Europe à géométrie très variable
Le Pape, combien de divisions ? On se souvient de la fameuse interrogation de Staline cherchant à évaluer les rapports de force lors de la seconde guerre mondiale. Après le sommet de Bruxelles, les agences de notation et autres fonds de pension pourraient paraphraser la formule en se demandant: «l'Union européenne, combien de nations ?». En effet après l'accord conclu dans la nuit de jeudi à vendredi à Bruxelles, on ne sait plus vraiment qui s'engage à adopter la fameuse «union de la stabilité budgétaire» censée sauver l'euro et du même coup, selon la formule sarkozienne, «sauver l'Europe».
Hier, au petit matin, sur un total de 27 pays formant l'Union européenne, on nous annonçait que 23 pays - les 17 de la zone euro plus six hors zone - acceptaient ce nouveau serrage de ceinture programmé. Un nouvel engagement qui venait d'être inscrit dans le code de bonne gouvernance financière adopté au coeur de la nuit.
Restaient donc hors du coup la Grande Bretagne. Sifflée hors-jeu en raison de ses demandes «inacceptables», selon Nicolas Sarkozy. Plus trois autres pays - la République Tchèque, la Suède et la Hongrie - qui s'étaient eux-mêmes mis en touche en brandissant la consultation préalable de leurs parlements respectifs manière de pouvoir réserver leur réponse... Et puis voilà que quelques heures plus tard la Hongrie se décidait à se joindre à l'accord... 24 donc ! Et bientôt 26 ?
Faut-il se réjouir comme l'a fait un peu trop fort la présidente lituanienne que «ce n'est pas l'Europe qui est divisée mais les Britanniques qui sont en dehors du processus de décision» ? Ou faut-il plutôt regarder les choses en face. Et constater que cette Europe à géométrie décidément très variable ne continue à rester à flot que grâce au forcing du couple franco-allemand ? Lequel forcing n'a abouti qu'à un accord a minima, qu'à des engagements qui ne pourront être - dans le meilleur des cas et pour seulement certains d'entre-eux - effectifs qu'en mars 2012...
Sans compter que cet accord censé sauver l'euro, l'Europe, et pourquoi pas tant qu'on y est l'Univers, se limite à plus de renforcement de la discipline budgétaire. Alors que pas un pays - même pas l'Allemagne... - n'a tenu les engagements de réduction de déficit de 3% prévu par le traité de Maastricht, on peut se demander comment on envisage de faire payer demain des sanctions financières à un pays qui dérogerait au nouveau pacte dès lors qu'il n'arrive même pas à rembourser ses dettes... Pour le reste - c'est-à-dire l'essentiel comme l'intervention de la BCE ou les euro-obligations - on priera pour que l'Allemagne veuille bien se montrer moins inflexible.
Et en attendant, l'Europe a signé hier un traité qui permettra à la Croatie d'entrer dans l'Union en juillet 2013. Ce sera alors le 28e Etat de l'UE. Si l'Europe existe encore.