Eva Joly : on ne lui demande pas de mettre Sarko en examen
19/08/2010
La probable candidate d'Europe Ecologie entame sa pré-campagne par une drôle de saillie sur Dominique Strauss-Kahn. Qui montre en quoi elle est restée juge jusqu'au bout des ongles.
Pour devenir une candidate efficace de l'écologie, Eva Joly aurait mis de l'eau dans son vin de magistrate. Telle est le message que tentent de faire passer dans les médias tous les apparatchiks de la vertitude depuis quelques semaines. « Elle a repris les propositions des Verts et d'Attac sur la retraite à 60 ans. Et abandonné la tentation centriste », dit d'elle Jean-Vincent Placé, contraint à un virage estival à 180°, lui qui n'a pas oublié qu'avant de devenir l'alliée de Daniel Cohn-Bendit, la juge avait - vainement - tenté de rejoindre la boutique de François Bayrou.
Chassez le naturel, il revient parfois au galop. Au journaliste deLibération Mathieu Escoffier (envoyé spécial à l'île de Groix, la résidence de vacance de l'impétrante...) qui l'interpelle sur son côté novice en politique, elle rétorque que, si elle n'a pas encore rencontré Martine Aubry, elle connait bien Strauss-Kahn... pour l'avoir mis en examen. Bref, avec Eva Joly, doivent soupirer quelques Verts, la gauche plurielle n'est pas prête à renaître de ses cendres. Mais il y a plus ennuyeux, si l’on y réfléchit bien. On eut aimé, d'abord, que, tant qu'à évoquer son passé de magistrate, la candidate cite un dossier exemplaire. Or, l'affaire à laquelle fait référence Eva Joly concerne le soupçon de «complicité et recel d'abus de biens sociaux» dans l'affaire des rémunérations de la secrétaire particulière de DSK, Evelyne Duval, par Elf. Elle s'était conclue par un non-lieu, ce qui montre que, cette fois-ci encore, la magistrate avait été trompée par ses intuitions. Quant à DSK, cet épisode, qui coïncidait avec sa mise en examen pour son action concernant la MNEF, doit lui avoir laissé un souvenir plutôt amer.
On aurait aussi souhaité qu'Eva Joly traite DSK comme un adversaire politique, qu'elle critique par exemple, la politique du FMI qu'il dirige, plutôt que de manifester sa nostalgie du moment où, du bureau du Tribunal où elle exerçait, elle pouvait juger les politiques. La carrière d’un Jean-Pierre montre que l’on ne passe pas si facilement de l’autre côté du bureau.
L'affaire Woerth a certes démontré que le pays recherche sans doute plus de morale dans la gestion des affaires publiques. Mais on ne demande pas à Eva Joly de mettre Nicolas Sarkozy en examen. La morale n'est pas la vertu. Et l'on sait bien, depuis Pascal, que la position de l'ange ne convient guère à l'humanité. Surtout politique.