La présidentielle sera-t-elle fatale à EELV ?
Eva Joly n'a pas apprécié l'accord électoral conclu la semaine dernière entre EELV et le PS. Elle veut faire entendre sa vision jusqu'au bout. Pour sa "rentrée politique" après quelques jours de repos médiatiques, elle a fermement taclé François Hollande.Mercredi matin, son porte-parole a démissionné. Yannick Jadot, ex-Greenpeace devenu député européen EELV, a déclaré refuser cette stratégie de confrontation.
Europe-Ecologie Les Verts est-elle en train d'exploser ?
1. Le scrutin présidentiel est une élection impossible pour le mouvement écologiste. A chaque fois, il ne présente des candidats que pour exister médiatiquement et créer un rapport de force qu'il espère ensuite favorable pour négocier une place de choix dans la coalition gouvernementale victorieuse.
Nous avons déjà commenté ici combien nous trouvions ce raisonnement dangereux depuis le 21 avril 2002. Le premier tour d'une présidentielle n'est pas la primaire d'un camp, surtout si ce dernier est émietté.
2. L'ironie du sort veut que ce clivage qui semble apparaître au sein d'EELV ne corresponde pas à la ligne traditionnelle entre les Verts historiques et les écologistes "à la Hulot".
3. S'il faut se résigner à faire campagne à côté et non pas avec le candidat Hollande, au moins pourrait-on espérer un argumentaire courtois, diplomatique et complémentaire à l'égard des autres candidats de l'opposition. Exprimer des désaccords entre partenaires n'est pas grave. Mais il y a la forme. En tant qu'écologiste, j'ai été choqué par certains propos d'Eva Joly. Elle a raison de dire que l'accord EELV-PS ne l'a"fait pas rêver", mais tort de compléter par cette salve, à propos de l'intervention supposée d'Areva sur les négocia teurs socialistes : "il pèse désormais sur les socialistes le soupçon d'être du bois dont on fait les marionnettes, et on ne me fera pas croire que c'est bon pour la politique."
Comprenez-moi bien: je suis hostile au nucléaire et les socialistes y sont majoritairement favorables. Mais il me semble inutile de les accuser de collusion nucléaro-industrielle. ça ne sert à rien ni à personne.
4. Il y a beaucoup à dire sur le bilan de Nicolas Sarkozy. Le plus surprenant de ces dernières semaines de campagne est que les "challengers" d'Hollande semblent considérer comme acquis la défaite de Sarkozy en mai prochain. Il y a des indécis à convaincre. Des gens qui ne savent pas pour qui voter dans 5 mois. Un(e) candidat(e) à la présidentielle ne doit penser qu'à ceux-là.
5. Eva Joly a été victime du système. La tentation est toujours grande de se disputer entre partenaires. Chacun sait que l'éditocratie adore ce genre de chamailleries. Un bon tacle contre Hollande porte Eva Joly ou Jean-Luc Mélenchon en couverture des journaux, et surtout du Figaro. Mais ces disputes sont dangereuses car elles désorientent l'électorat indécis sans servir à grand chose vis-à-vis de l'électorat convaincu.