La Libye ne sauvera pas Sarkozy
Il paraît qu'il est « vigilant », « clair sur ce qu'il veut faire, mais inquiet de la gravité de la crise », « soucieux », « serein », presque « grisé » devant ce « moment historique ».
Malgré ses déboires et ses gaffes aoûtiennes, le président français rentre de vacances, mais c'est encore Rambo revenant de l'entraînement que nous dépeignent certains journalistes. Pourtant, que de bourdes en quelques semaines !
Ce mercredi 24 août, Nicolas Sarkozy fait sa rentrée officielle, avec l'ensemble des membres de son gouvernement pour un premier conseil des ministres. La césure estivale n'a pas été aussi reposante que prévue. Et certains nous annoncent la guerre en Libye comme un sésame vers la popularité.
Candidat en campagne
Au Cap Nègre depuis 8 jours, le candidat a multiplié les contacts... non pas tant au sujet de la situation internationale, qu'il s'agisse de la crise de l'euro ou du renversement du régime libyen. Certes, il a bien reçu à dîner le président ivoirien Ouattara le 19 août dernier, qui était présent en France pour l'enterrement d'un ami proche. Le château d'été de la famille Bruni est devenue résidence d'Etat. A moins que la visite n'était que privée. On ne sait plus. La confusion des genres, public/privé, est toujours dommageable en République.
Sarkozy travaillait surtout à sa réélection. Ses proches de campagne sont venus (Copé, Hortefeux, Fourtou sans doute). Il fallait préparer la stratégie, roder les argumentaires, discuter tactiques. Le weekend dernier, un sondage politique, pour ce qu'il vaut, était à nouveau mauvais. Les 938 personnes interrogées par l'Ifop dimanche dernier « veulent lui faire payer les conséquences de la crise » commentait un représentant de l'institut. Un conseiller élyséen commente : « Le climat n’est pas bon. La crise est là, difficile pour les gens et les rentrées ne sont jamais bonnes. » Tout de même, un ministre a confié à un éditorialiste des Echos que Sarkozy avait « la griserie de celui qui se sait confronté à un moment historique ».
Alors qu'il revenait à Paris, mardi 23 août dans l'après-midi, une autre nouvelle est venue de New-York. Le procureur Cyrus Vance demandait l'abandon de toutes les charges contre Dominique Strauss-Kahn. Cette « libération » pourrait clore un épisode perturbant pour quelques socialistes estomaqués. Elle termine aussi trop tôt une procédure judiciaire qui serait tel le sparadrap du capitaine Haddock sur les doigts de la campagne socialiste.
Chef de guerre
En Libye, le colonel Kadhafi était toujours introuvable mais le pouvoir ne lui appartient plus. La guerre de la communication fait rage. Les combats aussi. Des commandos français et britanniques aident les rebelles sur le terrain. Nicolas Sarkozy a attendu lundi pour son premier commentaire après l'accélération des évènements militaires du weekend. Des combats ont repris à Tripoli, près de la place verte. Et l'un des fils Kadhafi annoncé arrêté est apparu prétendument libre dans la nuit de lundi à mardi.
Sarkozy a quand même appelé « les forces qui sont encore fidèles au régime à se détourner sans délai de l'aveuglement criminel et cynique de leur chef en cessant immédiatement le feu, en déposant les armes et en se mettant à la disposition des autorités libyennes légitimes ». Les termes sont toujours extrêmes. Le cow-boy ne s'est pas calmé. Il patiente à peine pour réclamer son dû, la reconnaissance qu'il a gagné « sa » guerre.
Pour la presse, Sarkozy est déjà victorieux. Les médias, dans l'ensemble, lui accordent déjà toutes les médailles. « Une victoire à point nommé pour Sarkozy » (Les Echos), « Oxygène libyen pourSarkozy » (Sud-Ouest), « Sarkozy salué » (AFP, repris par le Monde), « Le pari gagné de Sarkozyen Libye » (Le Figaro), « La Libye, un succès de la diplomatie Sarkozy » (TF1.fr), « la victoire de Sarkozy » (JDD).
Les mêmes médias qui s'inquiétaient, en janvier ou en mars, de l'avenir politique de la Tunisie ou de l'Egypte après le renversement de leurs autocrates soutenus jusqu'à la dernière heure par les pays occidentaux, se félicitent aujourd'hui de la chute de Kadhafi sans se soucier de l'avenir. L'expérience irakienne n'aura donc servi à rien.
En Libye, la guerre n'est pas gagnée.
« Alors qu'une phase de transition va s'ouvrir, le président de la République invite tous les Libyens à l'aborder dans un esprit de réconciliation et d'unité, avec pour objectif de jeter les fondations d'une Libye nouvelle et démocratique, respectueuse des droits de chacun, où le peuple libyen dans son ensemble et chacune de ses composantes pourront se sentir représentés. » Et il a conclu son communiqué par une invitation: « Le président de la République a invité le Premier ministre du CNT à se rendre en France mercredi prochain.» S'agissait-il de reprendre les discussions «commerciales » mais occultes entamées avec le gouvernement précédent ?
Président taclé
A Paris, l'auteur-compositeur Benjamin Biolay s'est lâché dans l'édition de rentrée du mensuelTechnikart. Un an et demi après la rumeur d'adultère avec Carla Bruni, devenue affaire d'Etat. Le chanteur a d'abord démenti. Mais le plus direct est venu ensuite: « C'était quelqu'un que je n'avais pas vu depuis deux ans. Franchement, j'avais du mal à comprendre ce qui m'arrivait. Mais ça m'a surtout posé problème par rapport à ma fille,Quand ils ont commencé à lui parler de Carla Bruni à l'école, vraiment j'étais chaud ! Je l'ai appelée (Carla ndlr), je lui ai dit : 'Soit tu démens et tu fais quelque chose tout de suite, soit tu vas voir, je vais devenir très vulgaire.' Elle n'a rien fait et j'ai été très vulgaire. »
Benjamin Biolay explique ensuite: « Je me souviens encore du jour où elle m'a dit : 'Ça ne te dérange pas si mon mec vient au studio ?' Je lui réponds : 'Pas du tout.' Et là, je vois quinze mecs de la sécu débarquer pour checker les sacs. Je lui ai dit : 'C'est qui ton mec ? Parce que si c'est Jay-Z, dis lui que c'est cool, qu'il n'est pas obligé de se la raconter, on est en studio...' Et là, je vois arriver l'autre en chemise rose qui puait la cocotte et tout ! Et il me tutoie direct, en plus ! Depuis, je ne les ai jamais revus. Ils m'ont invité à dîner à l'Elysée, mais plutôt mourir.»