IMMIGRATION: BIS REPETITAE PLACENT

Publié le par DA Estérel 83

CharenteLibre Jacques GUYON 29/09/2010

 

Jean-Marie Le Pen avait fait de la lutte contre l'immigration son viatique politique, Nicolas Sarkozy l'a transformée en un «marronnier». Le terme employé dans le jargon éditorial pour définir les sujets qui refleurissent chaque année à la Une des magazines, comme l'argent des cadres, le palmarès des lycées ou des hôpitaux, ou encore les arcanes de la franc-maçonnerie.

 

La nouvelle loi sur l'immigration actuellement en discussion à l'Assemblée nationale n'est rien moins que la sixième depuis 2002, quand Nicolas Sarkozy avait intégré le ministère de l'Intérieur. Bis repetitae placent (ce qui est répété plaît) doit se dire le chef de l'État retrouvant un de ses thèmes de campagne de prédilection.

 

Sauf que la rengaine finit par lasser, ainsi qu'en témoignent de récents sondages indiquant qu'aux yeux d'une large majorité de Français, une nouvelle loi n'est pas indispensable, mais aussi que l'exécutif se rapproche de plus en plus du Front National sur les thèmes de la sécurité et de l'immigration.

 

À l'origine, le projet défendu par Éric Besson ne devait être qu'une transcription technique des nouvelles directives européennes. Mais depuis le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy, fin juillet, le texte s'est considérablement musclé pour atteindre près d'une centaine d'articles dont certains sont contestés jusqu'au sein de la majorité.

 

Député UMP des Yvelines d'origine belge, Étienne Pinte est loin d'être un «droitdel'hommiste» béat. Il faut donc l'entendre lancer «bonjour les dégâts !» pour fustiger les renforcements prévus concernant la «double peine» de la déchéance de nationalité, la durée de rétention, ou encore l'effacement du juge des libertés devant l'administratif afin de remédier au rejet actuel d'un tiers des procédures d'expulsion.

 

Au-delà de ses dispositions constitutionnellement contestables, cette nouvelle loi est symptomatique de l'instrumentalisation électoraliste de la question de l'immigration. Le discours de Grenoble marquait un retour aux fondamentaux purs et durs sur la sécurité et l'immigration dans le but de draguer un électorat d'extrême-droite qui pourrait faire défaut en 2012. Éric Besson met ce discours en musique en rêvant que son ministère soit assimilé à une «fabrique à [sic] bons Français».

 

Cette stratégie du copier-coller extrémiste est tellement éprouvée qu'elle en devient usée, avec un double risque pointé par la frange modérée de la majorité présidentielle. Le risque de perdre nombre d'électeurs de droite et du centre lassés par une surenchère sécuritaire stérile. Mais aussi celui de ne pas séduire un électorat frontiste disposant pour 2012 d'une candidate potentielle plus jeune et moins subversive, mais aussi échaudé par le premier quinquennat de Nicolas Sarkozy.

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Publié dans Politique

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