La BCE fait donner la «grosse Bertha»
Ce que vient de faire Draghi pour la deuxième fois en quelques mois, c'est ni plus, ni moins, qu'une opération camouflée de création de masse monétaire.
Plus de 529 milliards d'euros! C'est la somme astronomique que la Banque Centrale européenne (BCE) a posée hier sur son guichet prêt. Jamais la BCE n'avait prêté autant! Et jamais autant de banques - 800! - ne s'étaient présentées à ce guichet si généreusement ouvert. Mario Draghi, le nouveau patron italien de la BCE, avouait d'ailleurs qu'il avait fait donner «la grosse Bertha» dans l'espoir de stabiliser - enfin...- le système financier européen. Mais aussi de relancer le crédit, donc l'économie.
Que faut-il vraiment attendre de cette injection massive d'oxygène dans la zone euro? Bien difficile à dire tant les experts eux-mêmes sont divisés sur les possibles retombées de cette manne financière. Une première observation s'impose toutefois: depuis son arrivée à la tête de la banque européenne, Mario Draghi a sensiblement modifié le cap donné depuis la création de la BCE par son prédécesseur, Jean-Claude Trichet.
En procédant à cette injection massive de liquidités, Draghi n'hésite pas à rompre avec le sacro-saint principe de rigueur monétaire qui guidait toute la politique du président français. Lequel était à cet égard sur la même ligne que les gouvernants allemands successifs tétanisés à l'idée d'un retour de l'inflation. En ouvrant le robinet du crédit aux banques, Mario Draghi donne plutôt gain de cause à ceux qui en Europe demandent à la BCE d'avoir une politique monétaire moins stéréotypée, plus proche de la FED américaine et donc plus interventionniste.
Or ce que vient de faire Draghi pour la deuxième fois en quelques mois, c'est ni plus, ni moins, qu'une opération camouflée de création de masse monétaire. De quoi satisfaire et pour une fois mettre d'accord Nicolas Sarkozy et François Hollande qui ne cessent depuis des mois de réclamer la mise en place d'eurobonds... Si les bourses ont réagi positivement à cette nouvelle, reste à mesurer les effets concrets sur l'économie que peut avoir cette nouvelle injection de liquidités. En décembre dernier, déjà, 489 milliards avaient été prêtés à 523 banques.
Or cette première injection avait d'abord servi aux banques à renforcer leurs fonds propres. Ou à investir dans des placements plutôt que dans le financement des entreprises ou même dans l'immobilier par le biais de prêts aux particuliers. C'est ainsi qu'en janvier, l'or a gagné 13%, le Brent 15%! C'est ainsi aussi, comme le relève Challenges, qu'en empruntant à 1% à la BCE, les banques ont «généreusement» réinvesti dans de la dette italienne à 7%...
Pour autant, cette première opération avait permis d'alléger les coûts d'emprunts des Etats. Cette nouvelle avalanche d'argent frais va-t-il enfin permettre aux banques de se mettre au service de l'économie réelle? C'est le pari fait par la BCE. Un pari risqué mais existe-il un autre choix si on veut relancer la machine?