GRENOBLE, SYMPTÔME D'UN ÉCHEC COLLECTIF
Dominique GARRAUD | d.garraud@charentelibre.fr
La sécurité sera un boulet pour Nicolas Sarkozy en 2012. Il en avait fait son sceptre, ce sera son échec». Cette prédiction de Jean-Jacques Urvuoas, le secrétaire national des questions de sécurité au PS se réalisera t-elle ?
Aujourd'hui telle n'est pas en tout cas la question à Grenoble sous le choc après la confirmation de menaces de mort contre les policiers de la brigade anticriminalité (BAC). Car les velléités de vengeance des «caïds» des cités de la Villeneuve, après la mort l'un des leurs lors du braquage d'un casino, le 16 juillet, sont prises très au sérieux. La mort du braqueur avait été suivie de trois nuits de fortes tensions au cours desquelles les policiers avaient été la cible de tirs à balles réelles. La décision de protection et de mise au vert des policiers grenoblois de la BAC et de leurs familles n'est pas la «capitulation» dénoncée derechef par Jean-Marie Le Pen.
C'est une mesure de bon sens visant à répondre à la réalité du risque immanent. Mais au-delà, il faut bien sûr se poser la question de savoir pourquoi en est-on arrivé à cette situation de guerre ouverte et comment y remédier. Après les événements de Grenoble et la mise à sac de Saint-Aignan (Loir-et-Cher) par des «gens du voyage, Nicolas Sarkozy avait feint de découvrir un phénomène nouveau qui devait l'amener à déclarer la «guerre à la criminalité». Mais depuis 2007 et les émeutes de Villiers-le-Bel, déjà marquées par l'usage d'armes à feu contre les forces de l'ordre, Grenoble est loin d'être un cas isolé. Policiers et experts de tous bords s'accordent sur ce fait : dans nombre de cités de «non droit» la grande criminalité a succédé à la violence urbaine.
Ce changement d'échelle est certes d'abord l'échec du combat emblématique de Nicolas Sarkozy contre l'insécurité, entamé depuis son premier passage au ministère de l'Intérieur. C'est aussi un échec collectif. Car face à un tel déchaînement de violences, il est à craindre que la police de proximité toujours chère aux socialistes ne produise pas plus de résultats que le «kärcher» de Sarkozy.
Il faut peut-être suivre la suggestion personnelle d'un autre socialiste, le député de l'Isère André Vallini qui recommande à la gauche et à la droite de «déposer les armes» pour «faire un pas» l'une vers l'autre dans le domaine de la sécurité. Cette approche non-partisane est la seule à même d'affronter un problème de société majeur qui est certes l'affaire de la police, mais pas uniquement. Mais comme la sécurité a été érigée et souvent instrumentalisée en argument électoral de choc, il est à craindre qu'il faille encore vivre des drames avant que les politiques prennent conscience de l'urgence d'une stratégie commune.