François Hollande en plein réalisme socialiste!

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

 

Après les envolées du Bourget, retour au froid réalisme. Dimanche dernier, François Hollande avait livré à un public impatient une partition de virage à gauche (lire notre article et son discours décrypté). Ce jeudi à la Maison des métallos, dans le XIe arrondissement de Paris, le candidat socialiste a repassé son habit d’héritier naturel de Jacques Delors, au moment de présenter le détail de son programme à la presse.

 «Dimanche dernier, il s’agissait de s’engager sur l’égalité et la République, explique le sénateur François Rebsamen. Aujourd’hui, il fallait montrer qu’on était sérieux et qu’on refusait de céder aux habiletés habituelles». Selon ce proche de Hollande, patron des sénateurs PS, «on ne peut plus comme avant lancer des engagements budgétaires contredits ensuite par les marchés». Devant une bonne part de journalistes économiques, le candidat Hollande a semblé davantage préoccupé par le souci de montrer sa grande compétence sur le sujet, donnant à son exposé des airs de cours magistral de l’Ena, que de «combattre le monde de la finance», comme il l’avait proclamé sous les vivats dimanche dernier.

Le Hollande de la Maison des métallos n’était plus dans le «rêve français» du Bourget, mais dans «la lucidité face à l’ampleur de la crise», l’un des «quatre piliers» de sa réflexion, avec «la volonté pour changer»«la justice» et la «clarté sur les financements, la méthode et le calendrier». Et de marteler son nouveau crédo:«maîtriser la finance». Son directeur de la communication, Manuel Valls, décrypte le pas de deux: «Les Français attendent un chemin fondé sur des valeurs, ce qui a été tracé au Bourget, mais aussi des mesures très précises, répondant à la crise de la parole publique». Et de bien faire le distingo entre «le rêve français, c’est-à-dire l’idée de progrès» et «faire rêver les gens, ce qui n’est pas le propos de François Hollande dans la situation actuelle».

Plus politique, le responsable de l’organisation Stéphane Le Foll, lieutenant fidèle de Hollande depuis quinze ans, résume plus clairement le positionnement stratégique de son champion: «Il y a la gauche et il y a Bayrou: il faut mordre des deux côtés car tout se joue au premier tour, cette fois plus encore qu’aux autres présidentielles. Entre ces deux pôles, François garde sa ligne, avec une vraie constance».

«Pas moins. Pas plus»

Dans son exposé, le candidat socialiste a ainsi résumé d’une phrase l’attitude qu’il entend adopter pour son quinquennat, si jamais il l’emporte en mai prochain: «Je ne promets que ce que je suis capable de tenir. Pas moins. Pas plus.»

Exemple: Hollande a admis jeudi qu’il avait renoncé à demander la création d’un service public de la petite enfance, passant par la création de 500.000 places d’accueil, pourtant prévues dans le projet du PS adopté l’an dernier. «J’y suis favorable. Mais je ne donne pas d’objectif chiffré si je ne suis pas capable de le tenir. Or, dans les conditions d’aujourd’hui, il ne m’est pas possible d’afficher un objectif chiffré», a expliqué le candidat socialiste.

Même chose pour l’abandon de la règle instituée par Nicolas Sarkozy du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux: Hollande veut y mettre un «coup d’arrêt» mais pas la supprimer totalement. Jeudi, il s’est à nouveau engagé à une stabilité des effectifs de la fonction publique d’Etat à la fin du quinquennat -la hausse des postes dans l’Education étant compensée par une baisse des effectifs dans d’autres secteurs (non précisés). 

Mais, plus largement, le candidat socialiste a reconnu que le début de quinquennat serait essentiellement consacré à la maîtrise des comptes publics: en reprenant à son compte l’engagement pris par Nicolas Sarkozy de revenir dans les clous européens d’un déficit public de 3% du PIB dès l’an prochain, Hollande n’a d’ailleurs pas d’autre choix. Du coup, il a défini deux «temps» pour son quinquennat: le premier étant celui des «réformes structurelles», comme la réforme fiscale, l’acte 2 de la décentralisation, le «pacte productif» (lire par ailleurs notre décryptage complet du programme) ou la «maîtrise de la finance». Le retour à 60 ans pour ceux qui auront travaillé 41 ans, le contrat de génération ou le logement seront aussi «lancés immédiatement».

Pour le reste, il faudra attendre la deuxième partie du mandat: celle-ci ne s’ouvrira que lorsque la France «aura retrouvé la croissance». «Nous pourrons alors aller plus loin dans la redistribution», a averti Hollande, évoquant les «rémunérations et les réformes sociales».

