François Hollande affiche une mine sérieuse, grave même, celle qui sied aux événements historiques. Et donc parfaitement adaptée à ce vendredi 11 novembre, où il commémore au coeur du bois de la Gruerie, dans la Marne, l'armistice de 1918. C'est en costume, long manteau noir, très présidentiel, que le candidat du PS arrive de Paris en voiture. Hollande salue devant les grilles du cimetière de Saint-Thomas-en-Argonne les élus organisateurs, dont les présidents de Lorraine (Jean-Pierre Masseret) et de Champagne-Ardenne (Jean-Paul Bachy), deux régions si frappées par la Première Guerre mondiale.
Le maire de la ville voisine Vienne-le-Château, Bernard Rocha, convoque Jean de La Fontaine pour parler du sort de ces soldats qui ont traversé la Grande Guerre sur ces terres, durant "quatre ans et deux mois", précise-t-il, de septembre 1914 à novembre 1918 : "Ils n'en mouraient pas tous, mais tous étaient atteints."
"L'horreur à son comble"
Puis, seul, Hollande s'avance vers le drapeau français qui flotte au vent glacial, planté au coeur du cimetière. Il reste immobile quelques minutes, planté comme un I au milieu des 35 000 tombes de soldats morts pour la France en 14-18. Demi-tour, dépôt de gerbes devant le monument aux morts, recueillement, discours. En plus du costume, Hollande s'offre une cérémonie présidentielle.
Dans son intervention d'un quart d'heure, le socialiste commence par une leçon d'histoire, rappelle "les combats acharnés", "la violence inouïe", "l'horreur à son comble", "la vie de cauchemar que les soldats ont eue à subir pendant des mois, pour ne pas dire des années", énumérant "la pluie, la boue, les rats."
Grandes célébrations
Le ton est adapté à la circonstance. Le Corrézien fait tant traîner les mots que sa voix en tremble, le vent fait gronder le micro. La gestuelle mitterrandienne, grands mouvements des bras et moulinets des mains, dont il use lors de ses meetings, n'a pas lieu d'être. Hollande est sobre.
Mais il reste toujours politique. En martelant qu'il organisera en 2014 de grandes célébrations pour les 100 ans de la Grande Guerre, il se projette dans l'après-présidentielle. Il pense aussi aux 50 ans de la guerre d'Algérie qu'il veut célébrer en 2012. Et jamais il ne lâche ce qu'il pense être l'aspiration des Français, la jeunesse, affirmant que la vocation des célébrations nationales est "de transmettre un message de confiance et de responsabilités aux générations futures".
Les sondages, "un toboggan du salut" ?
Enfin, tout à sa prise de hauteur, Hollande s'attache aussi à ne "pas polémiquer" avec Nicolas Sarkozy, qui veut proposer une loi pour faire du 11 Novembre un Memorial Day en souvenir de tous les soldats morts pour la France. "Il n'y a pas besoin de légiférer sur ces questions-là, il y a mieux à faire", dit-il simplement, même s'il précise qu'il souhaite que chaque événement à célébrer conserve sa date.
Comment trouver le ton juste face à ce probable futur rival qui remonte dans les sondages en gérant une grave crise européenne ? "Il faut avoir le calme des vieilles troupes", répond Hollande aux journalistes. "Je m'amuse avec les sondages : quand ils sont bons pour moi, on m'en fait grief, quand ils sont bons pour les autres, ils s'y accrochent comme si c'était un toboggan du salut." Lui doit chercher à rester en haut.