La police de proximité version Sarkozy 2008, c'est fini !

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart-copie-1 18 Août 2010 ParErich Inciyan


C'était la vitrine de la politique gouvernementale de sécurité dans les banlieues sensibles. Les «unités territoriales de quartier» (UTEQ) avaient été lancées en janvier 2008, dans la foulée de l'élection de Nicolas Sarkozy à l'Elysée. Comme une mesure phare qui visait à rétablir le dialogue entre la population locale et «sa» police. La ministre de l'intérieur de l'époque, Michèle Alliot-Marie, en disait le plus grand bien. De nombreux maires, de droite ou de gauche, aussi.

 

Jamais Brice Hortefeux ne lâchera donc cet aveu: «La police de quartier, c'est fini.» Jouant sur les mots, le ministre se contente de communiquersur l'avènement d'une «nouvelle génération» d'UTEQ qui seront de«véritables brigades spéciales de terrain» (BST). Pas une suppression, mais une évolution, insiste-t-il, au détour d'un discours qui s'inscrit cependant dans la droite lignée de la «guerre» déclarée aux «voyous», fin juillet, par le président Sarkozy.

Il n'empêche: les UTEQ, avec leurs policiers affectés à un quartier donné et au service de ses habitants, n'existeront plus sous la forme qu'on leur a connue depuis 2008. Les BST à venir ne seront «plus rattachées à un quartier, mais à une zone de délinquance», commente Brice Hortefeux. C'est dire que ces policiers de «nouvelle génération» seront déplaçables, d'un secteur à l'autre en fonction des missions, et n'assureront plus la présence permanente dans un quartier qui était si importante aux yeux de Michèle Alliot-Marie. C'est souligner, aussi, que l'on ne parle plus des habitants mais des délinquants...

La ministre de l'intérieur de M. Sarkozy était en effet très attachée aux UTEQ. «Des policiers plus disponibles, ce sont des policiers davantage présents sur le terrain. Mais aussi, je le souhaite, des modes spécifiques de présence. Dans certains quartiers bien délimités choisis pour leur sensibilité à la délinquance et aux violences urbaines, des unités particulièrement formées à l'activité en milieu difficile seront créées»,disait ainsi Michèle Alliot-Marie, le 14 janvier 2008, lors de leur lancement en fanfare.

Sans réhabiliter, évidemment, le concept de «police de proximité» appliqué par la gauche des années 1990 et rayé d'un trait de plume, en 2002, par le ministre de l'intérieur Sarkozy. Mais Mme Alliot-Marie affirmait bien la volonté d'implanter un service de police dans un quartier donné, dont les habitants connaissent «leurs» policiers autant que ceux-ci connaissent «leur» population (délinquants compris). Une formule que, selon les périodes ou les latitudes, on nomme «police communautaire», îlotage, «police de proximité» ou «police territoriale de quartier»...

De cette police de proximité, la ministre Alliot-Marie parlait avec conviction. «La réussite des unités territoriales de quartiers, créées il y a un an, est saluée par la population et par les maires. Nombre de collectivités locales, de droite ou de gauche, en demandent, disait-elle, le 15 juin 2009, aux Assises nationales de la sécurité. En synergie avec les autres services en tenue, elles assurent une présence visible et dissuasive sur le terrain, participent aux opérations de lutte contre la délinquance, favorisent l'identification et l'interpellation des auteurs d'infraction.»

 

Apparemment forte du soutien du président de la République, la ministre de l'intérieur s'engageait même à la mise en place  de «100 UTEQ» dans tout l'Hexagone d'ici à la «fin 2010»... Les parlementaires de droite n'étaient pas en reste. «La grande majorité de la population a globalement bien accueilli les UTEQ, à l'exception des délinquants bien entendu», relevait le rapporteur(UMP) de l'Assemblée nationale pour la sécurité (loi de finances 2010), Michel Diefenbacher. «L'effet sur les chiffres de la délinquance est réel» et «le principal acquis de la mise en place des UTEQ: le retour des patrouilles sur le terrain.»

Même si Brice Hortefeux n'a pas détaillé ce que sera la«nouvelle génération» des brigades affectées aux banlieues (effectifs, missions), tous ces engagements semblent bien envoyés aux oubliettes des réformes non abouties. Le 24 juin 2009, tout juste arrivé place Beauvau, il avait d'abord rendu un hommage nuancé aux UTEQ: «C'est une solution qui coûte, qui suppose des redéploiements mais qui est efficace.» En septembre 2009, M. Hortefeux répondait encore à un député (UMP) de Seine-Saint-Denis, Eric Raoult, qui disait lui aussi son attachement à ce type de police: «Conformément aux décisions annoncées par le président de la République le 18 mars, leur déploiement sera poursuivi en 2010. Ces unités sont créées dans les quartiers sensibles les plus affectés par la délinquance.»

Un autre élu de Seine-Saint-Denis, Gilbert Roger, le maire (PS) de Bondy, avait alors demandé, comme beaucoup d'autres, l'implantation locale d'une UTEQ. «La sécurité quotidienne se dégrade dans nos quartiers. C'est pourquoi nous avons besoin de policiers de proximité qui soient ancrés à un territoire, qui finissent par connaître tout le monde, les gardiens d'immeuble, les commerçants... Qui savent, par exemple, que les vols de sac et les agressions se multiplient aux abords de la Poste, fin décembre à Bondy, et qui soient en mesure de réagir», expliquait-il.«Avec la politique actuelle de sécurité, on a tout le contraire. La police n'intervient qu'au coup par coup. On croit régler les problèmes en débarquant dans un quartier en force avec des brigades spécialisées surgies de l'extérieur.»

Mais aujourd'hui, le ministre Hortefeux insiste d'abord sur le coût budgétaire de ces unités territoriales dans un contexte de révision générale des politiques publiques (RGPP) qui, répète-t-il, doit s'imposer à la police comme aux autres services de l'Etat. Après avoir supprimé plusieurs milliers de postes de policiers et de gendarmes (plus de 9.000 depuis 2007, selon le chiffrage de plusieurs syndicats de police et du PS), le ministère de l'intérieur envisagerait encore la suppression budgétaire de 3.500 postes de policiers dans les trois ans à venir (selon Le Monde du 18 août).

Les UTEQ, version Sarkozy 2008, resteront donc une expérimentation non aboutie. Dommage pour les policiers investis dans l'affaire ces deux dernières années: «Ils ont découvert comme leurs prédécesseurs, îlotiers ou policiers de proximité, que l'action de la police ne peut être univoque, surtout dans ces secteurs, qu'il leur fallait connaître les gens, jouer sur le dialogue comme sur la répression, et que cela demandait du temps et un attachement au territoire», commente le sociologue Christian Mouhanna (sous l'onglet Prolonger de cet article).

«Aujourd'hui, la politique de sécurité publique dans ces quartiers est à la dérive, ajoute son collège Sebastian Roché. La police est de plus en plus militarisée. Ses membres sont censés être flexibles, passant de la police de proximité à d'autres fonctions policières. Mais ils ont “toujours mieux à faire” qu'anticiper les difficultés, que prévenir des délits ou de résoudre pacifiquement des conflits familiaux. D'autant que la managérisation, la gestion par indicateurs de performances et par objectifs, n'est vraiment pas adaptée à la police de proximité dont les agents paraissent improductifs, selon ces objectifs de performance.»

A Montréal, rappelait le sociologue de la police Dominique Monjardet,il a fallu une dizaine d'années pour installer solidement la police de proximité. En France, le temps lui est toujours rogné.

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Publié dans Politique

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