Fonctionnaires : les enfants de Saturne

Publié le par DA Estérel 83

BilletsPar anne gervais (Médiapart)

 

 

 

Trop nombreux, grassement payés à ne rien faire, les fonctionnaires ont toutes les tares avec celle, en premier lieu, de la sécurité de l'emploi.«Il ne faut pas s'interdire de réfléchir à la pertinence de l'embauche à vie des fonctionnaires», a déclaré Christian Jacob, ancien ministre de la fonction publique et actuel président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale le7 janvier 2011,«Ne pourrait-on pas envisager, à l'avenir, des contrats d'objectifs sur cinq ou dix ans...»

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Quelquesfaits pour comprendre : depuis le 13ème siècle les Rois de France avaient une administration pour exécuter leur diplomatie, récolter les impots, administrer les finances, rendre justice ou expédier les affaires politiques.

A l'époque, la vénalité des charges, avait contribué à transformer les officiers royaux en tyrans locaux, voire en voleurs patentés. Mais, nommés par le Roi, ils étaient inattaquables (cf Charles-Victor Langlois Saint Louis, Philippe Le Bel, éd Taillandier 1978).

Après 1789, l'égalité d'accès des citoyens à la fonction publique a été assurée « Tous les citoyens étant égaux sont également admissibles à toutes dignités,  places et emploispublics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. » (article 6 de la déclaration des droits del'homme et du citoyen 1789).

Les charges ne sont alors plus achetées, mais on y parviendra par concours. Et «la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration.» (article 15) Le fonctionnaire, fut donc soumis à une obligation de service du bien commun, et ne fut plus un agent du pouvoir politique. Il devint d'ailleurs indépendant, afin de le protéger del'arbitraire administratif et des pressions politiques partisanes.

 

La remise en cause du statut indépendant et pérenne par une partie des dirigeantspolitiques heurte profondément la conception du service public français.

 

Quels objectifs poursuivent donc les détracteurs obstinés du service public ?

« Revenir à un chiffre raisonnable » de fonctionnaires ?  Plus de 5 millions de français sont employés par une des fonctions publiques soit 22% de la population active.

Un récent rapport du centre d'analyse stratégique, service du premier ministre, (AmélieBarbier-Gauchard, Annick Guilloux et Marie-Françoise Le Guilly, Tableau de bord de l'emploi public. Situation de la France et comparaisons internationales,décembre 2010) signale qu'avec près de 90 emplois publics pour 1 000 habitants, la France se place dans une position intermédiaire parmi les pays de l'OCDE : le Danemark et la Norvège présentent un taux d'administration proche de 160 emplois publics pour 1 000 habitants et ce taux se situe à un peu plus de 40 pour 1 000 pour le Japon, 50 pour 1 000 pour la Grèce ou encore l'Allemagne.

L'emploi dans les administrations publiques (APU) rapporté à la population en âge de travailler situe la France à la 6èmeplace des pays de l'OCDE.

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« Cela coûte trop cher » ?  Le rapport signale qu'en France les dépenses de rémunération du personnel représentent entre 10 % et 12 % du PIB, comme dans la plupart des pays de l'OCDE.

D'ailleurs la part des rémunérations publiques dansle PIB est en sensible diminution en France depuis 15 ans comme dans la plupart des pays européens et de l'OCDE.

De même la France présente un profil identique à la plupart des pays de l'OCDE avec 31 % des rémunérations publiques versées dans l'éducation ; 18 % dans la santé ; 10 % à la protection sociale ;8 % dans la défense et 5 % dans l'ordre et la sécurité.

«Les fonctionnaires sont des feignants », si tel était le cas le pays serait sous administré...ce qui n'est pas établi par les rapports internationaux sur notre pays. La France sous-traite peu (à ce jour) ses services publiques, même si dans l'éducation et la santé,des entités privées effectuent des prestations remboursées par la dépense publiques.

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Au final l'évolution des dépenses publiques sur dix ans est modérée. La France n'est qu'en 14èmeposition au sein des pays de l'OCDE pourl'évolution de sa dépense publique de santé par exemple (cf tableau)...alors mêmeque c'est cette évolution de la charge de la dépense publique qui justifierait les coupes sombres dans les hôpitaux publics d'après nos gouvernants.

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Quels sont les vrais motifs des détracteurs du service public?

Pour les établissements sanitaires, les bénéfices,réalisés par des firmes privées (Korian : chiffre d'affaire 2010 : 922millions d'euros, Générale de Santé : 1 milliard), sont inversemment proportionnels à la bonne santé deshôpitaux publics. En revanche pour l'usager, les restes à charge après unehospitalisation dans le secteur privé est trois fois supérieur à celui d'unehospitalisation dans le secteur public. Alors on peut comprendreles campagnes publicitaires contre le service public de santé menées par lafédération de l'hospitalisation privée, mais on a plus de mal à expliquer les décisions prisespar les dirigeants actuels.

Au xiiies.,  on disait : « Qui bon chien veut tuer la raige li met seure ».  Finalement nos dirigeants actuels seraient ils indisposés par l'indépendance des fonctionnaires ou l'impossibilité de réaliser du profit dans les secteurs dont ces derniers ont la charge ?

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Publié dans Société

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