L'exploitation du gaz de schiste ranime la guerre
Durant cet été, le collectif varois contre le gaz de schiste n'a pas chômé. Et il ne compte pas relâcher la pression maintenant. (Photo Laurent Martinat) On est remonté comme des pendules, ça ne va pas se passer comme ça ! »
Pierre Jugy, le maire de Tourtour, est hors de lui. Sa commune a beau s'appeler le village dans le ciel, lui n'est pas au paradis. Loin de là. La cause de sa colère : l'annonce par Total de sa volonté de poursuivre l'exploitation des gaz de schiste.
Non pas en utilisant la méthode de fracturation hydraulique, c'est-à-dire en faisant exploser la roche par injection de quantités énormes d'eau mélangée à des produits chimiques. Cette méthode est interdite par la loi du 13 juillet. Mais en ayant recours à un autre procédé comme l'arc électrique.
Certes, Total n'est pas le titulaire du permis dit de Brignoles concernant le Var, lequel a été déposé par l'entreprise texane Schuepbach Energy. « Mais tout est terriblement flou dans ce dossier. Si Total repart à l'attaque, les autres compagnies ne vont pas se gêner pour réarmer leur permis »,réplique, méfiant, Pierre Jugy.
« Tombé de haut »
Le maire de Tourtour vient donc d'exprimer son inquiétude dans une lettre envoyée à tous les maires, conseillers généraux, régionaux du département, au préfet du Var et de région.« Nos territoires ruraux peu peuplés seront les premières victimes des intérêts mercantiles du groupe pétrolier français »,(Total) prévient-il. Pas question donc de se laisser faire. « Il faut passer à l'attaque avant », estime l'élu, échaudé par le début du feuilleton.
Comme nombre de ses collègues, il avait en effet appris presque par hasard, grâce au collectif contre le gaz de schiste formé à la hâte l'hiver dernier, qu'un permis de 6 785 km2 couvrait les 3/4 du Var. « J'ai été vexé et fâché. Comme tous les élus, je suis tombé de haut, comme des figues de l'arbre »,se souvient-il.
Et de s'indigner : « Du jour au lendemain, on peut maintenant nous annoncer qu'il y aura des derricks dans le haut Var à la place des oliviers. Le Var est l'endroit le plus touristique au monde, quand même ! ».
Pierre Jugy propose donc à ses collègues qui, il n'en doute pas « feront bloc contre le projet » , de mettre en place une cellule de veille à laquelle s'associeront les ONG et collectifs au gaz de schiste. But : regrouper toutes les informations et réagir « rapidement et collectivement »si besoin.
Il attend des réponses des parlementaires « qui doivent être en train de s'organiser »,espère-t-il.
Rempart efficace
Le collectif 83 contre le gaz de schiste a donné immédiatement au maire de Tourtour son accord pour se battre à ses côtés« pour cette noble cause ». « Nous avons déjà un maillage assez complet de citoyens varois. Ensemble, citoyens élus et collectif, nous pouvons devenir un rempart efficace »,estiment les opposants varois.
Le directeur du groupe Total Europe*, lui, se demandait récemment : « Comment un pétrolier peut-il renoncer à un permis ? ». La réponse pour lui, semble évidente : c'est de ne pas renoncer.
*Le Monde du mercredi 14 septembre.