La démission de Woerth n'est plus taboue à gauche et le devient à droite
02 Septembre 2010 Par
Si la dénégation en bloc pouvait passer, le mensonge semble avoir plus de mal. La confirmation jeudi 2 septembre par Eric Woerth lui-même des révélations de L'Express vont-elles changer la donne politique, à quelques jours du début des débats (et des manifestations) sur la réforme des retraites?
Après avoir admis avoir adressé un courrier à Nicolas Sarkozy, afin de demander la Légion d'honneur pour Patrice de Maistre (ce qu'il avait jusqu'ici nié), la question du maintien au gouvernement de l'actuel ministre du travail se pose désormais à gauche. Et dans l'exécutif, sa défense mordicus ne semble plus aussi franche et assumée.
Ainsi que le raconte Le Parisien, jeudi matin, le nom de l'ancien trésorier de l'UMP n'a pas été cité par Nicolas Sarkozy lors du conseil des ministres de la veille, quand celui-ci évoquait le dossier des retraites. Quant au premier ministre François Fillon, en déplacement dans l'Yonne pour la rentrée scolaire, il a affirmé que «le ministre en charge» de la réforme des retraites «ira la défendre devant le Parlement», sans pour autant affirmer que ce ministre serait Eric Woerth (voir la vidéo). Se refusant à évoquer les derniers rebondissements de l'affaire «sur ce sujet-là, ici dans une cour d'école». François Fillon a en outre été réquisitionné pour monter en première ligne chez Arlette Chabot sur France 2, pour l'émission télévisée «A vous de juger», dédiée à la réforme des retraites. A l'origine, seul Eric Woerth était convié à l'antenne. Désormais, on ne sait s'il l'est encore (nous n'avons pour l'heure pas obtenu de réponse de la part de France 2).
A gauche, un frémissement se fait aussi sentir chez ceux qui jusqu'ici gardaient la main sur le frein à main. Au PS, si Martine Aubry a réaffirmé sa demande («toujours la même, un juge d'instruction indépendant»), de plus en plus de voix appelant à la démission de Woerth se font entendre. D'abord les francs-tireurs, pourtant prêts à le défendre au début de l'affaire, comme Julien Dray (ici) ou Manuel Valls (là). Puis le député Bruno Leroux, proche de François Hollande, estimant sur France Info le ministre «au bout d'un système de défense à bout de souffle, qui est celui de la dénégation» et lui enjoignant de «se mettre en retrait de ses responsabilités politiques». Jusqu'à Claude Bartolone, membre de la direction socialiste, jeudi sur LCI: «C'est un ministre qui a menti à un moment où il y a une affaire qui est déjà très compliquée (…) Cela le disqualifie ne serait-ce que pour tenir un discours de vérité aux Français sur la question des retraites.»
L'un de ses comparses de Solférino, le sénateur David Assouline, a quant à lui réaffirmé la volonté (pas si évidente au sortir de l'été) pour les socialistes de demander une commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Woerth/Bettencourt/Sarkozy (voir la vidéo).
Du côté du PCF, le ton semble également avoir changé. Après avoir affirmé ne vouloir s'intéresser qu'aux retraites, plutôt que de «batifoler»sur l'affaire Woerth (selon le terme du président du groupe communiste à l'Assemblée Roland Muzeau, il y a un mois), le secrétaire national du parti, Pierre Laurent, a exprimé ce jeudi dans un communiqué: «Il y a désormais un mensonge avéré (…) Cette situation n'a que trop duré. D'un côté on invoque à grands coups de menton sécuritaires l'esprit de sacrifice des Français pour leur faire passer au forceps une succession de réformes toujours plus injustes et, de l'autre, c'est la plus parfaite collusion qu'on observe entre ce gouvernement de droite et les milieux financiers.» Et le patron de la place du Colonel-Fabien de citer un ancien président américain (républicain): «“On ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps”, disait Abraham Lincoln. Nous y sommes.»