Foot: réactions indignées et défense bancale

Publié le par DA Estérel 83

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Journée mouvementée au sein des instances du foot français dont les principaux responsables ont multiplié les prises de parole ce vendredi pour tenter de démentir l'instauration de quotas raciaux discriminatoires révélée le jeudi 28 avril par Mediapart. «Scandaleux» pour le coordinateur de l'équipe de France, Henri Émile, une «mauvaise information» pour le vice-président de la FFF, Noël Le Graët, du «bla-bla» pour l'entraîneur de l'OM, Didier Deschamps, une«insulte» pour le président du syndicat des clubs professionnels, Jean-Pierre Louvel, un «mensonge» pour le sélectionneur des Bleus, Laurent Blanc... Autant de réactions indignées qui n'ont pas suffi à rééquilibrer une ligne de défense aussi collective que bancale.

 

Interrogée dès le jeudi soir sur la chaîne LCI, la ministre des sports, Chantal Jouanno, a demandé à la Fédération française de football (FFF) de «faire toute la lumière sur les allégations de l'article», jugeant «inimaginable» la mise en place d'une telle politique discriminatoire, «contraire à l'esprit du sport». Des propos répétés le lendemain sur plusieurs antennes (RMC, iTélé, etc.), mais aussi dans une interview accordée au Monde dans laquelle la ministre des sports expliquait avoir demandé à ses services l'ouverture d'une «inspection» : «Je n'ose pas y croire. (...) Pour l'instant, nous sommes dans le doute. Nous ne condamnons pas la Fédération, dans l'attente d'éléments plus précis. Aussi, j'ai demandé une inspection aux services de la jeunesse et des sports afin de faire toute la lumière sur cette affaire. (...) Si les faits étaient avérés, on prendrait des sanctions contre le DTN.»

 

La FFF, par la voix de son président intérimaire, Fernand Duchaussoy, a également indiqué en milieu de journée qu'elle entendait ouvrir une enquête interne, «peut-être avec une direction du ministère de la jeunesse et des sports et peut-être avec une personne incontestable du monde du football».

 

«Je suis sûr que cela démontrera que c'est une affaire qui n'est pas à la hauteur de ce qu'on veut nous faire porter. Si l'on voit qu'il y a des choses à reprocher à ceux qui nous ont accusés, nous prendrons les dispositions nécessaires pour contre-attaquer», a déclaré M. Duchaussoy avant d'ajouter : «On m'a parlé de réunion secrète, je ne peux pas tout savoir. C'est un sujet que j'ai découvert avec beaucoup de surprise jeudi, je suis tombé des nues, j'ai cru que c'était une plaisanterie de mauvais goût. C'est une diatribe terrible qui m'a complètement indigné et meurtri.» S'il ne peut en effet «tout savoir», le président de la FFF ne peut pas non plus nier avoir assisté à la réunion du 8 novembre 2010, évoquée par Mediapart, au cours de laquelle la proportion de «30%» a été avancée. Les photos de cette réunion, publiées sur le site officiel de la Fédération, attestent sa présence, mais aussi celles du directeur technique national, François Blaquart, et du sélectionneur des Bleus, Laurent Blanc.

Directement mis en cause dans l'enquête de Mediapart, ces derniers se sont également exprimés ce vendredi. C'est Laurent Blanc qui a ouvert la marche en improvisant une conférence de presse à l'hôtel Le Régent, à Bordeaux, après s'être dans un premier temps retranché derrière les démentis du chef de presse de l'équipe de France, Philippe Tournon. Le sélectionneur des Bleus a reconnu qu'une réunion avait bien eu lieu le 8 novembre, «la seule réunionque j'ai eue avec la Direction technique nationale (DTN)», a-t-il précisé. Démentant être impliqué dans un quelconque projet de quotas, il a déclaré :«Si des gens, au sein de la Fédération ont préconisé des quotas, il faut les punir !»

