IL EST ENCORE PERMIS... D'EN RIRE
Jacques GUYON 02/10/2010
Depuis quelques jours, on sentait bien qu'il y avait du remue-méninges sur un possible aménagement du permis à points. A l'heure ou pullulent les radars de vitesse, à l'heure où on commence à installer leurs petits frères sur les feux, à l'heure où les préfets sont «primés» selon leur énergie à faire reculer la «délinquance routière», à l'heure où, par voie de conséquence, le plus attentif et le plus pépère des conducteurs ne sait jamais quand il prend le volant le matin combien il lui restera de points le soir sur le permis, les sénateurs avaient semblé vouloir mettre la pédale douce.
Lassés d'entendre à chacune de leur permanence monter les voix d'automobilistes se plaignant non seulement d'être pris pour les vaches à lait de Bercy mais surtout d'être les seuls à payer cash la politique sécuritaire du gouvernement, ils avaient donc voté quelques assouplissements. Par électoralisme, comme l'ont dit de mauvaises langues ? Non, par réalisme.
Très majoritairement issus de province, les sénateurs savent bien, eux, que le permis de conduire c'est aussi le permis... de travailler. Ou encore, quand il n'existe pas ou peu de moyens de transport collectif en zone rurale, le permis... d'être autonome, de garder contact avec les autres. Conscients également du nombre faramineux de personnes qui désormais roulent sans points et donc sans permis - avec toutes les conséquences possibles que cela peut entraîner... - ils avaient donc décidé, entre autres aménagements, de permettre que l'intégralité des douze points soit récupérable au bout d'un an - au lieu de 3 ! - si aucune autre infraction n'était commise entre-temps.
Sermonnés par le ministre de l'Intérieur et son collègue des Transports, assaillis par les ligues et autres associations contre «la violence routière», les députés avaient dû mercredi corriger la copie sénatoriale en disant deux ans. Mais c'était sans compter sur celui qui, non seulement a été deux fois ministres de l'Intérieur, mais qui, en tant qu'hyperprésident ne peut quand même pas laisser de simples parlementaires régler des problèmes d'une telle importance pour l'avenir de la Nation ! Nicolas Sarkozy, enfilant son inusable costume de Monsieur «je tiens mes promesses» a donc sifflé la fin de la récréation: pas question de faire passer «un message laxiste», lui qui pendant sa campagne a déclaré la guerre aux «délinquants de la route» ! Elus du peuple, circulez y'a rien à voir !
C'est également ce que les gendarmes ont signifié à une association de l'Yonne. Pour assurer la promotion de son spectacle, «L'Epopée tzigane», elle avait eu la mauvaise idée de laisser des roulottes dans les rues du village où était attendu Nicolas Sarkozy le lendemain. Zélés comme des opérateurs radars, les gendarmes ont fait déplacer manu militari les roulottes. Pour ne pas irriter le Président empêtré dans sa polémique avec Bruxelles sur les Roms ? Vous n'y pensez pas ?
Ce serait - officiellement et... au choix - par souci «d'esthétique» (sic) ou pour des «raisons de sécurité». Circulez...