Fin de non-recevoir aux manifestants: Fillon droit dans ses bottes: la réforme se fera !
PAR MARINE TURCHI
-
«Je ne laisserai pas bloquer notre pays», a martelé François Fillon au 20 heures de TF1, dimanche. Lorsqu'on «sait qu'on fait son devoir, on est calme et serein», a expliqué Eric Woerth le même jour, «cette réforme doit se faire et elle va se faire, je vous le dis, elle va se faire». Ce week-end, après la cinquième journée de mobilisation sociale depuis la rentrée, l'UMP s'est efforcée d'afficher une détermination à toute épreuve. Même si la journée de samedi a été un nouveau succès. Même si une nouvelle journée d'action est annoncée mardi. Et même si les syndicats entendent durcir le mouvement cette semaine dans plusieurs secteurs (SNCF, transports routiers, raffineries, lycées, éducation nationale).
François Fillon, dimanche soir sur TF1.Dès lundi matin, les routiers ont organisé plusieurs opérations-escargot sur l'A6 et l'A1, au Mans et à Avignon. Des dépôts pétroliers étaient bloqués à Caen, Ouistreham, Port-la-Nouvelle. A Toulouse, les dépôts d'autobus étaient également bloqués par plusieurs centaines de manifestants. Plus d'un millier de stations-service étaient en rupture de stock de carburant, indiquait pour sa part l'Union des importateurs indépendants pétroliers (UIP).
Donc, François Fillon l'a répété: plus de marges de négociation; le gouvernement conduira la réforme des retraites jusqu'au bout. La suspension du débat au Sénat sur le projet de réforme, demandée par Martine Aubry comme par la CGT et la CFDT? La réforme «ira à son terme au Sénat» et sera«votée» à l'issue de son parcours parlementaire. La crainte d'une rupture dans les approvisionnements de carburants? «Il n'y aura pas de pénurie parce que nous allons prendre les décisions nécessaires (...) pour faire en sorte que le pays ne soit pas bloqué.»
Les blocages sectoriels? «Le droit de grève, ce n'est pas le droit d'empêcher l'accès à un dépôt de carburant, ça c'est une action illégale. Je le dis, je ne laisserai pas bloquer notre pays, je ne laisserai pas l'économie française étouffée par un blocage de l'approvisionnement en carburant.» La mise à contribution des revenus de la finance, une des solutions avancées par les opposants au projet? «Une escroquerie», selon le premier ministre. «La taxation du capital n'a jamais permis de trouver des financements suffisants pour les masses qui sont en cause en matière de retraites.»
«Le blocage est lié au fait que les partenaires sociaux, depuis le mois d'avril, refusent de discuter d'un report de l'âge légal de 60 à 62 ans. C'est la clé du financement», a-t-il assené. Tout en visant la méthode des syndicats:«Au moment même où la reprise économique se manifeste, ceux qui prennent ce genre de décisions devraient y réfléchir à deux fois car ce sont des emplois qui vont disparaître.»
Plus tôt dans la journée, ministres et ténors de la majorité se sont succédé dans les médias pour distiller les mêmes arguments: Eric Woerth (LCI, i-Télé, BFM et invité à Dimanche soir politique sur France Inter), Xavier Bertrand (i-Télé, Radio J), Brice Hortefeux (invité du Grand Jury RTL), Bruno Le Maire (lors du Grand Rendez-vous-Europe 1), ou encore Éric Besson.
«Les Français ne sont pas contre la réforme car ils sentent bien qu'elle est indispensable», a assuré le secrétaire général de l'UMP, tandis qu'Eric Woerth a réaffirmé que le gouvernement avait «beaucoup tenu compte de ce qui se disait» sur cette réforme, notamment concernant la pénibilité. «Il y a des règles intangibles et des bornes que nous ne franchirons pas, a expliqué Bruno Le Maire. Les deux bornes, ce sont les mesures d'âge, si nous ne faisons pas ces mesures d'âge, la réforme n'est plus crédible.» «Le PS est en train d'inventer le droit à la petite retraite ou le droit à la petite pension, a jugé Éric Besson. Nous, nous voulons de vraies retraites, des retraites à taux plein.»
-
L'opération communication s'est poursuivie au siège de l'UMP. Dimanche, pas moins de cinq ministres (dont Eric Woerth et Christine Lagarde), deux porte-parole et le secrétaire général du mouvement étaient présents rue de La Boétie pour une journée portes ouvertes destinée à défendre le projet du gouvernement (voir les images ici). Officiellement, il s'agit d'«expliquer» une réforme mal comprise par l'opinion, assurent-ils. Dans les faits, l'idée est de faire entendre «la voix de ceux qui ne manifestent pas» et de «remettre les pendules à l'heure» (dixit Xavier Bertrand).
Le mouvement a aussi sorti l'artillerie lourde sur son site Internet. Pédagogie sur la réforme (une vidéo «20 minutes pour comprendre», «le cœur de la réforme adopté par le Sénat»), slogans («indispensable et juste», «62 ans d'ici 2018» ou «Poursuivre avec détermination et courage»), document dénonçant «les mensonges du PS» sur la réforme.
Fermeté et pédagogie, donc. A l'Elysée, samedi soir, on faisait mine de se réjouir de ce qui était jugé comme une faible mobilisation, samedi: «C’est le chiffre le plus bas depuis début septembre», voulait relever Raymond Soubie, conseiller social du président.
Sur Europe 1, Bruno Le Maire a carrément annoncé, dimanche, «un tournant dans la réforme des retraites». «La démocratie parlementaire doit maintenant s'exprimer et décider», a-t-il dit. Brice Hortefeux et Eric Woerth, eux, se sont efforcés de sourire à l'évocation d'une pénurie de carburants. «Pas de panique, ça ne sert à rien», a dit le ministre du travail, il n'y a pas de«risque (...) de rupture d'approvisionnement»:
Après avoir fait un geste en direction de son électorat en décorant les mères méritantes de la médaille de la famille, à l'Elysée, le 15 octobre, Nicolas Sarkozy devrait lui prendre le large avec une semaine axée sur la politique étrangère. Lundi et mardi, il sera à Deauville pour la rencontre tripartiteFrance-Russie-Allemagne. Mercredi, il rencontrera le président chilien. Samedi, il s'envolera pour la Suisse à l'occasion du XIIIe sommet de la Francophonie, à Montreux. Une manière de laisser son premier ministre les mains dans le cambouis en pleine tempête sociale.
Mardi et mercredi, les ténors de la droite ont en tout cas déjà prévu une tournée matinale des médias, à en juger l'agenda (bien rempli) de l'UMP.