S’il a précisé certaines mesures et détaillé certains financements, Hollande a tout de même conservé certains flous habiles dans son discours programmatique. Quand il parle d’inéligibilité pendant dix ans pour «faits de corruption», il se garde bien de détailler ce que l’on peut entendre par de tels faits (favoritisme? abus de biens sociaux? détournement de fond?) Quand il parle d’immigration, il s’en tient à une fameuse «régularisation au cas par cas» sans plus de précisions. Quand il évoque la question des salaires, de l’emploi ou du Smic, il renvoie tout à «une grande conférence salariale»avec les syndicats organisé au début de son mandat, après une élection dont il semble douter de moins en moins. Au micro, Hollande s’est même permis de nommer «le président sortant»(son expression récurrente pour dire Sarkozy) comme son«prédécesseur»«C’est toujours bien de mettre un coup de massue supplémentaire sur un adversaire en difficulté, estime Olivier Faure, proche de François Hollande et Jean-Marc Ayrault. Mais il faut quand même faire attention au réflexe grandissant selon lequel ce serait déjà gagn黫Il faut garder les pieds sur terre», abonde Le Foll.

D’après Manuel Valls, «le programme sera approfondi encore, au gré des déplacements et des meetings». Par exemple la semaine prochaine, Hollande devrait expliquer davantage son projet sur les questions de santé, sur l’éducation (le 9 février), sur l’agriculture (fin février, lors du salon de l’agriculture) ou sur la décentralisation le 3 mars pour les 30 ans des lois de Defferre. Parallèlement, il tiendra plusieurs grands meetings, notamment le 15 à Rouen, le 1er mars à Lyon ou le 20 mars à Rennes. «C’est bien d’avoir bien commencé au Bourget, explique Le Foll. Mais maintenant il faut tenir la distance, et rythmer la campagne.»

Réactions peu enthousiastes hors le PS

Si le discours du Bourget avait surpris et plutôt séduit à gauche, tout en déstabilisant la riposte systématique de l’UMP, l’exercice de la Maison des métallos voit revenir la critique de tous bords autour du candidat Hollande.

A droite, l’UMP entend surtout contester le coût annoncé du programme de Hollande, ainsi que la suppression du dispositif d’heures supplémentaires, jugée comme une «attaque envers les classes moyennes», selon les termes du député Jérôme Chartier, qui annonce au JDD.fr un contre-chiffrage du projet dans les jours à venir. Secrétaire national de l’UMP, et lieutenant de Jean-François Copé, le député Frank Riester s’exclame de son côté: «Dès qu’on le met en face de son inconsistance, le candidat socialiste répond par l’anti-sarkozysme le plus primaire, mais pourtant, il ne revient pas sur les réformes du quinquennat qu’il a critiquées sans ménagement!» Quant au ministre Thierry Mariani, il estime que les propositions annoncées par Hollande «sont autant de mesures qui affecteront les revenus moyens, sous prétexte de taxer les hauts revenus».

Pour François Bayrou aussi, le discours de François Hollande est un horrible tournant gauchiste et irresponsable. «Il n'y a pas dans ce programme une seule mesure d'économie, a-t-il souligné sur Radio ClassiqueCe programme est très éloigné de ce qu'il faudrait pour qu'on ait un retour à l'équilibre crédible». Quant aux écologistes, ils font savoir leur absence de surprise. «C’est le programme d’un socialiste qui n’est pas écologiste», dit Denis Baupin, artisan du projet écolo et l’un des négociateurs de l’accord avec le PS. «Sur le nucléaire ou les transports, il conserve sa position des primaires et n’en change pas», constate-t-il. «Notre divergence d’analyse est confortée, sa croyance sur la croissance reste la même».

Du côté du Front de gauche, on regrette la timidité de François Hollande. Jean-Luc Mélenchon a ainsi regretté dans la matinée la création d’une tranche supplémentaire d’impôt de «seulement 45%»: «C’est bien, on tournerait la page Sarkozy, a-t-il admis.Mais sous Raffarin, elle était de 48 %. Sous Jospin, de 52% et au début du Programme commun de 65%» Co-présidente du Parti de gauche, Martine Billard regrette, elle, que «la nouvelle proposition sur les retraites, revient à entériner le passage aux 41 ans et demi de cotisation, ce qui enterre, sans le dire, le droit à la retraite à 60 ans». Pour le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, le candidat PS «reste prisonnier d'une contradiction: faire à gauche, en prétendant respecter dans le même temps des engagements de réduction des finances publiques pris par la droite à la demande des marchés financiers». Et remarque une «impasse inquiétante sur les salaires: comment peut il penser qu'on pourra attendre 2 ans avant de redistribuer les richesses alors qu'un salarié sur deux gagne moins de 1.500 €?»

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Publié dans HOLLANDE

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