La loi comme cache-misère
Il était resté étonnamment silencieux jusqu'alors. Hier, Nicolas Sarkozy en visite en Loire-Atlantique, département dans lequel a disparu la jeune Laëtitia, a brisé ce silence en lançant «je veux vous dire que la récidive criminelle ne peut rester impunie». Le matin même le président de la République avait par ailleurs demandé au gouvernement et aux parlementaires de l'UMP de «prendre des initiatives très vite».
On ne saurait évidemment reprocher à Nicolas Sarkozy d'éprouver le même sentiment de révolte que celui que viennent d'exprimer dans leur «marche blanche» les proches et moins proches de Laëtitia. On ne peut pas ne pas s'indigner comme lui que le principal suspect sorti de prison en février 2010, un individu condamné treize fois, dont une pour viol, se soit évanoui dans la nature. Et ceci alors qu'il était inscrit au fichier des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes et était sous le coup d'une mise à l'épreuve de deux ans avec obligation de soins...
On ne peut contester l'implication très forte qui est celle du Président de la République à l'occasion de telles tragédies. Mais si on doit lui reconnaître une empathie spontanée avec les victimes, force est de constater qu'une fois encore, Nicolas Sarkozy fait appel à son équation favorite: un fait divers = une nouvelle loi.
Or force est de constater que cette sur-réactivité législative se traduit bien plus par une inflation de lois que par des résultats tangibles. L'auteur présumé du meurtre de Laëtitia relève en effet de lois déjà votées en rafales: loi Perben sur le fichier des infractions sexuelles, loi Clément, loi sur les peines plancher, la rétention de sûreté ou encore celle qui peut permettre la castration chimique...
Ce n'est donc point tant l'arsenal juridique qui fait défaut que son application. Pas tant le problème de la libération anticipée - l'assassin présumé de Laëtitia a accompli normalement sa peine - que l'effectivité du suivi après la libération. Ainsi peut-on - au minimum - s'étonner de voir qu'il est plus aisé d'échapper à une obligation de soins lorsqu'on est un criminel sexuel récidiviste que quand on a eu le malheur une fois dans sa vie d'être contrôlé positif au volant sans même avoir provoqué le moindre accrochage...
Ce drame met une nouvelle fois en évidence l'écart entre un discours volontariste ultra-sécuritaire et les moyens dont disposent la médecine psychiatrique en milieu carcéral et les juges d'application des peines. Le sénateur centriste à l'origine du fichier sur les auteurs d'infractions sexuelles expliquait hier à Marianne, qu'en 2005 il avait fait voter une mesure pour permettre aux psychologues d'aider les médecins débordés à effectuer ce suivi mais... que le décret d'application n'avait toujours pas été pris.
Quant au bracelet électronique présenté pourtant comme une révolution, on a appris hier qu'il n'y en a que moins de cent en circulation en France. Faut-il une loi pour en multiplier le nombre ?