Hollande prend un bain de jeunesse
«On ferme la parenthèse, et on repart. Ouf...» Les partisans de François Hollande voulaient tous oublier samedi la semaine catastrophe de leur champion, minée par le pilonnage en règle de l'UMP et les cafouillages avec les écologistes. Pour reprendre la main, le candidat socialiste avait choisi un de ses thèmes de prédilection, la jeunesse, à l'occasion du congrès du MJS, le Mouvement des jeunes socialistes, à Strasbourg.
«Tout s'est bien passé, l'accueil a été très bon... Et puis les Verts ont voté l'accord à 74%, tout va bien... », lâchait samedi un responsable socialiste, visiblement soulagé. Dans le TGV qui l'emmenait à Strasbourg, Vincent Peillon, conseiller de Hollande pour les questions d'éducation, se voulait rassurant: Hollande «rattrape les cafouillages pour se représidentialiser... C'est son travail de candidat».
Elu avec un score incontestable de 57% à la primaire socialiste, le candidat rêvait de diète médiatique avant de se lancer dans la «vraie» campagne en janvier. Le G 20, la crise de la zone euro et «les deux passages télé de Sarkozy», rappelle un proche, ont eu raison du calendrier élaboré par François Hollande. Depuis, il a subi les tirs de barrage de l'UMP, fléchi dans les sondages et semblé patiner sur les réponses à la crise et dans les négociations avec les écologistes. L'épisode de mardi (révélé par Mediapart), avec le retrait in extremis d'un paragraphe sur le MOX après une intervention directe d'Areva, a achevé de donner l'impression d'une gestion erratique et confuse.
«Non, Hollande n'a pas trouvé tous les interlocuteurs de cette affaire très professionnels», lâche un de ses collaborateurs. «De toute façon, les accords électoraux, c'est comme nos congrès, ça fait longtemps que ça ne fait plus de super semaines! Mais tout ça, maintenant, c'est derrière nous», veut croire Vincent Peillon. «Dans une campagne, il y a toujours un moment où ça patine, où c'est le "trou". Vaut mieux que ce soit maintenant», abonde un de ses camarades. Avant d'ajouter: «Mais, c'est vrai que ça laisse des traces sur l'aspect "fébrilité", alors qu'on avait jusque-là l'image de la machine, de la dynamique irrésistible... Et ça, ça nous rappelle de mauvais souvenirs.» Avec, en mémoire, les campagnes ratées de Lionel Jospin en 2002 et de Ségolène Royal en 2007.
«Un effort qui a du sens»
Cette fois, les socialistes, qui disent tous s'attendre à une campagne «dure» et «frontale» face à Nicolas Sarkozy, veulent imposer leurs thèmes. Dont celui de la jeunesse. Hollande en a fait sa priorité affichée depuis plus d'un an et espère ainsi produire un discours d'espoir pour la gauche (tout en s'abstenant de grandes promesses concrètes, contradictoires avec sa volonté de rigueur budgétaire), pour séduire et les jeunes et leurs parents, voire leurs grands-parents.
«Pour l'instant, François Hollande a toujours un temps d'avance, veut croire Vincent Peillon. D'ici janvier, il faut qu'il martèle son message. «Répéter, aller partout, faire les 20 heures... Car pour gagner, il faut imposer ses thèmes de campagne. Sinon, c'est perdu», détaille un autre de ses proches.
Samedi, François Hollande a donc commencé à «répéter», visitant un centre social d'aide aux jeunes en grande difficulté et s'offrant une balade à pied dans le centre de Strasbourg pour retrouver l'image d'un candidat «proche des Français»,«au contact facile». Ensuite, devant les délégués du congrès du MJS et les élus locaux, il a prononcé un discours «à la jeunesse» (pas «sur», pas «pour», mais «à», selon les subtilités de la communication politique).
«Je ne parle pas de la jeunesse comme d'une catégorie, a expliqué samedi François Hollande. Mais parce que de la considération de la jeunesse dépendra toute notre réussite. Il faut redonner confiance à la jeunesse pour que la France retrouve confiance.» L'idée force – et sa définition du «rêve français» – est de plaider pour que la génération à venir vive mieux que la précédente.
Concrètement, Hollande continue de défendre sa proposition, absente du projet socialiste et vertement critiquée par Martine Aubry durant la primaire, du contrat de génération, liant emploi des seniors et emploi des jeunes, et sa volonté de créer 60.000 postes dans l'Education nationale au cours du prochain quinquennat. Devant les délégués du MJS, le député de Corrèze a aussi plaidé pour qu'aucun jeune entre 16 et 18 ans ne soit «sans solution» et pour «un parcours d'autonomie» pour les jeunes majeurs. Mais sans entrer dans les détails, et sans évoquer l'idée d'une allocation d'autonomie, défendue de longue date par le MJS et intégrée dans le projet socialiste voté en juin. Hollande, lui, a toujours été réticent, notamment pour des raisons budgétaires.
A l'Etage, un centre social pour jeunes de Strasbourg, le candidat socialiste a redit qu'il faudrait faire des «efforts». Après une longue tirade sur le «rêve français», Hollande a expliqué qu'il «va y avoir du courage à démontrer, des sacrifices à exiger, notamment de ceux qui ont le plus». «Il faudra faire l'effort, et pas seulement avec notre bienveillance et notre solidarité. Mais ce sera un effort qui a un sens.» Une formule déjà utilisée par Hollande pour la«rigueur» à qui il veut «donner du sens».
Les Jeunes socialistes, très majoritairement acquis aux idées de l'aile gauche du parti, n'ont pourtant pas boudé leur plaisir, acclamant à tout rompre leur candidat. «François Hollande a toujours gardé un lien particulier avec le MJS. Et la thématique générationnelle favorise l'engouement», explique Razzy Hammadi, leur ancien président. Un jeune militant du MJS confirme: «Mélenchon, c'est plus notre corpus idéologique. Mais on veut gagner. Nous, on n'a jamais connu la gauche au pouvoir...»