L'imposture laïque
Edition : Les invités de Mediapart
Pour le président (PS) du Conseil généraldu Val-d'Oise, Didier Arnal, «la laïcité est lenouveau masque que revêt l'extrême droite» pour disqualifier l'islam, rendant nécessaire «un sursaut politiquede la gauche».
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L'UMP n'aura pas tardé à répondre à l'invitation de l'extrême droite.Dans ses premières déclarations de présidente du Front National, Marine Le Pen comparait les prières de musulmans dans les rues à une armée d'occupation et appelait à «résister» contre «l'islamisation rampante de la France» au nom de la laïcité et des valeurs républicaines.
À la demande du chef de l'État, l'UMP organisera le 5 avril prochain une convention nationale sur le thème de la laïcité et la place de l'islam dans la République. Nicolas Sarkozy décrétait récemment «l'échec du multiculturalisme» et la faillite du modèle d'intégration. Au nom de la laïcité, il appelait ainsi à se défendre contre le «prosélytisme agressif» de l'islam menaçant les principes fondateurs de la République.
Après le débat sur l'immigration et l'identité nationale aux relents xénophobes, une partie de la droite conservatrice continue donc d'afficher sa convergence idéologique avecl'extrême droite.
Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy, porte-drapeaux de lalaïcité républicaine?
La présidente d'un parti exhibant sans cesse des principes d'intolérance et l'homme du discours du Latran, affirmant la suprématie morale du prêtre surl'instituteur? L'offensive est habile, elle contribue à entretenir une confusion sur le sens des mots, en brouillant le clivage gauche/droite sur la question religieuse.
Il faut donc une clarification sur le fond. La laïcité, telle qu'elle triomphe aujourd'hui dans la bouche de Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, n'a rien à voir avec la laïcité telle qu'elle est pensée par la République une et indivisible, avec son idéalde liberté et d'émancipation. On ne saurait la caricaturer comme un combat d'arrière-garde caractérisé par un attachement fétichiste à la «loi de séparationde 1905».
Revenons au vrai sens du combat laïque. La laïcité repose sur les principes de séparation du religieux et de l'État et sur la liberté absolue de conscience. En refusant de placer la République sous les auspices d'une parole révélée, la laïcité propose une politique d'émancipation pour chacun et tous. Cette conception universaliste, libérale et progressiste de la laïcité se situe aux antipodes des valeurs de l'extrême droite et de la droite extrême.
L'actualité du combat laïque face à cette offensive conjuguée de l'UMP et du FN appelle un sursaut politique de la gauche. Trop longtemps, la gauche a délaissé une laïcité qu'elle jugeait «ringarde», laissant ainsi aux adversaires de la République le loisir de la «confisquer» dans leur discours et dans leur (im)posture.
La gauche est aujourd'hui en première ligne des fractures de la société multiculturelle dans les collectivités territoriales qu'elle gère au quotidien. La laïcité n'est pas un principe qu'ilsuffirait d'invoquer comme un mot magique contre le communautarisme: elle se vit et se pratique chaque jour, sur le terrain. Les collectivités territoriales sont le dernier rempart contre la montée des fanatismesreligieux, les replis communautaires et les violences à caractère xénophobe:elles offrent aussi un véritable «laboratoire du mieux vivre-ensemble» dans une société complexe qu'il faut regarder en face.
Je suis l'élu d'un département qui concentre toutes les contradictions, les fractures, les tensions mais aussi les richesses et les atouts de la «France en plus petit». Le Val-d'Oise, c'est à la fois le département de l'Essec et de l'École de la 2eChance dans les quartiers populaires, le département du village du Vexin comme de la «ville de banlieue» aux 80 nationalités.
Pour démasquerl'imposture de l'UMP et du FN sur la laïcité, la gauche doit faire preuve de clarté et d'intransigeance sur les valeurs, en évitant deux écueils:d'une part, l'aveuglement républicain consistant à nier la réalité d'une crise des valeurs, et d'autre part, la tentation bien-pensante de la discrimination positive au nom de la «laïcité ouverte».
Il appartient aux républicains de gauche comme de droite d'affirmer clairement qu'il existe un non-dit dans ce débat sur la laïcité: disqualifier l'islam comme religion étrangère et inassimilable à la France revient à commettre un inexcusable contre-sens sur notre Histoire commune et les événements qui secouent aujourd'hui une grande partie du monde musulman. La laïcité est le nouveau masque que revêt l'extrême droite pour mieux dérouler son discours raciste et antisémite. Il est temps de refuser l'imposture laïque des ennemis de la République.