Hollande et Aubry sont dans un bateau, qui tangue…

Publié le par DA Estérel 83

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Est-ce que ça ressemble à cela, une machine à perdre? Dans les couloirs de la convention d'investiture aux législatives du PS, samedi matin, l'ambiance étrange pouvait le laisser redouter. Dans une salle en sous-sol à l'ombre de la tour Areva, ça ne s'invente pas, dans le quartier de la Défense, les mines ne sont pas franchement conquérantes et tout le monde présent avait surtout envie d'en finir au plus vite.

A la fin de la réunion, on se dit soulagé de voir que le «bureau des pleurs» a finalement été assez limité. La liste des candidats, amputée d'une vingtaine de circonscriptions encore «gelées», a été largement adoptée. Seulement quatre abstentions et six votes contre, sur 174 délégués. Sans grand enthousiasme. «C'est la loi du genre, il y a toujours beaucoup plus de déçus que de satisfaits, mais on a bien travaillé pour que ça se passe au mieux», minimise le député François Lamy, conseiller spécial de Martine Aubry et l'un des trois négociateurs socialistes, avec le secrétaire national aux élections Christophe Borgel et le député Bruno Le Roux, proche de François Hollande.

Le candidat PS à la présidentielle n'a pas assisté à la réunion. «Il s'est volontairement tenu à l'écart, il n'a pas à s'occuper de ça, il est au-dessus..., explique son responsable de la communication Manuel Valls. Et il ne se laissera pas entraîner dans les affaires internes du PS qui ne le concernent pas», affaires internes qu'un autre fidèle de Hollande, Stéphane Le Foll, qualifie de «nid de guêpes». Durant la matinée, c'est Ségolène Royal qui aura été la cible la plus remarquée des protestations, des militants locaux s'élevant contre son «parachutage» à La Rochelle sans avoir à passer par le vote des militants, apparemment défavorables. «Elle n'est pas n'importe qui, elle a été candidate en notre nom, s'est défendu Christophe Borgel. Nous assumons notre choix, il n'est pas possible de faire un vote avec des déclarations pouvant la salir.» Dans La Charente libre jeudi, Ségolène Royal déclarait de son côté: «Je conviens que c'est une procédure inhabituelle, mais ma situation, de par mes combats, n'est-elle pas aussi hors du commun? Je mérite un minimum de respect, non?»

Autre cas problématique, celui du Pas-de-Calais, dont les dernières révélations autour d'un présumé financement occulte à l'intérieur de la fédération PS ont animé les coulisses. Après que Martine Aubry a décidé de geler la circonscription de Jean-Pierre Kucheida, cité par l'ancien maire d'Hénin-Beaumont, Gérard Dalongeville, comme protagoniste d'un système de corruption (lire notre article). Quant à Jack Lang, impossible de savoir quel va être son sort. Lui dit que la direction du PS lui «cherche une solution» (soit une nouvelle circonscription ailleurs en France, on évoque les Vosges), après qu'il a renoncé à se représenter à Boulogne-sur-Mer. Martine Aubry, elle, a préféré détourner le regard de la presse vers Arnaud Montebourg.

Après de vives tensions à propos du sort de Jean-Noël Guérini, et une crispation réciproque allant grandissant depuis deux ans, c'est désormais la lettre envoyée il y a deux semaines par le secrétaire à la rénovation à Aubry qui met le parti en émoi. Confidentielle, la missive corrosive, dont a fait état l'entourage d'Aubry avant qu'elle ne soit révélée par lemonde.fr jeudi soir, s'en prend notamment à Jack Lang, considéré comme «un des tristes symptômes» du délitement de la fédération. L'attaque de trop pour Martine Aubry, mais aussi un bon prétexte de ne pas dire un mot sur le clientélisme, la montée du FN à Hénin-Beaumont ou le maintien au pouvoir depuis quarante ans des cadres socialistes locaux.

