Hollande remplit Bercy, sans un mot pour DSK ou Dray

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Au palais omnisport de Paris-Bercy, au moins, DSK n'a pas gâché la fête. Devant plus de 15 000 personnes, le candidat socialiste à la présidentielle a livré une longue intervention, plus un rappel.

Seules nouveautés d'un discours désormais bien rodé et qu'il décline depuis de longs mois, François Hollande a réfuté avec force les attaques de son adversaire Nicolas Sarkozy, notamment à propos du droit de vote des étrangers (« Qu'est-ce que ça a à voir avec la religion ? Ça a à voir avec ceux qui paient leurs impôt ici ! »), du prétendu soutien de 700 mosquées françaises (« A dire quelque chose de faux, pourquoi n'a-t-il pas parlé de 700 temples, églises ou synagogues ? ») ou de l'intellectuel Tariq Ramadan (« un théologien contestable », dont il aurait « bien sûr renié le soutien… s'il m'avait soutenu »).

Il a également – davantage qu'à l'accoutumée – insisté sur « l'Etat exemplaire » qu'il entend promouvoir, exprimant son souhait de rassembler « ceux qui ne mettent pas l'argent au cœur de l'Etat »et « ceux qui ne veulent plus d'un chef de l'Etat dans l'impunité ». Se comparant sans le citer à Nicolas Sarkozy, il a indiqué en outre vouloir « faire le contraire du candidat sortant : que ce soient les grandes fortunes qui fassent les chèques au Trésor public, et non le Trésor public qui fasse des chèques aux grandes fortunes ! »


 

 


En revanche, sur la scène comme en coulisses, on ne trouvait pas grand-monde pour commenter, encore moins officiellement, le retour sur la scène médiatique de Dominique Strauss-Kahn. L'ancien directeur du FMI et prétendant socialiste déchu, dont l'affaire repasse la semaine qui vient devant le tribunal civil américain, n'a rien trouvé de mieux que de donner un entretien au Guardianvendredi 27 avril (avant de faire savoir 24 heures plus tard que ses propos seraient tirés du livre d'un journaliste américain à paraître cette semaine), dans lequel il accuse ses adversaires politiques d'avoir mis en scène l'épisode du Sofitel new-yorkais pour le sortir de la course à l'Elysée.

Pain bénit pour Nicolas Sarkozy et son entourage, qui ne cesse depuis de moquer ce « témoin de moralité » s'invitant dans la campagne. Dimanche 29 avril sur Canal +, François Hollande s’en est d’ailleurs publiquement démarqué : « Dominique Strauss-Kahn n'est pas dans la campagne présidentielle, donc il n'a pas à y revenir de quelque manière que ce soit jusqu'à ce que cette campagne se termine. » Avant d'ajouter : « Il n'est plus dans la vie politique. »

S'y est ajoutée la veille la révélation par un journaliste du Pointde la présence du même DSK, lors de l'anniversaire de Julien Dray (pourtant né le 5 mars, mais la fête a été déclaée en raison d'une hospitalisation) dans un bar de la rue Saint-Denis à Paris, au nom qui ne s'invente pas: le J'ose. Une présence surprise (« les invitations étaient parties il y a un mois, il ne pouvait pas savoir », expliquent les uns ; « il avait invité Anne Sinclair, sans penser que Strauss-Kahn viendrait », croient savoir les autres), qui a fait fuir Ségolène Royal dès qu'elle fut au courant. En revanche, selon un témoin présent, Pierre Moscovici (directeur de campagne de François Hollande, et ancien proche de DSK) n'a pas quitté les lieux comme cela a été d'abord indiqué ; il a au contraire longuement discuté avec l'ancien directeur du FMI, également mis en examen pour “proxénétisme aggravé en bande organisée” dans l'affaire du Carlton de Lille. Quant au directeur de la communication de Hollande, Manuel Valls, il a juste échangé quelques mots avec DSK, avant de partir.

« Je veux que Sarko se casse ! Et ça, c'est plus important que DSK »

En salle de presse à Bercy, pour la parole officielle, cela revient à quelques nuances près, selon les interlocuteurs, à « ça n'intéresse pas les gens ». En off, et avec des cadres un peu moins concernés, c'est la « consternation »« C'est une connerie sans nom ! Je ne peux même pas en parler, car je ne comprends pas ! C'est débile ! Débile…», avoue un secrétaire national du PS. « Julien est “has-been” est complètement marginalisé dans la campagne comme dans le parti…, lâche un autre dirigeant. Mais de là à imaginer qu'il l'a fait exprès pour aider Sarko, vu l'amitié qu'il a pu y avoir et qu'il y a peut-être encore entre eux, je ne peux pas l'imaginer. »De fait, bien qu'ami depuis la fin des années 1980 avec François Hollande, qu'il a soutenu dès la primaire socialiste (une fois Strauss-Kahn empêché), « Juju » a une place subalterne dans l'organigramme de campagne, où il est « dans un coin », chargé de l'animation du site internet “Vivement mai”, dont on n'a pas franchement entendu parler ces cinq derniers mois.

Parmi la quinzaine de militants et sympathisants interrogés sur le parvis du palais omnisport des bords de Seine, à l'ombre du ministère des finances et de la cellule Tracfin qui avait examiné les comptes de Julien Dray et longtemps suspecté des détournements de fonds liés à l'association SOS-Racisme (procédure qui s'était terminée par un simple “rappel à la loi”), l'incompréhension est tout aussi totale. « Je n'ai jamais vraiment aimé Dray, mais je pensais qu'il avait surtout de l'intelligence politique et stratégique… C'est ça qui est le plus inquiétant », s'étonne Moussa, 37 ans, travailleur social à Saint-Denis. « Il ne faudrait pas que ça participe d'une ambiance comme quoi on se croirait tout permis au PS, vu qu'on serait sûr d'avoir gagné », s'inquiète Michel, retraité de La Poste.

A ses côtés, Ghyslaine opine, en parodiant le slogan de campagne de Hollande : « DSK, Dray, la MNEF, Guérini et compagnie, ce serait bien que là aussi, ce soit maintenant le changement. » Elle a décidé de donner ses coordonnées à l'un des mobilisateurs suscitant à l'entrée de Bercy les vocations de volontaires en porte-à-porte. « Je me suis engagé alors que je ne suis même pas socialiste, dit ce quinquagénaire refusant de donner son nom. Mais je veux que Sarko se casse ! Et ça, c'est plus important que DSK, qui lui est déjà out ! »

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Publié dans HOLLANDE

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