Espagne: Mariano Rajoy au pied de la montagne
Même si pendant sa campagne, il a bien pris soin de ne pas rentrer dans le détail de son plan, ce que promet Rajoy aux Espagnols c'est d'accentuer encore cette austérité.
Mariano Rajoy n'aura guère eu le temps de savourer sa victoire. Au lendemain du succès de la droite aux élections législatives anticipées, celui qui dirigera le prochain gouvernement espagnol a déjà eu hier un avant-goût de ce qui l'attend. La large victoire du Parti Populaire dimanche n'a semble-t-il pas beaucoup impressionné les marchés qui continuent à broyer du noir. Hier, la bourse de Madrid perdait 3,48 % et les taux d'obligations espagnoles qui permettent à l'Etat d'emprunter, flambaient à près de 6,50 %. Autre indice inquiétant: la Chine qui détient déjà 12 % de la dette espagnole n'a pas hésité, après s'être félicitée de cette élection, à faire les gros yeux en réclamant - et rapidement ! - des mesures drastiques afin de «doper la confiance des marchés».
Nul doute que les dirigeants européens qui espèrent depuis le dernier G20 que la Chine leur rachète encore plus de dette apprécieront cette leçon de rigueur et d'orthodoxie financière de dirigeants étiquetés communistes... Ces deux avertissements préfigurent en tout cas les énormes difficultés qui attendent la droite espagnole. Certes, celle-ci a désormais la majorité absolue au Parlement.
Pour autant cette situation hégémonique est moins la résultante d'une dynamique d'adhésion des Espagnols au Parti Populaire que due au rejet du PSOE, le Parti socialiste espagnol qui a été au pouvoir pendant sept ans. Alors que ce dernier s'effondrait au profit notamment de la «Gauche unie» (Izquierda unida) héritière de l'ex PC et du parti du Centre, le parti de Rajoy n'a en effet que très peu gonflé son nombre de voix par rapport aux législatives de 2008 qu'il avait alors perdues.
Car ce que les Espagnols ont sanctionné c'est bien la politique d'austérité de Zapatero. Or, même si pendant sa campagne, il a bien pris soin de ne pas rentrer dans le détail de son plan, ce que leur promet Rajoy c'est d'accentuer encore cette austérité. Et pour cela il va devoir résoudre la quadrature du cercle: comment «faire la guerre à la crise» sans désespérer encore plus ceux qui en paient le prix fort avec un taux de chômage de 22 % de la population active dont plus de 45 % chez les jeunes !
Comment tenir la promesse de ne pas augmenter les impôts sans toucher ni aux pensions de retraite, ni à la santé ni à l'éducation ? Comment faire accepter la «cure d'amaigrissement» à des régions autonomes d'Espagne surendettées sans casser l'amorce de reprise qui était en train de se dessiner ? Comment sauver les banques du pays qui détiendraient plus de 150 milliards d'euros de créances suspectes en les recapitalisant et ceci alors que l'Etat n'a que des dettes à mettre au pot ? Comment tenir le pari de ramener le déficit du pays à 3 % en 2013 sans faire grossir la masse de ces «indignés» qui ont pris naissance en Espagne ? A l'évidence, Mariano Rajoy a bien conscience d'être au pied d'une montagne. N'a-t-il pas déjà averti qu'il «n'allait pas y avoir de miracle» ?