Jean-François Copé veut se payer Martin Hirsch
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Chez Jean-François Copé, la vengeance est un plat qui se mijote dans les arrière-cuisines de l'Assemblée. Martin Hirsch, auteur d'un livre sur les conflits d'intérêts qui pointait fin septembre les activités parallèles d'avocat d'affaires du président du groupe UMP, en fait aujourd'hui l'expérience.
Vendredi 5 novembre, trois députés UMP, aiguillonnés en coulisse par leur «patron», devaient défendre un amendement au projet de loi de finances 2011 visant à supprimer l'indemnité de l'ancien haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, devenu président de l'Agence du service civique en mai, pour environ 9.200 euros net par mois.
«Il nous semble opportun de réduire cette rémunération à un niveau symbolique, afin de redéployer ces crédits (160.000 euros en tout) à des actions concrètes en faveur du sport pour les jeunes», écrivent Bernard Debré, Louis Giscard d'Estaing et Nicolas Dhuicq, dans leur exposé des motifs. «Ça s'inscrit dans l'optique de Jean-François Copé de moraliser la vie publique», plaide notamment le troisième, proche de Michèle Alliot-Marie, mais aussi membre du parti politique fondé par le chef de file des députés UMP, Génération France.
Si cette mesure n'a guère de chance d'être adoptée en séance, l'entourage de Jean-François Copé ne cache pas le but de ce «coup» médiatique: «Il s'agit aussi de montrer que la rémunération de monsieur Hirsch est largement supérieure à celle d'un député...» En clair, il n'aurait pas de leçon à donner! Son indemnité a cependant été fixée par les ministres du budget et de la jeunesse, respectivement François Baroin et Marc-Philippe Daubresse, et correspond grosso modo au traitement que Martin Hirsch, haut fonctionnaire en détachement, toucherait dans son corps d'origine, le Conseil d'Etat.
«On m'accuse de crime de “lèse-conflit d'intérêts”, a riposté ce dernier jeudi 4 novembre, outré. Ils instrumentalisent la loi pour faire régner la loi du silence! La prochaine étape sera-t-elle la déchéance de ma nationalité française?» Et de rappeler: «Ça fait dix ans que je refuse que mes changements de fonction donnent lieu à une augmentation de mes revenus. J'avais ainsi fait baisser mon salaire quand j'étais au gouvernement...»
Interrogé par Mediapart, Louis Giscard d'Estaing confirme, presque sans fard, que Jean-François Copé poursuit, à travers cet amendement, des «visées directement personnalisées»... Lui, pour sa part, jure être mu par des considérations d'intérêt général: «Il faut clarifier le statut de ce type d'agences (des GIP, groupements d'intérêt public), comme des autorités administratives indépendantes, déclare Louis Giscard d'Estaing. Clarifier en particulier les règles de cumul d'indemnités.»
Pourquoi pas... Mais alors, deux questions: défend-il, cette année, d'autres amendements, qui viseraient d'autres GIP? «L'Agence du service civique est un cas parmi d'autres», balaye-t-il. En fait, la réponse est non.
Ensuite, est-il bien certain que Martin Hirsch cumule, d'une quelconque façon, deux rémunérations? «J'imagine qu'il a conservé des indemnités du conseil d'Etat, glisse Louis Giscard d'Estaing, pas bien sûr de lui. Cet amendement permettra au gouvernement, lors du débat en séance, de répondre précisément sur ce point». En réalité, c'est limpide (après un coup de fil au Conseil d'Etat): celui-ci ne verse plus un centime à Martin Hirsch, «puisqu'il est en détachement» !
En fait, nombre d'élus UMP n'ont pas digéré les conseils de transparence de l'ancien haut-commissaire du gouvernement Fillon (sorti en mars dernier), qui recommandait notamment dans son livre que les parlementaires soient contraints de remplir une «déclaration d'intérêts» – mesure qui pourrait finalement s'appliquer aux ministres, voire à certains membres de leur cabinet.
«Il semblerait naturel d'interdire toute possibilité de conseil pour les entreprises privées, que le parlementaire agisse en qualité d'avocat ou de consultant», écrivait surtout Martin Hirsch. En visant un «avocat» en particulier: Jean-François Copé, salarié pour 20.000 euros d'honoraires mensuels environ dans un cabinet très lié à la sphère publique («Gide, Loyrette et Nouel», ayant par exemple défendu Areva ou Veolia); et un «consultant»: Gérard Longuet, le patron des sénateurs UMP, dont Mediapart avait révélé en juillet qu'il pointait – pour quelques «heures sup» – chez GDF-Suez.
Pire: Martin Hirsch a dévoilé qu'en 1994, alors qu'il occupait le poste de secrétaire général de la commission pour la transparence financière de la vie politique (chargée de déceler l'enrichissement abusif des élus), il avait vu passer entre ses mains la déclaration de patrimoine de Gérard Longuet, tout juste remercié du gouvernement; Martin Hirsch rapportait surtout que ce dernier, prié d'apporter des éclaircissements sur l'achat d'une villa, avait expliqué avoir bénéficié (en tant que ministre des télécommunications) de cadeaux luxueux de La Poste, sous forme de timbres de collection. Jamais nommé, il était facilement identifiable.
Gérard Longuet avait donc crié à la trahison, accusant le haut fonctionnaire d'avoir enfreint son obligation de confidentialité, et même écrit à Jean-Marc Sauvé, le vice-président du Conseil d'Etat, pour s'enquérir des possibilités de poursuite judiciaire! Pour l'instant, ce dernier a délicatement remisé le courrier au fond d'un tiroir, pour le laisser «reposer»...