 

«Le football français est raciste»

Pour Laurent Blanc, il n'est pas question de «critères ethniques», mais de«critères techniques» : «Quotas, c'est un mot difficile à entendre. Je ne vois pas comment il peut y en avoir. Sans doute qu'un constat a été fait, mais ce n'est qu'un constat. (...) De la discrimination, il y en a eu. Mais elle ne concernait pas la couleur de peau, elle concernait la taille. Vous savez, un petit, il peut être noir ou arabe !» Le sélectionneur de l'équipe de France de football est également revenu sur la question de la double nationalité : «Le seul problème, c'est celui de la binationalité. Quand un joueur a porté les couleurs de l'équipe de France en jeunes, ça me dérange quand ils partent jouer pour une autre sélection une fois adultes. On a le droit d'en parler de ça, non ? Ce n'est pas parce qu'on est à un an de la présidentielle qu'on ne doit plus parler pendant un an.» Au bout d'une demi-heure, il a finalement conclu la conférence de presse en disant de son ami Lilian Thuram qu'il était «très libéral».

Les révélations de Mediapart ont été ajoutées à l'ordre du jour du conseil fédéral de la FFF, déjà programmé ce vendredi matin, «signe que l'on y a bien compris que l'on ne peut pas laisser traîner cela», selon Chantal Jouanno.

 

Assis aux côtés de Fernand Duchaussoy, François Blaquart participait à la conférence de presse organisée à l'issue du conseil fédéral. Comme Laurent Blanc, le directeur technique national a démenti la mise en place de quotas, s'appuyant à son tour sur l'argument de la binationalité pour justifier la mise en place d'une «large réflexion» «45% de nos jeunes qui sont en sélection ont une double nationalité et la question que l'on s'est posée est : est-ce que le rôle de la Fédération est de former les joueurs des autres pays ? Une large réflexion s'est engagée sur la sélection et la formation, mais je démens les accusations de Mediapart. Aucune consigne n'a été donné aux centres de formations ni aux pôles espoirs.»

Au cours de la journée, les réactions embarrassées se sont enchaînées. Francis Smerecki, entraîneur des Bleus de moins de 20 ans, qui avait pourtant dénoncé des dérapages «discriminatoires» chez les dirigeants du foot français à l'occasion d'une autre réunion au siège de la DTN, a nié en bloc les révélations de Mediapart : «J'apprends la nouvelle. On a eu des discussions mais elles portaient seulement sur la binationalité de certains joueurs. Après, je ne savais pas qu'il y avait une directive qui existait.»

Les centres de formation des clubs professionnels de Lyon et Marseille, qui auraient déjà commencé à appliquer officieusement la politique de discrimination, ont vivement réagi dans les colonnes de L'Équipe : «C'est honteux de porter de telles accusations contre notre club», a déclaré José Anigo, le directeur sportif de l'OM. «En ce qui me concerne, si un jour un dirigeant, quel qu'il soit, nous demandait de mettre en place une politique de quotas, je cesserais mon travail sur-le-champ.» Même discours du côté de Lyon où le directeur du centre de formation, Rémi Garde, a démenti avoir reçu des recommandations, précisant cependant que «la DTN prône désormais de ne plus faire des critères athlétiques le fondement du recrutement des centres de formation».

Interrogé par RMC, l'ancien directeur de l'Institut national de formation (INF) de Clairefontaine, André Merelle, a pour sa part confirmé que la direction technique nationale (DTN) de la FFF avait employé des méthodes suspectes pour diminuer le nombre de joueurs d'origine nord-africaine et subsaharienne dans les centres formation : «Oui, c'était sous la direction de Gérard Houllier. Il n'y avait pas de quotas à proprement parler, mais des réflexions sur le nombre de blacks et de beurs. Selon eux, dont François Blaquart, il y en avait un trop grand nombre. Moi je ne comprenais pas pourquoi il y en avait trop par rapport à nos pauvres petits blancs. Mais il faut se rendre à l'évidence, les meilleurs étaient ceux qui étaient en banlieue.» L'ancien directeur de l'OM, Pape Diouf, s'est également exprimé sur RMC: «La vérité est la suivante. Le football français est raciste, il exclut.» Et il a affirmé ne pas être «étonné» par les révélations de 

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Publié dans Société

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