Juppé aux Affaires étrangères, Longuet et Guéant ministres
L'opération sauvetage de la politique étrangère française est lancée. Michèle Alliot-Marie, la ministre des Affaires étrangères discréditée, a annoncé à ses équipes sa démission et son remplacement par Alain Juppé.
Le jeu de chaises musicales touche la Défense, confiée à Gérard Longuet dont c'est le grand retour au gouvernement, alors que Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée, devient ministre de l'Intérieur à la place de Brice Hortefeux, selon des « fuites » révélées par BFM-TV avant l'annonce officielle qui devrait suivre en fin de journée.
L'explication de texte de ce remaniement en catastrophe, provoqué par l'« affaire MAM », sera faite par Nicolas Sarkozy à la télé à 20 heures. Récit de la Bérézina de la politique étrangère sarkozyenne.
MAM quatre fois nommée à la tête d'un ministère régalien
Cela fait plus d'un mois que Nicolas Sarkozy tergiverse, mais il s'est finalement décidé à se débarrasser de Michèle Aliot-Marie, poids lourd de son gouvernement, engluée dans une succession d'« affaires », de mensonges à répétition, et d'erreurs politiques depuis le début du soulèvement en Tunisie.
Ancienne présidente du RPR, quadruple ministre régalienne (Justice, Intéreur, Défense et Affaires étrangères), MAM a explosé en vol deux mois à peine après le remaniement de novembre, qui devait pourtant amener le gouvernement de François Fillon jusqu'à l'élection présidentielle de mai 2012.
Le premier acte de cette humiliante journée pour l'UMP a donc été le départ forcé de Michèle Alliot-Marie, qui, samedi encore, affirmait qu'elle était « à fond dans son travail » et n'envisageait pas cette sortie.
Elle sera sans doute suivie de son compagnon, Patrick Ollier, ministre des Relations avec le Parlement, lui aussi empêtré dans les affaires, celles de l'escapade « dictatoriale » de décembre en Tunisie dont il était, mais surtout ses connivences libyennes avec Kadhafi qui pourraient se révéler autrement plus embarrassantes.
Un remaniement trois mois seulement après le précédent
Ce dimanche soir à 20 heures, Nicolas Sarkozy va donc apparaître à la télévision pour nous expliquer pourquoi il remanie profondément son gouvernement, à peine trois mois après des changements si importants qu'il avait mis cinq mois à se décider à les faire, hésitant jusqu'au bout à garder François Fillon ou à le remplacer par Jean-Louis Borloo ou par… MAM qui s'était dite « prête » dans Le Figaro.
Mais surtout, le chef de l'Etat va tenter de convaincre de la cohérence de sa politique étrangère, et assurer aux citoyens que la France, comme l'a affirmé sans sourciller sa « plume » Henri Gauino dans Le Monde de samedi, « n'a jamais été aussi entendue » et que « l'on n'a peut-être jamais attendu d'elle dans le monde depuis au moins deux décennies ».
Ça va être dur car le départ précipité de Michèle Alliot-Marie a révélé la faillite de cette politique étrangère, non pas tant parce qu'elle a été prise par surprise par les événements tunisiens et de l'ensemble du monde arabe – qui ne l'a pas été ? –, mais par tous ces petits arrangements entre amis qui illustrent aussi un manque d'éthique et de vision dans la conduite de ces affaires.
Derrière les fautes de MAM, la faillite de Sarkozy
Le problème est qu'au-delà de Michèle Alliot-Marie, c'est Nicolas Sarkozy lui-même qui est visé, car la politique étrangère fait partie du « domaine réservé » du Président dans la Ve République, plus encore avec cet hyperprésident qui centralise tout le contrôle à l'Elysée.
Et c'est son bilan que font, en creux, les diplomates « dissidents » du « groupe Marly » lorsqu'ils dénoncent l'affaiblissement global de la politique étrangère française (« La voix de la France a disparu dans le monde »), ou ceux, dimanche, du« groupe Albert Camus » qui, dans Libération, demande que la politique étrangère soit « remise à plat » après le départ annoncé de MAM.
Nicolas Sarkozy joue gros, car, au plus bas dans les sondages, il avait misé une partie de sa stratégie de reconquête sur l'image de « maître du monde » qu'allait pouvoir lui donner la présidence française du G8 et du G20, qui tombe opportunément dans cette dernière ligne droite de son mandat, avant le lancement véritable de la campagne électorale de 2012.
L'aspirant maître du monde est devenu la risée du monde
Or, en fait de maître du monde, il devient la risée du monde, à devoir gérer les vacances de ses principaux ministres (MAM mais aussi Fillon, en Egypte aux frais de Moubarak), au point d'annoncer en conseil des ministres, au moment où le monde arabe vivait des heures historiques, que les membres du gouvernement étaient désormais privés de vacances à l'étranger sans permission.
Le texte d'Henri Guaino, publié samedi par Le Monde, est, de ce point de vue, un remarquable exemple de la méthode Coué sarkozyste. Répétez plusieurs fois, contre toute évidence, que la France n'a « jamais été aussi écoutée », et les Français finiront par le croire.
Mais d'abord, il faut faire le ménage, et débarrasser le paysage d'encombrants personnages qui n'ont, de surcroit, jamais été associés au premier cercle sarkozyste. Exit MAM, donc, en espérant limiter la casse dans l'opinion qui a décidément bien du mal à croire à la « représidentialisation » du Président.