La main dans le pot de confiture
On n'ose pas croire à tant d'amateurisme. A moins qu'il faille penser qu'à force de camper sur les sommets du pouvoir, Brice Hortefeux ait tout simplement cédé à l'illusion de croire que tout lui était permis.
Au train où vont les choses, dire que l'affaire Karachi est en train de semer la panique à l'Elysée va finir par relever de l'euphémisme. Depuis que deux très proches collaborateurs et amis de Nicolas Sarkozy - l'un était son témoin au mariage du président et Carla Bruni... - ont été mis en examen, toutes les tentatives de la présidence pour installer des pare-feu semblent en effet se transformer en boomerangs.
Jeudi non seulement le communiqué de l'Elysée dénonçant une «manipulation politicienne» n'a convaincu personne. Mais la phrase où il est dit que «le nom du chef de l'Etat n'a été cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier» a assez rapidement semé le trouble. Comment en effet l'Elysée peut-il savoir que dans les milliers de pages que comprend à ce jour la procédure n'apparaît jamais le nom de Nicolas Sarkozy si ce n'est en ayant eu justement en détails connaissance du dossier ? Hier, les syndicats de magistrats y ont vu l'aveu d'une violation du secret de l'instruction par le pouvoir.
L'opposition dénonce elle le non-respect de la séparation des pouvoirs par celui-là même qui est chargé de l'incarner. Ces indignations relèvent certes grandement de la posture tant on sait que le secret de l'instruction n'est, et ceci depuis bien longtemps, qu'un secret de polichinelle et qu'à chaque fois qu'une affaire sensible est susceptible d'éclabousser le pouvoir, celui-ci sait pouvoir compter sur les procureurs pour la suivre au plus près...
Mais là où l'Elysée s'est carrément pris les pieds dans le tapis, c'est quand on a découvert hier grâce au Monde.fr qu'un conseiller de la présidence avait eu deux conversations téléphoniques avec Thierry Gaubert. La première où il l'avertissait dans un langage à la Audiard que sa femme, Hélène de Yougoslavie, avait «beaucoup balancé» au juge. La seconde alors même que Gaubert était en garde-à-vue - on avait semble-t-il omis de lui enlever son portable... - pour s'inquiéter «tu as eu Bazire, parce que visiblement il est, lui, dedans cette histoire».
Sans doute y aura-t-il quelques Bisounours pour croire que seule l'amitié a conduit ce conseiller de l'Elysée à prendre des nouvelles de quelqu'un dont il dit maintenant qu'il ne savait même pas qu'il était en garde à vue... Le problème c'est que le conseiller en question s'appelle Brice Hortefeux. Qu'il y a peu il était ministre de l'Intérieur. Cela voudrait-il dire que malgré son expérience de premier flic de France, il ne savait pas qu'il existait encore des écoutes dans notre beau pays ? On n'ose pas croire à tant d'amateurisme.
A moins qu'il faille penser qu'à force de camper sur les sommets du pouvoir, Brice Hortefeux ait tout simplement cédé à l'illusion de croire que tout lui était permis, qu'il avait tout sous contrôle, que son statut le rendait intouchable. Au-dessus des lois. Pour ne pas dire hors-la-loi.