Hollande : «Si les Français m’accordent leur confiance...»
En déplacement à Auxerre, le prétendant à l'Elysée sent le vent souffler en sa faveur. Mais se garde de toute euphorie : «Venez voter, faites voter et allez chercher, intime-t-il. Aucun sondage n’a fait élire un président».
«Je veux que le 6 mai nous puissions être heureux.» 14h15, vendredi, sous les arches de l’abbaye Saint-Germain d’Auxerre, François Hollande harangue une petite foule mélangée de retraités et de lycéens. Cela fait plus d’un an que le socialiste est en campagne. Il parle de la victoire de la gauche, «ce rêve caressé pendant tellement de temps sans savoir que c’était peut-être sur ma personne qu’il allait s’accomplir». Il fait beau et le candidat à l’Elysée, juché sur une minuscule estrade, est dans son rôle préféré: agent électoral.
On est loin du style parfois empesé de ses grands discours. Comme dans ses meetings-poupées russes, qu’il tient désormais après chaque grand rassemblement régional, il revendique la simplicité de ces rencontres. «Si les Français m’accordent leur confiance, je voudrais continuer à circuler comme je le fais aujourd’hui… Je pense au candidat-sortant», lance Hollande en se mordant les lèvres pour ne pas trop sourire. «Mais je saute les étapes, se reprend-il. Nous avons beaucoup de choses à faire ensemble. Je suis venu vous donner votre feuille de route.» Qui se résume en trois phrases: «Venez voter, faites voter et allez chercher» les électeurs pour le 22 avril, énumère le député de Corrèze, tout à sa bataille du premier tour, menacé par la dispersion des voix à gauche et l’abstention.
Surtout que les sondages sont repassés au vert, le socialiste devançant à nouveau Nicolas Sarkozy dans cinq études d’opinion. Et au deuxième tour, elles prédisent une large victoire de Hollande. De quoi démobiliser une partie de la gauche. «Nous n’avons rien gagné que l’estime générale, ce qui n’est pas suffisant. Tant que les urnes n’ont pas rendu leur verdict, nous ne sommes rien d’autre qu’un candidat comme les autres», insiste le candidat, usant d’un étrange «nous» de majesté. «Aucun sondage n’a fait élire un président, aucun sondage ne peut garantir la qualification au premier tour.»
Vient le couplet sur le 21 avril 2002, il y a pile dix ans, quand Lionel Jospin avait été éliminé par Jean-Marie Le Pen. «Je ne veux pas vous faire peur, dément Hollande. Ne votez pas parce que c’est la meilleure façon d’éviter. Votez parce que c’est la meilleure façon de changer (…) Ne laissez pas de place au doute, à l’interrogation, à l’option.»L’allocution se termine, le candidat se jette dans un énième bain de foule et signe des autographes sur les bons de retard des élèves – cheveux en pétard, sweat-shirts à capuche – qui l’approchent.
Du Massif central aux portes de Paris - 489 kilomètres, trois arrêts et deux meetings -, vendredi, c’était une nouvelle journée de campagne du socialiste itinérant. Qui a même fait un morceau du parcours à bord du bus des journalistes. Jeudi soir, pour la première fois, on l’a entendu à Clermont-Ferrand clamer «on va gagner» à la tribune. La faute aux«souffleurs» en contrebas qui le criaient et qu’il a juste imités, assure-t-il dans le bus. La nuit portant conseil, Hollande ne dit donc plus que«on peut gagner» aux habitants de Moulins qu’il croise sur le marché quinze heures plus tard. Il croque du chocolat, oubliant son régime. «Je prends tous les risques», glisse-t-il goguenard à l’adresse de ceux qui trouvent qu’il fait du surplace pour ne pas perdre de terrain.
Lui, qui serre les boulons des socialistes qui s’y voient déjà, fait acte de contrition – «J’ai tort d’anticiper comme ça» -. Mais il en est persuadé: «les Français sont dans une logique d’alternance.» Et puis,«entre les deux tours, c’est là que les foules se lèvent», promet-il à neuf jours du scrutin. C’est un moment étrange pour lui, confie-t-il.«Quand on est au bord de l’histoire, on peut tomber d’un côté comme de l’autre.»