Karachi, ce n'est jamais fini
"Une avancée très importante". Près de dix ans après l'attentat de Karachi qui a fait 14 morts dont 11 techniciens de la DCN, les familles des victimes ne fléchissent pas dans leur quête de vérité. Hier, elles ont ainsi salué positivement l'avis du Conseil constitutionnel d'invalider une loi votée en juillet 2009 étendant le secret-défense à une vingtaine de lieux dont les sièges des services de renseignement. Les «Sages» de la rue Montpensier ne se risquent pas à statuer qu'il s'agissait d'une loi de circonstance directement liée aux investigations des juges Van Ruymbeke et Le Loire sur le volet financier du dossier Karachi. Mais c'est tout comme.
Le fait de soustraire des «zones géographiques» (dont la liste n'a d'ailleurs jamais été rendue publique) «subordonne les pouvoirs d'investigation de l'autorité judiciaire à une autorité administrative» tranche le Conseil. En clair, au pouvoir politique au mépris de l'indépendance de la justice. Cette nouvelle fin de non-recevoir allonge une liste déjà fournie de revers de Nicolas Sarkozy face au Conseil constitutionnel. Certains, notamment dans l'entourage du Chef de l'État, veulent y voir l'influence du président du Conseil, Jean-Louis Debré, d'une fidélité sans faille à l'égard de Jacques Chirac.
Un peu court le raisonnement, car cette énième censure du Conseil constitutionnel est très ciblée: elle est une réponse cinglante à François Fillon qui avait refusé en novembre 2010 au juge Van Ruymbeke l'autorisation de perquisitionner la DGSE à Paris. Le champ libre désormais laissé aux juges - sous réserve d'autorisation de la Commission consultative sur le secret défense - devrait permettre de tenter de démêler l'écheveau de pistes liées au versement de commissions occultes dans le cadre de la vente par la DCN de sous-marins Agosta au Pakistan. Jusqu'à présent, personne ne peut affirmer que l'attentat de Karachi ait été commis en représailles de l'arrêt de ces versements lors de l'arrivée à l'Élysée de Jacques Chirac.
Ce qui apparaît en revanche de plus en plus évident dans ce feuilleton à rebondissements multiples est la violence de la guerre ouverte avant et après la présidentielle de 1995 entre chiraquiens et partisans d'Édouard Balladur, dont Nicolas Sarkozy était alors le porte-parole. Au fil des mois des protagonistes sont sortis de l'ombre comme le sulfureux Ziad Takkieddine qui accréditent la thèse de rétro-commissions versées pour financer la campagne balladurienne.
Pour les familles, peu importe qu'il s'agisse dès lors d'une affaire d'État gênante pour l'actuel locataire de l'Élysée. Elles veulent simplement savoir quel enchaînement de circonstances leur a fait perdre leurs proches le 8 mai 2002 à Karachi.