Florange : Sarkozy s’énerve … encore
Il y a quelque chose de pathétique à observer la campagne de Nicolas Sarkozy. Fautes sur fautes.
Pour preuve ce matin, le candidat du peuple fait refouler par les CRS les ouvriers d’Arcelor Mittal venus de Florange pour le rencontrer à son QG rue de la convention à Paris. Certes, le rendez -ous n’était pas fixé et les ouvriers, emmenés par le syndicaliste charismatique Édouard Martin, veulent frapper les esprits sur leur situation quasiment désespérée dans une région abandonnée de tous, la vallée de la Fensh. Mais tout de même !
Bonjour le comité d’accueil : 200 CRS, des gaz lacrymo et une fin de non recevoir.
” Revenez lundi à l’Elysée ” leur a fait savoir le candidat Sarkozy qui préfère que le Président Sarkozy reçoive les ouvriers.
Quelle image ! Et quel message envoyé à l’électorat populaire et la France silencieuse dont il se repaît à chaque phrase.
Deux questions s’imposent à nous :
1) Qui sont les crétins de l’équipe de campagne qui lui ont suggère de ne surtout pas recevoir ces ouvriers en colère, une colère légitime pour parler avec lui des patrons voyous, en l’occurrence l’inénarrable Mr Mittal, ces mêmes patrons voyous qu’il dénonçait encore lundi soir sur le plateau de TF1. Où est la cohérence entre les gestes et les paroles ? Il n’y en a aucune.
2) Qui va-t-il pouvoir accuser cette fois ? Les séparatistes du 15ème arrondissement, dangereux terroristes lanceurs de pains au chocolat ? Les militants socialistes ? Criera-t-il à la manipulation de syndicalistes ? Au piège tendu ? C’est possible car il ose à peu près tout.
Pour le moment, la charge du candidat UMP vise un syndicat la CGT que Nicolas Sarkozy accuse de politiser le conflit. Las, c’est la CFDT qui par la voix d’Edouard Martin accuse le candidat:
“On n’a jamais dérapé, on est reçu avec des gaz lacrymogènes. On n’ira pas à l’Elysée lundi” a-t-il expliqué.
En tout cas, Sarkozy est à nouveau bon pour des images désastreuses ce soir dans les 20h. Comme à Bayonne où il était sorti d’un café refuge, cerné par les CRS, ce soir la France silencieuse verra, en dégustant sa soupe, des CRS tirer des lacrymo sur des ouvriers qui sont en passe de tout perdre, dans un bassin d’emploi dans lequel Nicolas Sarkozy n’a toujours pas honoré sa promesse (Gandrange).
Belle opération politique à dire vrai.
“On tombe toujours du côté où l’on penche“, comme le disait François Mitterrand . Et Nicolas Sarkozy est une nouvelle fois tombe de son plus mauvais côté.
Alors qu’un journaliste lui pose la question sur les Florange, qui ont été accueillis à coup de lacrymo devant son QG parisien, Nicolas Sarkozy répond “qu’est ce que vous voulez que j’ai à foutre de ce que vous me dites“.
Ça ne vous rappelle rien ? Ça fleure bon le ” casse toi pov’ con “, qui, en soi, n’a rien de condamnable. Qu’il nous jette la première pierre, celui qui n’a jamais insulté son voisin au feu rouge ou sa voisine dans la queue de l’hypermarché. Le problème, c’est qu’il s’agit du chef de l’Etat, un monsieur chargé de gouverner la 5ème Nation du monde . Et un chef d’Etat ça se maîtrise, surtout quand il a déjà été pris la main dans le sac au salon de l’agriculture et que ce casse toi pov’ con lui a coûté plus cher que n’importe quelle déclaration sur la halal ou les charges sociales.
Revoilà le soleil noir personnel de Nicolas Sarkozy, l’homme brutal qui ne peut pas se contenir, ne peut pas supporter la moindre contradiction, la moindre vexation, la moindre remise en cause de son autorité, ou ce qu’il croit être une remise en cause de son autorité.
En quelques secondes, Sarkozy est passé de l’autre côté du cheval. Lui qui veut protéger les ouvriers contre les patrons voyous n’a pas eu l’intelligence tactique de recevoir une délégation de syndicaliste, campé qu’il était sur ses principes. Et il enfonce le clou, comme à son habitude, accuse les syndicats de faire de la politique. En rajoute là où il devrait se faire apaisant. Fait le fier à bras là où il devrait se faire humble.
Résultats : des images désastreuses pour lui dans les 20h et une petite phrase assénée à un journaliste qui remet en musique le pire de son personnage : irrespectueux et pour tout dire un poil vulgaire. Tout ce qu’il n’arrive pas à changer, et tout ce qu’il s’acharne à gommer depuis son entrée en campagne.
Mais chassez le naturel…