Fadaises et hystéries boursières

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Il était une fois une série d'été publiée en juillet par le quotidien Le Monde. S'étalant sur douze épisodes, «Terminus pour l'Euro» se déroule en 2012 après la «réélection» de Nicolas Sarkozy opposé au second tour de la présidentielle à Marine Le Pen. Un feuilleton catastrophe qui prédit, entre autres, une série de crises des banques françaises et s'achève sur la sortie de l'Allemagne de la zone euro.

Le réalisme du scénario a troublé les milieux financiers. Mais pas le moins du monde le tabloïd anglais Daily Mail qui, dans sa dernière édition dominicale annonçait, sans aucune source sérieuse, la prochaine «faillite» inéluctable de la Société Générale, sauf intervention urgente du gouvernement français. Le «scoop» a d'autant été pris au sérieux que la SocGen avait annoncé début août une révision à la baisse de ses objectifs de 2012, et que, comme d'autres banques françaises, elle peut être exposée à la dette grecque.

Dès lundi, la rumeur fait le tour de la planète finance à la vitesse grand V sur les blogs spécialisés et via les réseaux sociaux. Elle s'amplifie, s'enrichit d'autres signes annoncés alarmistes. Comme mardi les bourses semblent se stabiliser pour éviter le krach, Nicolas Sarkozy décide de convoquer pour le lendemain une réunion très politique officiellement consacrée à la réduction des déficits publics... en dehors de toute pression des marchés.

Sauf que l'annonce de cette réunion de « crise » a été perçue par les boursicoteurs comme la confirmation formelle de l'état désastreux de la SocGen dont le cours entame alors un plongeon vertigineux. Et quand l'on ajoute à cela la rumeur, également infondée, de la prochaine dégradation du triple A français par l'agence de notation Fitch, les titres des autres banques françaises se mettent aussi à dévisser.

À aucun moment, la Société Générale n'a été évoquée au cours de la réunion autour de Nicolas Sarkozy, affirmait hier l'Élysée. Peut-être. Mais si c'est exact, cela signifie aussi qu'aucun des participants à cette réunion, dont le directeur du Trésor, n'était informé de la rumeur circulant depuis lundi. Et qu'involontairement, Nicolas Sarkozy a craqué l'allumette qui a remis le feu aux bourses. Exactement ce qu'il voulait éviter.

Le Daily Mail s'est platement excusé et les spécialistes ont vu dans ce conte boursier surréaliste une des manifestations du cycle infernal des prophéties autoréalisatrices qui mène aux catastrophes. On laissera la morale très pessimiste de cette histoire à l'économiste Henri Sterdyniak : «On est entrés dans un cercle vicieux, une dynamique perverse entre États et marchés qu'il faut absolument briser.»

Publicité

Publié dans Economie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
V
<br /> qui va-t-on briser, les marchés ou les états ?<br /> <br /> <br />
Répondre