Exclusif: dix propositions du PS pour la sécurité
Frédéric Ploquin 13/11/2010
Marianne2 publie en exclusivité les dix propositions soumises ce week-end à Martine Aubry en praparation de la journée sécurité organisée par le PS la semaine prochaine.
Le Parti socialiste est de retour sur le champ longtemps délaissé de la sécurité. Policiers, magistrats, syndicalistes, députés, élus locaux ont été mis à contribution pour faire émerger des propositions concrètes en marge des grands principes. Une première depuis la gifle reçue en 2002 par le candidat Lionel Jospin, écarté du deuxième tour de la présidentielle sur fond de crispation sécuritaire largement inspirée par ses adversaires.
Cinquante propositions doivent ainsi été soumises ce week-end à l’approbation de la première secrétaire, Martine Aubry. Son arbitrage rendu se dessinera clairement le visage que le PS entend donner à sa politique dans un domaine où il est très nettement attendu au tournant, en particulier par Nicolas Sarkozy, Claude Guéant et tous les grands (et moins grands) flics qui les entourent.
Une étape décisive à quelques jours d’une journée spéciale « sécurité, autorité, citoyenneté » organisée à Créteil le 17 novembre, sous la houlette de François Rebsamen, député maire de Dijon. Journée à laquelle ont été notamment conviés le maire de Cergy, Dominique Lefebvre, Jean-Pierre Havrin, adjoint au maire de Toulouse, Samia Ghali, maire d’arrondissement à Marseille, Bruno le Roux, député de Saint Denis et François Garay, maire des Mureaux. Une façon d’ancrer la discussion sur le terrain, loin des postures dans lesquelles une partie de la gauche s’est longtemps enfermée.
En exclusivité, voici donc dix des propositions contenues dans ce « pacte de protection et de sécurité publique » formalisé par le député PS du Finistère Jean-Jacques Urvoas, charge du dossier sécurité rue de Solferino. Un « pacte » qui proclame, en préambule, de « passer de la sécurité de l’Etat au service public ». Autrement de réinventer la police après dix années de sarkozysme (2002-2012).
1. Donner la priorité à la sécurité publique et accroître la présence des gendarmes et des policiers dans la rue. L’investissement devra d’abord porter là où l’Etat est défaillant. Les efforts viseront évidemment à restaurer la capacité d’action de la police nationale, mais aussi celle de la gendarmerie, tant les deux forces sont souvent aujourd’hui pareillement confrontées à un processus de quasi-clochardisation de leurs services.
2. Sanctuariser le budget « sécurité intérieure » du ministère de l’Intérieur. L’objectif est de revenir sur les milliers de suppressions d’emplois programmées tout en poursuivant la nécessaire démarche visant à concentrer gendarmes et policiers sur leur cœur de métier. L’effectif total des gendarmes sera porté à 100 000 et celui du corps d’encadrement et d’application à 105 000.
3. Faire de la protection des plus vulnérables notre première ambition. C’est donc d’abord la baisse du nombre de victimes qui sera recherchée en mettant l’accent sur la lutte contre les violences faites aux personnes.
4. Permettre à chaque territoire, par une concertation étroite entre les responsables des forces de sécurité, le parquet et les élus locaux, de définir son schéma de sécurité publique, qui définisse des priorités et fixe des objectifs (...) Les moyens mis en œuvre pour garantir la tranquillité publique doivent donc s’adapter aux spécificités des situations locales et donner naissance à de véritables « stratégies locales de sécurité ».
5. Redonner toute sa place à l’esprit de responsabilité et d’ »initiative chez l’ensemble des fonctionnaires, en restaurant leur capacité d’engagement pour la résolution des conflits et l’aplanissement des difficultés entre citoyens.
6. Abandonner la « politique du chiffre » au profit d’une évaluation fondée sur la qualité du service public. L’efficacité des forces de sécurité sera mesurée qualitativement à partir du service rendu à la population (efficacité, rapidité, dialogue) et non basée sur une culture du rendement.
7. Voter une loi de programmation et de coordination sur la sécurité et la justice pénale. Elle marquera la cohérence de la nouvelle politique de sécurité et permettra de relancer l’indispensable et urgent effort d’équipement aujourd’hui sacrifié par les choix de la droite.
8. Définir les « zones de sécurité prioritaires » dans lesquelles un traitement curatif préalable sera engagé et qui mobilisera, durant le temps nécessaire, les services de répression et de renseignement concernés par la lutte contre l’économie souterraine et les violences urbaines.
9. Déployer, dans ces zones, une « police des quartiers » placée sous la responsabilité opérationnelle des commissaires de police ayant pleine autorité pour coordonner l’ensemble des effectifs de toutes origines employés dans leur ressort territorial. Elle aura pour mission de témoigner de l’engagement durable de l’Etat, de restaurer un climat de confiance avec la population et d’appuyer l’action quotidienne des différents services publics en reprenant la philosophie de la doctrine de la « police de proximité ».
10. Doter l’exécutif local d’un droit d’évocation par le biais de l’ouverture des conseils municipaux ou intercommunaux aux questions de sécurité. Chaque semestre le responsable territorial des forces de sécurité rapportera, aux côtés du maire ou du président de la communauté de communes, devant le conseil municipal ou communautaire sur l’état de la situation sécuritaire du territoire ainsi que les résultats obtenus par les services de police et de gendarmerie.
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