Jurisprudence à géométrie variable
Quelques ténors de la majorité ont dénoncé ce week-end «un laisser-aller invraisemblable» (Patrick Balkany), les «professionnels» refusant «de rendre compte» (Copé) ou encore ceux qui, par «corporatisme, prennent le risque que le peuple se détourne d'eux». Une polémique s'ajoutant à l'autre à un rythme effréné, on s'est demandé un instant qui était visé. Michèle Alliot-Marie et ses jets tunisiens à répétition ou les magistrats en grève jusqu'à jeudi prochain pour protester contre les menaces de Nicolas Sarkozy dans le cadre de l'affaire Laetitia ?
Empêtrée depuis des jours dans des explications embarrassées et contradictoires, MAM peut encore souffler. C'est bien la magistrature qui est visée. Elle seulement; les aventures tunisiennes de notre ministre des Affaires étrangères - qui ne l'était alors pas, dit-elle, parce qu'«en vacances» -relevant, selon le ministre Henri de Raincourt, d'une polémique «misérable, indigne et pitoyable».
Fermez le ban ? Pas tout à fait, car le télescopage est plus que troublant entre ces deux affaires. L'escapade tunisienne de Michèle Alliot-Marie n'est pas seulement une «erreur» confessée, mais bien une faute professionnelle appelant sanction selon le dogme sarkozien de la «République irréprochable». Christian Blanc pour ses cigares et Alain Joyandet, pour un voyage dispendieux, en avaient les frais en étant éjectés du gouvernement. Des peccadilles qui étaient censées faire jurisprudence.
Le cas Alliot-Marie n'en est que plus éclairant. Pour l'instant, ses errements au Quai d'Orsay se soldent par le rappel de l'ambassadeur de France à Tunis. Et chacun feint d'oublier, à commencer par elle-même (entièrement concentrée sur sa défense), qu'elle était Garde des Sceaux lorsque les magistrats ont tiré en vain la sonnette d'alarme sur le manque de moyens, entre autres, à l'origine des loupés ayant conduit au drame de Laetitia.
Bras de fer contre les magistrats et la police, indulgence pour Alliot-Marie: le grand écart de Nicolas Sarkozy est incompréhensible, sauf à accréditer un «République irréprochable» à géométrie variable selon que vous êtes barons ou piétaille. De nouveau au plus bas dans les sondages (24% d'opinions positives au dernier baromètre TNS-Sofres), Nicolas Sarkozy sera jeudi sur TF1 pour une seconde émission «Parole de Français».
S'il souhaite prendre de la hauteur, nul doute que ses interlocuteurs « français moyens » le ramèneront sur la terre meuble de polémiques, certes dérisoires, mais dont lui-même est pourtant essentiellement à l'origine.