Indignations à géométrie variable

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Le succès en librairie du livre de Stéphane Hessel l'a largement démontré, le citoyen français répond volontiers quand on l'invite à s'indigner ! On peut même dire que par les temps qui courent son indignation est inversement proportionnelle à la capacité qu'ont ceux qui nous gouvernent à jouer les édredons pour amortir les scandales.

C'est ainsi qu'il aura quand même fallu attendre de très longs jours, une accumulation de réactions outrées de monsieur et madame Tout-le-monde et des sondages qui n'en finissaient pas de dégringoler pour que Nicolas Sarkozy se décide enfin à se séparer de Michèle Alliot-Marie empêtrée dans l'abracadabrantesque histoire de ses vacances chez Ben Ali. Et encore le président s'est-il cru obligé de présenter cette décision bien tardive en l'emballant dans un artificiel habillage...

De la même façon, il aura fallu tout un été pour que Nicolas Sarkozy se sépare d'Eric Woerth lequel se débattait lui avec l'affaire Bettencourt, le financement de l'UMP et quelques soucis de légalité dans la vente de l'hippodrome de sa ville de Compiègne.

Or voici que l'Allemagne - pays dont on ne cesse de nous répéter ces temps-ci qu'il serait bienvenu de le prendre en exemple - se trouve confrontée à son tour à un scandale gouvernemental. Son fringant ministre de la Défense le très distingué Karl-Theodor zu Guttenberg a dû reconnaître qu'il ne devait son beau titre de «docteur» qu'à une thèse dans laquelle il s'était rendu coupable d'un plagiat massif. Or que s'est-il passé outre-Rhin pour cette affaire dont en France on nous aurait sans doute expliqué qu'il ne s'agissait qu'une erreur de jeunesse ? N'est-ce pas d'ailleurs l'argument employé pour balayer d'un revers méprisant le passé de fondateur du mouvement d'extrême droite «Occident» de notre nouveau ministre de la Défense ?

Par parenthèse, Nicolas Sarkozy n'a décidément pas de chance dans ses choix: depuis hier en effet, Gérard Longuet que le juge Van Ruymbecke voudrait déjà bien entendre dans l'affaire Karachi est l'objet d'une nouvelle plainte pour prise illégale d'intérêt...

Mais revenons à Karl-Theodor. N'avait-il pas depuis son doctorat montré l'étendue de ses qualités à la tête de la diplomatie allemande ? N'était-il pas promis à un avenir tout tracé de chancelier ? Pourtant la main d'Angela Merkel n'a pas tremblé et la tête du tricheur est tombée. Question de morale politique.

Sauf que ce n'est pas du tout du goût d'une majorité d'Allemands et d'Allemandes. Depuis l'annonce de la démission de KTG, le net est submergé de messages de soutien à ce si bel homme, à ce si charmant baron incarnant si bien les valeurs de la mère patrie, à ce si attentif mari qui n'hésitait pas à emmener sa très blonde femme en Afghanistan pour le plus grand bonheur des photographes. Les Allemands, des modèles pour nous ? Peut-être. Mais ça dépend sans doute de quels Allemands - et de quels Français - on parle.

 

Jacques GUYON

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Publié dans Politique

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