François Fillon aux utilités
Fallait-il s'étonner du silence assourdissant du Premier ministre depuis les révélations sur ses vacances égyptiennes, alors que les révolutions arabes s'enchaînaient et que la diplomatie française s'engluait dans le discrédit provoqué par l'affaire MAM ? La réponse est non, à en croire François Fillon, l'homme qui ne «parle que quand (il) a des choses à dire».
Hier matin, le Premier ministre était sur RTL en charge d'assurer le service après-vente du remaniement ministériel annoncé la veille par Nicolas Sarkozy en personne. Pour prolonger la voix de son maître en multipliant les «nous» complices pour mieux prouver que ses «relations avec Nicolas Sarkozy n'ont jamais été aussi confiantes» en passant, des mots valises qu'il ressort à chaque fois que cette question lui est posée.
Sans tomber dans la franche rigolade qui n'est pas son genre de beauté, François Fillon s'est permis d'ironiser sur ses portraits successifs de «personne» inexistante à «hyper Premier ministre» après s'être «imposé» en novembre dernier pour prolonger son bail à Matignon.
Pas une seconde vexé d'avoir été doublé par Nicolas Sarkozy pour annoncer le remaniement ministériel politiquement le plus important depuis le début du quinquennat, François Fillon trace imperturbable le sillon immuable de l'homme imperméable à tous les orages. Et s'il confesse que «Nicolas Sarkozy» et lui-même auraient «préféré ne pas se séparer de Michèle Alliot-Marie», il ne semble en rien affecté par une montée en puissance d'Alain Juppé réduisant inéluctablement son pouvoir au sein de l'exécutif.
En tandem avec un Président autoritaire et hyperactif, le placide Fillon semble se satisfaire d'être réduit aux utilités. Comme si l'éclat d'un Chef de gouvernement et de la majorité de plein exercice serait plus risqué que profitable. Dans un système sarkozyste converti jusqu'à l'excès à la culture des coups médiatiques et des effets d'annonce, l'effacement de Fillon rime avec humiliation permanente.
En encaissant les coups sans broncher, le Premier ministre est cependant peut-être plus madré qu'il n'y paraît. Faisant entendre sa différence à propos du débat annoncé sur l'islam en France pour lequel il «s'opposera à toute dérive» de nature à «stigmatiser les musulmans», François Fillon reste à distance d'une politique se droitisant fortement à l'approche des échéances électorales. Marginalisé de fait dans la formation de combat mise en place pour 2012 avec Claude Guéant à l'Intérieur et Brice Hortefeux à l'Élysée, il peut trouver avantage à considérer Matignon comme l'endroit où se met cahin-caha en musique la politique dictée par Nicolas Sarkozy. Ni moins, ni plus.