La pauvreté vue autrement

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010 Jacques GUYON 19/11/2010

 

S'il est bien connu que «l'argent ne fait pas le bonheur», peut-on extrapoler et affirmer que la qualité de la vie ne saurait se résumer complètement à la santé financière des ménages composant une nation ? C'est la théorie du prix Nobel d'économie 2001 Joseph Stiglitz, ancien conseiller de Bill Clinton.


Economiste reconnu et iconoclaste, Stiglitz a théorisé l'idée que le seul PIB n'est pas un instrument suffisant pour mesurer la richesse réelle d'un pays. La qualité de vie, l'environnement, le niveau d'éducation, la sécurité, celui des échanges sociaux, l'offre culturelle, etc. sont autant de critères qu'il faut également prendre en compte si on veut vraiment évaluer «la qualité de vie» d'une population.

Théorie séduisante et qui avait eu l'heur de plaire à Nicolas Sarkozy. Sans doute les mauvaises langues souligneront-elles que la décision de commander un rapport à Stiglitz n'était pas totalement étrangère aux violentes critiques (c'était pourtant avant la crise...) dont était alors la cible celui qui avait promis d'être «le Président du pouvoir d'achat»... Pour autant l'idée était excellente.

Et voilà qu'à partir du rapport Stiglitz remis solennellement à la Sorbonne il y a un peu plus d'un an, l'Insee vient de publier le nouveau «portrait social» de la France à travers la première grille signée Stiglitz. Ce portait de notre pays s'il est sans doute plus exact, plus pertinent n'en apparaît pas pour autant plus reluisant.


C'est ainsi qu'il note que si 13 % des Français connaissent un problème crucial d'argent - moins de 950 euros par mois pour vivre -, lorsqu'on soumet la population au nouvel indicateur de «bien-être», ce sont 22 % de Français qui souffrent au quotidien ! 22 % qui ont soit des problèmes de loyer ou de factures impayées, des difficultés à partir en vacances même une semaine par an, de recevoir de la famille ou d'acheter des vêtements neufs. La pauvreté aurait ainsi touché une personne sur cinq entre 2004 et 2007. Même si parmi elles, 40 % ne sont restés pauvres qu'une seule année, cette pauvreté a touché en priorité les jeunes ménages et les personnes âgées.


Grand enseignement de cette étude: le renchérissement du poste du logement pèse plus lourdement sur les ménages les plus modestes. C'est ainsi que lors de ces dix dernières années, la part consacrée au loyer par les ménages les plus modestes est passée à 39 % alors que pour la moyenne de la population elle n'a augmenté que de 2 points à 27 %.


Autre enseignement et non des moindres: être un Français, enfant d'immigrés issus du Maghreb, c'est avoir 20 % de chance de moins d'avoir un emploi, le niveau d'études, la situation familiale ou le lieu de résidence, n'expliquant qu'un tiers de cet écart... Nul doute que cette photo de la France va être examinée à la loupe par le gouvernement. Et d'abord par Jeannette Bougrab, nouvelle secrétaire d'Etat à la Jeunesse et à la vie associative, ancienne présidente de la Halde.

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Publié dans Société

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