Heureux comme un trader dans la crise
Dominique Garraud 24/11/2010
Eric «The King» Cantona s’était déjà taillé un succès médiatique mémorable avec son aphorisme sur «les mouettes qui suivent un chalutier parce qu’elles pensent que des sardines vont être jetées à la mer». Devenu ambassadeur de la fondation Abbé Pierre pour le «mal logement», l’ancienne idole des kops anglais vient de délivrer une recette pour envisager la «révolution» qui fait un tabac sur Internet: «Le système est bâti autour des banques.
Il peut être détruit par les banques. Il y a une chose très simple à faire: tu vas à la banque et tu retires ton argent. Et s’il y a 20 millions de personnes qui le font, le système s’écroule. Pas d’armes, pas de sang, pas compliqué.
Et là on va nous écouter autrement». Farfelue, surréaliste, la recette Canto ? A peu près autant que l’étude très sérieuse publiée hier par le site eFinancialCareers dépeignant des banquiers et des traders en pleine forme dans la perspective des bonus juteux qu’ils vont encore toucher cette année malgré la crise.
Neuf financiers français sur dix s’attendent à toucher un bonus et la moitié d’entre eux le voient en augmentation sensible par rapport à l’année dernière, quand les primes disent-ils étaient anormalement basses. Pour mémoire, il faut rappeler que 7.750 traders français s’étaient alors partagé près de deux milliards d’euros, avec des primes individuelles dans une fourchette de 100.000 à 250.000 euros.
Selon l’étude, le bonheur du trader français s’ébrouant dans la crise financière est partagé par ses homologues allemands, britanniques ou encore des Etats-Unis où comme en Europe le contribuable continue d’être sollicité lourdement pour colmater les brèches d’un système bancaire à l’agonie.
Les crises grecque et irlandaise mettent en lumière un système où tous les acteurs se tiennent par la barbichette: les banques d’abord entre elles, puis avec les Etats, la BCE et le FMI obligés d’intervenir en dernier recours afin d’éviter le collapsus généralisé.
Personne ne trouverait à redire à cette solidarité obligée si l’effort commun s’accompagnait réellement des mesures de réglementation et de moralisation de la finance internationale promise depuis des mois. La santé salariale insolente des banquiers et des traders est d’autant plus choquante qu’elle prospère sur la crise en faisant payer aux Etats leurs propres impérities.
Le très mesuré Jean-Pierre Jouyet, président de l’Autorité des marchés financiers (AMF) s’indignait récemment du fait «qu’un trader gagne deux cents fois plus qu’un ingénieur», voyant dans les «hauts salaires, rien d’autres qu’un symbole de surchauffe des marchés financiers».
Mais où sont donc passés les pompiers du G20 ?