La crise grecque, effet d’aubaine sarkozienne
Même si l’Elysée s’en défend, la séquence financière permet au chef de l’Etat de se replacer dans la course à la présidentielle.
Et si la crise grecque était politiquement du pain bénit pour Nicolas Sarkozy ? Evidemment, vous ne trouverez pas un conseiller à l’Elysée pour vous le confier explicitement. «Il ne faut surtout pas s’amuser à jouer avec ça. Et vouloir dramatiser une situation déjà très compliquée, assure l’un d’eux. On a un intérêt objectif à ce que la situation économique s’améliore et qu’on engrange les résultats.»
Certes. Ceci étant, l’entourage du chef de l’Etat se félicite aussi à haute voix de voir son protégé plongé dans une situation internationale qui lui permet, disent-ils, d’exprimer au grand jour «ses qualités de pugnacité, de conviction et de leadership». «Tant qu’il est dans la gestion des problèmes et de l’action, c’est idéal», assure ainsi un autre conseiller. Et par effet de ricochet, cela permet de renvoyer les candidats à la primaire socialiste, François Hollande et Martine Aubry en tête, à leur statut de simples commentateurs d’une crise sur laquelle ils n’ont pas de prise.
A la manœuvre. Tant pis finalement si Nicolas Sarkozy n’a pas eu vraiment gain de cause auprès d’Angela Merkel. Et si Paris a dû se résigner à la solution allemande d’un défaut de paiement partiel de la Grèce, quitte à obtenir des contreparties. L’important est que le Président soit sur la photo. A la manœuvre. Et sorte, si possible, avec des solutions.
A l’Elysée, on a parfaitement en tête que la période où le chef de l’Etat a été le moins impopulaire s’est étalée entre septembre 2008 et septembre 2009. C’est-à-dire en pleine crise économique. Dans la bataille d’image qui se prépare dans l’optique de la présidentielle de 2012, l’entourage de Sarkozy est convaincu de voir dans les nombreux sondages commandés des «éléments très solides qui prouvent que Sarkozy, en période de crise, est toujours jugé très crédible par les Français».
Plus fondamentalement, cette crise de l’euro fait les affaires du programme du futur candidat. «Cette crise est à la fois révélatrice des excès de la finance, mais aussi des échecs de la social-démocratie. Et donc de l’Etat-providence tel qu’il s’est construit dans l’après-guerre», assure un conseiller qui travaille à la rédaction du projet présidentiel. D’ailleurs, à l’Elysée, on a bu du petit-lait à voir le couple François Hollande-Martine Aubry tenir des propos discordants en matière de rigueur budgétaire, lors de son week-end avignonnais. Comme si ces fausses notes donnaient le la de la campagne à venir.
Frémissement. Depuis presque trois mois, le moral dans les couloirs de l’Elysée s’est nettement amélioré. A l’époque, les proches conseillers du Président assuraient que «quelque chose était en train de changer dans la perception du chef de l’Etat». Mais on ne voyait rien venir dans les sondages. Aujourd’hui, force est de reconnaître qu’il y a un début de frémissement. Pas grand-chose, mais quelques points de popularité gagnés, ici ou là. Et pour la première fois depuis longtemps, un sondage (CSA pour BFM-RMC-20 minutes) a donné, le 13 juillet, Sarkozy en tête du premier tour. Devant Aubry ou à égalité avec Hollande.
Le début d’un inversement de tendance ? «C’est trop tôt et trop fragile pour le dire», tempère un conseiller. «En revanche, Sarkozy est en train de retrouver une position dominante dans la droite. Il commence à être en capacité de rassembler. Mais ce n’est encore qu’un début», assure un proche. Et dans ce contexte, un accord sur la dette grecque ne peut lui faire que du bien…