«Nous avons tout pour gagner en juin, tout, sauf l'ego de quelques-uns qui ne sont jamais en retard pour faire parler d'eux avec une petite phrase contre d'autres camarades ou une position différente de celle du parti», a lâché la patronne du PS, avec la raideur qui la caractérise quand elle est contestée dans son autorité. A la tribune de son discours de clôture, elle s'est exclamée: «Aucun camarade n'a le droit d'aller dire des mots contre l'un contre l'autre.»

 

A l'unisson ce samedi, tous les aubrystes ont martelé auprès des journalistes l'accusation de «chevalier blanc» pour qualifier Montebourg, certains évoquant même une vengeance après que la plupart de ces proches ont été écartés des investitures législatives.

L'entourage de la première secrétaire juge que le député de Saône-et-Loire tire contre son camp, mais beaucoup le rendent surtout responsable de sa défaite à la primaire, d'abord en incarnant une gauche du parti qu'Auby n'a jamais réussi à représenter, puis en soutenant Hollande dans l'entre-deux tours.

L'accord écolo passe mal

Même si cette convention pouvait avoir des airs de fin de mandat tacite pour Martine Aubry, elle a ce samedi montré qu'elle tenait toujours la barre de son parti. Et qu'elle ne se laisserait pas effacer de la campagne présidentielle qui s'ouvre. A son actif, elle peut se féliciter d'avoir féminisé, rajeuni et «diversifié» davantage les futurs députés socialistes. «Le parti montre l'exemple et nous tiendrons parole, a-t-elle dit lors de son discours. J'avais parlé de la rénovation de A à Z, de C comme cumul à P comme primaires, je savais qu'il y aurait un D comme difficultés mais aussi que je pouvais compter sur le V comme vote des militants.»

Mais ses promesses de «gauche durable», ou «maison commune», sorte de nouvelle gauche plurielle, risquent d'avoir un peu de plomb dans l'aile unitaire. Et l'on ne parierait pas forcément que les décisions prises sous son autorité seront au bout du compte respectées. Ainsi le respect de l'accord, électoral et programmatique, qu'elle a mené avec les écologistes et qui passe mal localement. «On est clairement pour le rassemblement de la gauche, mais le plus souvent dans la circonscription d'à côté», a ironisé Christophe Borgel à la tribune. Mais les négociations demeurent mal vécues par de nombreux hollandais.

 

 

Martine Aubry et François Hollande, lors des obsèques de Danielle Mitterrand, le 26 novembre 2011Martine Aubry et François Hollande, lors des obsèques de Danielle Mitterrand, le 26 novembre 2011© Reuters

 

 

«Toutes les circonscriptions offertes aux Verts sont dans des endroits où ils n'ont ni maire important, ni conseiller général, critique un spécialiste électoral soutenant Hollande. Et là où c'est le cas, on a mis des socialistes qui auront moins de chance de gagner. On laisse les écolos poursuivrent leur logique d'accumulation et d'extension territoriale, en dépit du bon sens.»Plusieurs dissidences sont déjà annoncées face aux candidats verts, notamment celle d'Olivier Faure en Seine-et-Marne, Serge Blisko et Danielle Hoffman-Rispal à Paris, ou André Vallini en Isère, mais aussi dans le Nord ou dans les Côtes-d'Armor, voire dans le Rhône.

Sur le fond, un épisode est passé inaperçu cette semaine, lors du déplacement de François Hollande au Creusot. Une fois les journalistes mis dans le train du retour vers Paris, le député de Corrèze et Arnaud Montebourg ont rencontré une dizaine de délégués syndicaux CGT et CFDT d'Areva. Au site Creusot-Infos, les syndicalistes ont résumé la rencontre: «François Hollande nous a clairement dit qu'il se place au-dessus de l'accord signé entre le PS et les Verts. Il nous a annoncé que s'il est élu Président de la République il fermera la centrale de Fessenheim, mais qu'il poursuivra aussi l'EPR de Flamanville, ce qui est une bonne nouvelle. Il nous a dit aussi qu'il conservera le combustible MOX, ainsi que le retraitement. De même, François Hollande nous a dit qu'il n'est pas pour fermer 24 réacteurs tout de suite.»

