La CFDT et le PS renouent des liens solides

Publié le par DA Estérel 83

Les Echos-copie-1Derek Perrotte 23/09/2010

Le PS et la CFDT profitent de la réforme des retraites pour tourner la page de 2003 et celle des 35 heures. Avec, en toile de fond, l'échéance présidentielle.

La réforme des retraites de 2003 les avait brouillés, celle de 2010 les aura réconciliés. Sept ans après le clash né du soutien de François Chérèque à la réforme Fillon, la CFDT et le PS s'appuient sur leur opposition commune au projet pour retisser des liens solides. «  La page de 2003 est tournée ; on est sorti de la méfiance réciproque », analyse le député Alain Vidalies, en première ligne sur les retraites. Mercredi dernier, devant l'Association des journalistes de l'information sociale (Ajis), Martine Aubry a pris soin de marteler que le PS «  a beaucoup travaillé avec la CFDT ».

La première secrétaire du PS, moteur en interne sur ce rapprochement, a fait le premier pas au printemps en montant une discrète rencontre avec François Chérèque. Un succès : entre un PS en quête de propositions crédibles et une CFDT soucieuse de voir ses idées, snobées par l'Elysée, trouver une caisse de résonance politique, chacun y a vite vu son intérêt. Le respect qui lie les deux dirigeants (à défaut d'une réelle amitié), l'humilité retrouvée du PS et le climat interne désormais pacifié à la CFDT ont fait le reste.

«  La réforme de 2010 met en lumière tous les enjeux non résolus que nous avions pointés en 2003, sur les carrières longues, les femmes, la pénibilité. Le PS a réalisé qu'on avait visé juste et est revenu vers nous plus humble. Le rapprochement CFDT-CGT en a aussi rassuré certains chez eux », confirme un proche de François Chérèque. La CFDT espère aussi que le PS a tiré la leçon des 35 heures, qui avaient «  donné lieu à des oppositions sanglantes entre Martine Aubry et Nicole Notat », et qu'il ne fera plus des syndicats des «  supplétifs devant suivre sans broncher ». « On a redécouvert la capacité d'expertise des syndicats », admet Alain Vidalies qui, comme Marisol Touraine, Jean-Marie Le Guen ou la fondation Terra Nova, a entretenu des échanges réguliers avec les secrétaires nationaux CFDT. Ils ont débouché sur la reprise dans le contre-projet du PS de nombreux arguments cédétistes (pénibilité, maintien d'un âge pivot à 60 ans, etc.). Marqué par les critiques de 2003, François Chérèque se félicite, mi-revanchard mi-rassuré, que «  le PS fasse des propositions basées sur l'augmentation des durées de cotisation », validant a posteriori sa position.

La perspective de la présidentielle de 2012 apparaît aussi en toile de fond. Ces derniers mois, les relations entre Nicolas Sarkozy et François Chérèque n'ont cessé de se dégrader. Le virage sécuritaire de l'été a profondément choqué le leader cédétiste. La CFDT ne cache plus vraiment qu'elle mise désormais sur un retour au pouvoir de la gauche. Elle pose des jalons en rejouant un rôle de boîte à idées, du PS en particulier et d'une gauche moderne en général. En témoigne la tribune sur les retraites cosignée dans « Le Monde » du 9 septembre par François Chérèque et de nombreux économistes, chercheurs et personnalités de gauche (Thomas Piketty, Alain Touraine, etc.). «  Après 2003, la CGT a marqué des points avec la gauche. La CFDT profite habilement de la période pour refaire son retard », analyse Bernard Vivier, directeur de l'Institut supérieur du travail.

Cela a le don d'irriter l'Elysée. Nicolas Sarkozy, bien plus tendre avec la CGT dont il fait son interlocuteur principal, ne mâche pas ses mots envers la CFDT et son leader. Au PS, où l'on veut aussi garder des liens forts avec la CGT, on voit dans ce dialogue retrouvé avec la CFDT un «  passage obligé » sur la route de 2012. «  C'est le signe d'un parti qui se met en position de gouverner, avance Alain Vidalies. L'état de délitement du contrat social est tel que les syndicats auront un rôle indispensable à jouer dans la remise en mouvement de la société. »

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Publié dans PS

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