Il ne fait pas bon être concombre !

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Pauvre concombre espagnol! On peut dire qu'il n'aura pas profité un instant de la présomption d'innocence. Très vite, il aura été condamné par les autorités de Hambourg comme étant responsable d'une serial épidémie qui, hier, avait déjà fait 17 morts dont 16 pour la seule Allemagne. Résultat: non seulement un écroulement catastrophique des ventes de concombres venus d'Espagne mais également une baisse de la consommation de la cucurbitacée dans toute l'Europe. Et ceci quelle que soit l'origine de production.

Et puis, voilà qu'en ce début de semaine, on croit que les choses sont en train de s'arranger, que le doute commence à profiter à l'accusé... Et qu'il est finalement blanchi. Les maraîchers vont pouvoir respirer ? Du tout. La panique du consommateur étant une épidémie tout aussi contagieuse que n'importe quelle bactérie baladeuse voilà qu'en disculpant le concombre, on semble avoir du même coup élargi le spectre des possibles responsables...

Ne faut-il désormais se méfier du melon, du cornichon dès lors qu'ils appartiennent à la même famille que cet herbacée qu'on a peut-être un peu trop vite innocenté ? Et pourquoi la tomate ou le poivron ne pourraient-ils pas également faire figure de comploteurs contre notre chère santé ? Du coup, c'est l'ensemble des producteurs de fruits et légumes qui voit ses ventes chuter. Les maraîchers se retrouvent à genoux.

D'autant qu'hier, pour tout arranger, on a appris que les Emirats arabes unis ne voulaient plus de nos concombres et que, s'ils acceptaient les autres fruits et légumes européens, ceux-ci devraient présenter... un certificat attestant qu'ils ne contiennent pas la bactérie Eceh.

Et puis voilà que la Russie a décidé hier à son tour de fermer ses frontières à tous les légumes provenant de l'Union européenne. Une décision que le chef de l'agence russe de protection des consommateurs a justifiée sans sourciller par un plus grand professionnalisme et un meilleur respect des normes sanitaires en Russie que dans l'UE. Ce pays important chaque année 4 milliards d'euros de fruits et légumes de l'Europe, l'affaire a immédiatement enflammé les esprits bruxellois qui ont sommé Moscou de... justifier sa position.

Ce retour à la guerre froide des fruits et légumes est le dernier épisode d'une tension grandissante entre l'Allemagne et les pays du sud qui, comme l'Espagne et le Portugal, réclament maintenant des dommages et intérêts à Berlin.

La découverte hier par le Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies basé à Stockholm de la souche de la bactérie mettra-t-elle fin à la psychose ? On peut en douter car, tant que le porteur de la souche ne sera pas identifié, le défilé des suspects va continuer. Une nouvelle occasion de rappeler la présomption d'innocence. Si peu respectée ces temps-ci. Que ce soit pour les fruits ou les grosses légumes.

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Publié dans Economie

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