Quel rôle pour Martine Aubry désormais?

Le constat est partagé par de nombreux hollandais, et résumé par un proche de Jean-Marc Ayrault: «Hollande n'a pas voulu dégager Aubry le soir du second tour de la primaire, elle s'est imposée tout de suite en reprenant le bureau d'Harlem Désir, qui aurait dû rester en intérim jusqu'à la fin de la campagne...» Un eurodéputé proche du candidat estime qu'«Aubry n'a pas digéré la primaire: elle veut garder la mainmise sur le parti et sur le futur groupe à l'Assemblée. Mais maintenant, François n'a pas d'autre choix que de composer avec elle.»

Un proche de Pierre Moscovici, le directeur de campagne de Hollande, ajoute qu'«après la primaire, la logique aurait été de prendre le parti, car aujourd'hui il n'a pas les mains libres». Et certains de suspecter même que «si Aubry avait voulu jouer un retour au premier plan dans une cohabitation après une défaite à la présidentielle mais une victoire aux législatives, elle ne s'y serait pas pris autrement».
«C'est des conneries! Si François gagne, il n'y aura que des hollandais...», rétorque David Lebon, directeur de cabinet adjoint d'Aubry. Contrairement à 2007, cette dernière joue le jeu publiquement d'un soutien indéfectible, comme lors de son discours samedi: «Vous n'arriverez pas à nous diviser. Nous devons tous être derrière notre candidat.»

Pour autant, elle n'entend rien lâcher de ses prérogatives. «Elle ne veut pas gêner la campagne de François, assure Lebon. Si elle avait à se dédire par rapport à ce qu'elle disait durant la primaire, elle préférerait se taire. Il ne s'agit pas de règlement de comptes, mais de rassembler le parti, pour qu'il soit au mieux derrière Hollande. Elle dit souvent: "Je suis là pour être désagréable, afin que François paraisse le plus agréable." Martine est garante du vote des militants, notamment sur le calendrier et la mise en œuvre de la rénovation.»

Beaucoup n'ont pas apprécié la gestion de la séquence interne des investitures électorales, où la superbe de Hollande s'est un peu abîmée dans les méandres de l'appareil socialiste, surtout à cause des fidèles de longue date du candidat. «Il faut arrêter de râler en bureau national, car après ça finit par un vote où on est ultra-minoritaire, peste un conseiller d'Hollande. A partir du moment où on sait qu'on est minoritaire sur les circonscriptions, on vote avec la majorité. On ne se compte pas pour se retrouver à 7 contre 35 et montrer qu'on ne tient pas le parti...» Un aubryste confirme:«Certains veulent transformer l'après-primaire en règlement de comptes, en se voyant déjà au congrès d'après. Sauf que la réalité du dernier congrès est toujours là: Hollande est minoritaire dans le parti, face à Aubry. Tout le monde ferait mieux de se consacrer à combattre la droite.»

La séquence interne est désormais terminée, et le candidat va enfin pouvoir se consacrer à sa campagne, sans qu'elle soit davantage perturbée par des considérations d'appareil: «On était obligé de boucler le dispositif électoral en novembre, admet Manuel Valls. Avec les ambitions de parité, de diversité et de renouvellement, l'exercice était obligatoirement difficile, car il y a forcément des mécontents. Bon, voilà, c'est fait.» Place à la campagne, enfin.

Les énigmes de l'équipe de campagne de Hollande

Les dysfonctionnements internes dans le staff de campagne de François Hollande n'en finissent plus d'interroger dans les rangs socialistes. Y compris chez les hollandais. En cause, le dilettantisme de Pierre Moscovici, les cafouillages divers dans la communication autour de l'accord avec les écolos, les règlements de comptes internes et rivalités internes, les atermoiements autour du QG, l'impréparation des déplacements, ou le comportement jusqu'au-boutiste des fidèles de l'ancien premier secrétaire.

