La France rose
Je ne suis pas socialiste, et pourtant je souhaite que le Parti socialiste ait la majorité la plus large possible ce dimanche, une majorité sans alliance. D'aucuns crieront au danger du pouvoir absolu puisque la gauche est majoritaire au Sénat, dans les régions, les départements, les grandes villes, et le président est socialiste.
C'est une quadruple erreur de jugement.
1. Passé ce scrutin, nous entrons dans une nouvelle séquence d'élections intermédiaires. Le prochain scrutin est pour début 2014, moins de deux ans. On changera nos 36.000 équipes municipales. Il y a fort à parier que la droite se sera refait une santé. Puis le Sénat se renouvellera d'un tiers; etc.
2. En période d'ultra-crise, il faut des pleins pouvoirs démocratiques pour surmonter les obstacles. Nicolas Sarkozy, qui pourtant détenait l'Elysée, le Sénat (jusqu'en septembre 2011) et l'Assemblée, s'est constamment réfugié derrière l'excuse de ces "collectivités territoriales de gauche" pour justifier - à tort - son échec budgétaire.
3. Avoir les pouvoirs nécessaires pour appliquer son programme fait partie du jeu démocratique. Ceux qui réclament des "contre-pouvoirs" à l'occasion d'un scrutin législatif racontent n'importe quoi. La cohabitation n'est pas une gouvernance équilibrée.
4. On sous-estime le poids du pouvoir qui échappe institutionnellement à nos dirigeants politique. Bien sûr, l'Europe impose souvent ses lois et règlements, la France n'est pas une île. Mais en France même, le nombre d'autorités dites indépendantes s'est multipliée depuis une décennie; ces dernières régulent le pays, "produisent" de la loi, souvent à rebours de la volonté du pouvoir politique, sur des thèmes très variés: concurrence, énergie, télécommunications, santé, etc.