer dans des positionnements tactiques ou des divisions artificielles».

Un discours que ne renierait pas Arnaud Montebourg.«L'objectif de La Rochelle, c'est de continuer à faire œuvre de pédagogie par rapport aux militants socialistes. Ils doivent faire un choix de conviction: il n'y a pas de 21-avril possible à la primaire! Il ne faut pas continuer les jeux d'appareil et de courant», explique son directeur de campagne Aquilino Morelle, ex-plume de Lionel Jospin. Pour le reste, «on y va tranquilles et déterminés. Arnaud Montebourg a une ligne politique claire et identifiée, ce qui n'est pas forcément le cas de tous».

 

Lui, comme Ségolène Royal – ainsi que Manuel Valls, à l'autre bout du spectre socialiste –, espère que La Rochelle sera malgré tout l'occasion d'afficher leurs différences de positionnement, que la crise vient souligner. Car si Martine Aubry et François Hollande prônent des orientations similaires sur la maîtrise des déficits – en affichant notamment le même objectif que Nicolas Sarkozy de réduction du déficit sous la barre des 3% dès 2013 – et sur la nécessaire relance de la croissance, Montebourg et Royal tentent de tracer un autre chemin.

 

A ce jeu-là, c'est le député de Saône-et-Loire qui livre le discours le plus en rupture avec la ligne de son parti. «C'est le candidat d'un socialisme nouveau et de la démondialisation,résume Morelle. Il va y avoir des différences entre ceux qui sont alignés sur une attitude rigoriste, qui pensent avant tout au désendettement pour converser le AAA de la France, et un candidat nettement contre comme Arnaud Montebourg, et Ségolène Royal qui est proche de nous.» Montebourg est ainsi clairement opposé à cet objectif de 3%, fixé par le traité de Maastricht, prônant à l'inverse «une forme de confrontation avec la finance».

 

A Frangy-en-Bresse dimanche, il a ainsi proposé une grande loi de «sécurisation de l'économie», passant notamment par une vaste réforme du secteur bancaire, la limitation du salaire des traders ou le démantèlement des agences de notation. Lui espère profiter de la crise pour voir valider ses analyses.

 

C'est aussi, en partie, le cas de Ségolène Royal: très active tout l'été, la présidente de Poitou-Charentes angle plutôt ses propositions face à la crise sur la régulation financière que sur la maîtrise des comptes publics. «Il faut s'attaquer aux racines du mal. La première chose, c'est la régulation des marchés. La première réforme à faire, c'est la réforme bancaire, pour réorienter la finance au service de l'économie», explique son porte-parole, Guillaume Garot. Royal, qui prône un «nouvel ordre international juste», ne se détache pas pour autant clairement de l'objectif d'un déficit de 3% en 2013.

L'ombre de DSK

Mais la difficulté, pour tous les candidats, est d'être audible face à Nicolas Sarkozy. Lui tente d'ailleurs – logiquement – de profiter de la crise, et de la primaire, pour relancer le vieux débat sur le manque de rigueur de la gauche, réputée dépensière, et pour offrir l'image de socialistes désunis. D'où son insistance à demander au PS de voter la «règle d'or», qui fixe pour principe constitutionnel l'équilibre des comptes publics. L'Elysée n'a d'ailleurs d'autre option pour la faire adopter: tout changement constitutionnel nécessite un vote du congrès, où la majorité des deux tiers requise n'est possible qu'avec des voix de l'opposition.

Tout le PS y est opposé – même Manuel Valls a voté mardi soir au bureau national la déclaration commune de son parti. Mais sur le fond, Aubry, Hollande et Valls se placent sur le même terrain que l'Elysée: ils cherchent à faire la démonstration que la gauche est plus efficace, et donc meilleure gestionnaire, que la droite. Les partisans de Hollande en font même une marque de fabrique de leur champion depuis bientôt un an: «Depuis le départ, on était sur l'idée que la question des déficits et de l'endettement était centrale, avec la volonté de chiffrer le projet socialiste et de refuser de tout promettre», rappelle l'eurodéputé Stéphane Le Foll.

La Rochelle devrait en tout cas être une nouvelle occasion de voir ces orientations politiques se déployer. A condition toutefois que l'ombre de Dominique Strauss-Kahn n'occupe pas tout l'espace. Contrairement au début de l'été, les socialistes ont été beaucoup plus mesurés dans leur réaction à l'annonce de l'abandon des charges. S'ils ont tous – ou presque – exprimé leur soulagement – «on peut pas faire autrement, c'est un camarade», glisse l'un d'eux –, ils ont aussitôt tempéré les spéculations sur un éventuel retour, craignant que les dégâts dans l'opinion ne soient trop profonds.

Les entourages des candidats accusent surtout la presse d'en faire trop. «Il y a une discordance très forte entre le traitement des médias de l'affaire DSK et la réalité des préoccupations des Français», affirme Guillaume Garot. «Cela parasite parce que vous en parlez, dit aussi Aquilino Morelle. Moins on en parle, mieux se porteront les socialistes.» Un avis finalement partagé par Stéphane Le Foll: «Il faut en parler avec la distance nécessaire. DSK s'en est sorti, tant mieux. Mais la vie politique continue et on s'adresse aux Français.»

Une phrase qui pourrait s'appliquer à un autre socialiste dans le viseur de la justice, pour des faits d'un tout autre ordre. Jean-Noël Guérini, l'ancien tout-puissant patron de la fédération des Bouches-du-Rhône, pourrait être mis en examen le 8 septembre prochain pour «prise illégale d'intérêt, trafic d'influence et association de malfaiteur en vue du trafic d'influence». En juillet, le bureau national avait refusé à l'unanimité – moins une voix, celle d'Arnaud Montebourg – la mise sous tutelle de la fédération. 

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Publié dans PS

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