Les proches de Hollande décrivent tous une organisation très cloisonnée, et très présidentialiste. «Hollande est le seul à connaître tous les cercles autour de lui, qui ne se connaissent pas, ne se parlent pas... Il n'y a que lui qui ait vraiment la main et la vue d'ensemble», raconte un techno membre de l'équipe. «Il a une mémoire incroyable. Il gère tout cela tout seul, confirme un autre conseiller. Il a des centaines de personnes qui lui font des notes, parfois sur le même sujet, mais c'est toujours lui qui tranche au final. Et il est capable de se rappeler qui a fait telle note ou apporté telle contribution.» Avant d'admettre: «Le modèle, c'est Mitterrand. Mais si c'est le modèle, c'est aussi le bordel, car c'est très difficile à gérer et à professionnaliser.»

Dans l'entourage d'Aubry, on ne cache pas son scepticisme, tout en espérant que cela se «calera» à partir de janvier: «François n'impose pas grand-chose, les mecs se sentent légitimes à parler pour lui, quitte à parfois être contradictoires... Il manque un Guéant, un premier lieutenant en qui il a totale confiance, qui serait sa voix officielle dans les trucs d'appareil, et qui aurait vraiment une autorité suffisante pour se faire respecter. Là, il n'y a que des mecs qui ont peur de déplaire, ou qui veulent trop plaire.» «Rebsamen aurait pu faire ça, mais il veut à tout prix être à l'Intérieur», soupire un hollandais, pour qui «Valls est en train de se configurer pour le poste». L'ancien «cinquième homme» de la primaire prend en effet en ce moment une part de plus en plus grande, dans le sillage de Hollande, faisant grincer quelques dents (lire ici).

En revanche, on ne sait plus où s'arrêtera l'élargissement de l'organigramme, dont une nouvelle version a été communiquée cette semaine. «L'équipe de Hollande, c'est le conseil national du PS après le congrès du Mans, rigole un permanent socialiste. Ils sont plus de 150! Il y en a même qui n'ont pas été prévenus qu'ils en faisaient partie... En plus, ce ne sont que des recalés du parti, proches de Hollande ou battus lors du congrès...» A part Guillaume Bachelay, aucun responsable du parti n'a été convié dans le premier cercle. «On ne peut pas dire que ce soit l'amour fou..., dit en suspens un dirigeant solférinien. Mais bon, on a perdu, donc on est obligé de faire confiance à Hollande, même si on ne comprend pas encore très bien sa stratégie et son positionnement politique.»

Du côté d'Arnaud Montebourg, on continue à affirmer que François Hollande vient sur la ligne défendue par le député et président de Saône-et-Loire. Et l'on souligne combien «le patriotisme économique», appelé de ses vœux par le champion socialiste en milieu de semaine, va dans le bon sens. Resté porte-parole du PS, Benoît Hamon ne cache pas au contraire sa perplexité: «Le problème qu'on a aujourd'hui, c'est d'avoir une autre politique à proposer. On n'ose pas mettre des revendications sociales dans le débat politique. Pourtant, c'est primordial de faire monter la pression du mouvement social, pour contrer celle des marchés. On doit pouvoir brandir le veto de la rue, comme Merkel brandit son veto du Bundestag.» Un brin marginalisé depuis la défaite d'Aubry et la percée de Montebourg, mais satisfait d'avoir obtenu une grosse quinzaine de circonscriptions gagnables pour son courant, il entend œuvrer pour infléchir la ligne actuelle du candidat. Et avertit: «La droite se sert de la crise pour accélérer son agenda. Si on se contente de dire "avec nous, on aura moins mal", on se fera balayer...»

 

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Publié dans HOLLANDE

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