L’affaire Guérini va-t-elle disqualifier Martine Aubry pour 2012 ?
Par Philippe Allard
Depuis plusieurs mois, quelques cadres de l’appareil du parti poussent Martine Aubry a déclaré sa candidature aux Primaires de novembre 2011. Ses partisans lancent un appel. La première secrétaire du Parti, tout sourire, se fait plus présente dans les médias. La communication semble bien huilée.
Celle-ci ne s’est toutefois pas encore prononcée, restant liée à son pacte avec Dominique Strauss-Kahn conclu à Marrakech. Les deux leaders socialistes devraient selon Martine Aubry décider en tête à tête du « meilleur » d’entre eux deux pour les primaires, sans préciser sur quels critères se fera ce choix d’alcôve !
Mais l’affaire Guérini ne va-t-elle pas faire dérailler cette belle mécanique ?
« Je ne connais pas de fait précis », « ne pas faire des affaires qui n’existent pas » a déclaré Martine Aubry suite à la publication du rapport Montebourg.
De tels propos, ne vont-ils pas disqualifier la première secrétaire du parti alors que la situation réclame une plus grande intégrité des dirigeants politiques ?
La droite s’effondre avec Nicolas Sarkozy après l’échec de sa politique et les affaires à répétition, un pouvoir disqualifié car considéré par une large majorité des Françaises et des Français trop impulsif et agissant au service des intérêts d’un petit nombre de privilégiés.
L’extrême droite, reprise en main par Marine Le Pen, tente de se donner une nouvelle image et gagne des points avec sa petite chanson classique du « tous pourris ! ».
Un nombre croissant d’électrices et d’électeurs se détournent des partis de gouvernement et se réfugient dans l’abstention.
Dans ce contexte de crise politique, les déclarations de Martine Aubry couvrant les scandales du PS sont-elles de nature à donner l’espoir du changement en 2012 ?
Une attitude désespérante pour des milliers de militantes et militants socialistes investis dans l’action politique pour défendre un idéal de justice. Beaucoup d’ailleurs ont déjà rendu leur carte.
C’est que Martine Aubry n’en est pas à sa première affaire… Lors du dernier congrès des socialistes, elle a réussi à prendre la direction du Parti avec seulement quelques voix d’avance sur sa rivale Ségolène Royal qui avait le lourd handicap de proposer une rénovation du fonctionnement du PS !
Depuis, les langues se délient pour dénoncer les fraudes et notamment dans « les Bouches du Nord », c’est-à-dire les deux puissantes fédérations des Bouches-du-Rhône et du Nord qui contrôlent les clés du Parti.
Dans l’émission « C dans l’Air » du 7 mars sur France 5, le journaliste José d’Arrigo raconte la rocambolesque élection de Martine Aubry à la tête du PS, lorsque dans un village des Bouches-du-Rhône tenues justement par Jean-Noël Guérini, se sont ajoutées, à deux heures du matin, 136 voix pour assurer sa victoire.
Arnaud Montebourg a eu le courage de dénoncer des pratiques inqualifiables pour le premier parti de gauche. La première secrétaire du parti, en voulant couvrir l’affaire, a perdu sa crédibilité d’intégrité et fait courir un lourd risque au Parti socialiste.
Philippe Allard