Fillon, rassembleur de circonstance

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010 Dominique Garraud 25/11/2010

 

 

L'orateur socialiste François Brottes a à peine forcé le trait lorsqu'il a lancé hier depuis la tribune de l'Assemblée nationale: «les Français n'attendaient rien de ce remaniement, ils n'ont pas été déçus». Car, après un changement de gouvernement ramené à un simple ajustement marqué l'irruption d'une garde rapprochée chiraquienne, le discours de politique générale de François Fillon a été avare en surprises et en annonces déjà déflorées lors de l'interview télévisée de Nicolas Sarkozy.

Fidèle à son image de sérieux, de calme et de détermination qui lui confère une cote de popularité plus flatteuse que celle, catastrophique, du chef de l'État, le Premier ministre a joué sa partition avec l'assurance du vainqueur d'une guéguerre au sommet très éloignée des préoccupations quotidiennes des Français. Les observateurs attentifs de la vie politique noteront tous que ce «Fillon 2» occupe Matignon beaucoup plus confortablement qu'à ses débuts quand son premier discours de politique générale avait pratiquement été volé par Claude Guéant et que Nicolas Sarkozy le rabaissait au rang de simple «collaborateur».

Cette incarnation de «la France provinciale de droite respectable» (dixit un autre conseiller de l'Élysée, Alain Minc) savoure sa revanche. Jusqu'à tacler le chef de l'État en refusant «toute pause, la marque des indécis» alors qu'en mars dernier Nicolas Sarkozy annonçait «une pause dans les réformes au second semestre 2011». À ce niveau de contradiction programmatique, le slogan de campagne de Nicolas Sarkozy - «Ensemble, tout est possible»- retrouve toute son actualité. Car dans l'année et demie qui nous sépare de la présidentielle, tout est possible dans la famille majoritaire, y compris le pire.

Les derniers sondages montrent un Sarkozy battu à plates coutures par DSK et d'autres prétendants socialistes à cause de la perte de reports des voix de l'électorat centriste. Cette perte du centre accentuée par la prise de distance de Borloo et quelques autres «barons» est la conséquence politique la plus concrète du dernier remaniement. En ce sens la confiance accordée massivement par l'UMP et ses alliés du centre à François Fillon relève d'un exorcisme de circonstance contre une défiance qui fait son chemin et des dégâts.

Enfin dans le costume d'un Premier ministre «chef de la majorité» en phase avec les canons de la Ve République, François Fillon est prêt à gérer l'intendance domestique laissant le chef de l'État surfer sur l'international pour initier une campagne de reconquête. François Fillon veut mener à bien l'ultime «combat» décrété par Nicolas Sarkozy. Un combat qu'il ne veut pas croire d'arrière-garde.

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Publié dans Politique

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