L'air de la campagne ne peut pas tout...

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010  Jacques GUYON  12/11/2010

 

C'est bien beau que le ministre nous explique aujourd'hui qu'il aurait «fallu mieux expliquer», encore aurait-il dû s'en donner le temps au lieu de se jeter dans l'aventure tête baissée.

 

Luc Chatel est décidément un adepte de la méthode Coué! Interrogé hier midi sur RTL à propos de l'agression d'élèves du collège de Craon en Mayenne par d'autres de Seine-Saint-Denis débarqués là dans le tout nouveau cadre de l'Etablissement de réinsertion scolaire (ERS), le ministre de l'Education nationale ne s'est pas démonté.

 

Tout en admettant des «incidents regrettables», il a expliqué avec un aplomb insensé: «cela justifie pleinement le dispositif». Voilà qui va réconforter les élèves de Craon traumatisés par le déchaînement de violence dont ils ont été victimes le lendemain même du jour où venait d'ouvrir cet ERS. Voilà qui va sans nul doute également apaiser leurs parents qui depuis des semaines avaient prévenu qu'on allait faire rentrer sans précaution les loups dans la bergerie.

 

Voilà qui va sans doute aussi calmer les professeurs qui ont immédiatement fait jouer leur droit de retrait après avoir tenté depuis la rentrée d'expliquer - en vain - qu'on ne mettait pas impunément treize lascars en vase clos 24 heures sur 24 sur un étage censé être coupé du reste de l'établissement sans renforcer le sentiment de stigmatisation. Et que ce faux huis clos ne favorise du même coup la tentation de chaque membre du groupe de faire de la surenchère afin de montrer qui était le chef... 

 

On peut certes concéder à Luc Chatel que remettre dans le circuit des élèves ayant des problèmes scolaires sociaux et de comportement n'est pas une mince affaire et que l'Education nationale bute depuis longtemps sur ce défi. Même s'il ne faut donc pas condamner trop vite cette expérience, on ne peut s'empêcher de souligner que celle-ci a été menée en dépit du bon sens. 

 

C'est bien beau que le ministre nous explique aujourd'hui qu'il aurait «fallu mieux expliquer», encore aurait-il dû s'en donner le temps au lieu de se jeter dans l'aventure tête baissée. Sauf que dans sa soif de complaire à Nicolas Sarkozy qui en avait claironné l'annonce fin avril, Luc Chatel n'a pas hésité à brûler les étapes. Quitte à bricoler un lieu d'accueil.

 


Quitte à refuser d'entendre les enseignants et les parents. Quitte à refuser d'écouter ceux qui criaient casse-cou en absence de projet pédagogique cohérent. Quitte à ne pas vouloir entendre les éducateurs et psychologues qui mettaient en garde contre une formule à la fois dispendieuse et inadaptée. Il y a évidemment et une nouvelle fois dans ce passage en force une grande part d'idéologie. 



Ainsi voudrait-on croire qu'en immergeant une dose de lascars des villes dans le bon et grand bain des collèges de campagne on dissout aisément de la mauvaise graine de future «racaille».

 

On pense immanquablement à Alphonse Allais qui entendait résoudre tous les problèmes de pollution, de circulation et autres en installant les villes à la campagne.

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Publié dans Education

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