En direct. Copé : « aucune discussion » avec le FN « pour la présidentielle »
Lundi matin
Il faut sauver l'UMP, lance le ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, sur RTL, qui indique que « si Nicolas Sarkozy perdait, nous serions un certain nombre à tout faire pour que l'UMP garde sa cohésion, parce que reconstituer, pardon de dire les choses un peu brutalement, le RPR et l'UDF, c'est dix ans d'échec pour ce qui serait alors l'opposition ».
Sur Canal Plus, Rachida Dati (ancienne ministre de la justice) trouve qu'« il n'y a pas d'envie de gauche » dans le pays et que son candidat est « bien parti pour remporter l'élection présidentielle ». Tout en assurant que l'UMP ne « négocie rien »avec l'extrême droite, elle juge que le score du FN « valide les thèmes de campagne » de Nicolas Sarkozy : « maîtrise de l'immigration, renforcement des frontières, lutte contre la délocalisation, réforme du système scolaire ».
A 8h45 sur Europe 1, Jean-François Copé est à son tour interrogé sur l’éventualité d’accords avec le FN au second tour: y aura-t-il des discussions ? « Bien sûr que non, comme il n’y a d’une manière générale dans une présidentielle aucune discussion ». Pourquoi prend-il le soin de préciser qu'il parle de la présidentielle ? La stratégie du patron de l'UMP sera-t-elle différente aux législatives ? Jean-Pierre Elkabbach ne pose pas la question. Jean-François Copé répète : « Aucun geste de quelque nature que ce soit avec les leaders du FN. » Et les petits candidats à la députation ? Le journaliste ne relance pas.
Sur toutes les ondes, les leaders de l'UMP sont à l'unisson : la victoire est encore possible. En allant chercher les voix des centristes aux yeux de Jean-Pierre Raffarin, qui pratique la méthode Coué sur Twitter :
Pour Nathalie Kosciusko-Morizet, sur France-2, le président-candidat « peut rassembler les uns et les autres, ceux qui ont choisi Marine Le Pen, ceux qui ont choisi François Bayrou, (ceux qui) sont concernés par le risque de déclin que court la France et le risque de faillite que court la France si le programme de François Hollande est appliqué ». Sur la question des débats, elle rappelle que « pour la primaire socialiste, il y a eu quatre débats. Est-ce que François Hollande n'accepte de débattre qu'à l'abri de sa famille politique ? Ou est-ce qu'il considère que seuls les militants socialistes ont le droit au débat et les Français non ? ».
• Interrogé par Europe 1, le directeur stratégique de campagne deMarine Le Pen, Florian Philippot, refuse d'en dire plus sur les consignes de vote pour le second tour. « Marine s'exprimera de manière très claire le 1er mai place de l'Opéra sur cette question-là ». Mais « il est évident que je ne pourrai pas choisir entre Sarkozy et Hollande », précise-t-il. Sur France Info, Louis Aliot, vice-président du FN, confirme qu'une consigne de vote « paraît très improbable ».
Selon lui, l'UMP va « très certainement imploser (...). Il y a là une force hétérogène, qui à l'intérieur d'elle-même a les idées les plus contradictoires. (...) Une recomposition à ce moment-là se fera sur des idées, pas sur des appareils ». Le compagnon de Marine Le Pen se projette déjà aux élections législatives, où il entend capter l'électorat de Sarkozy : « On veut parler à cet électorat, et nous voulons que lors des élections législatives il y ait une majorité sur des idées qui se fasse sur notre programme, pas sur le programme des autres. » Réfutant l'idée d'« un vote de protestation», il y voit « un vote petit à petit d'adhésion, parce que les sujets que nous abordons ne sont pas traités par les autres ».
• Sur Canal Plus, le directeur de campagne de François Hollande, Pierre Moscovici veut, lui aussi, répondre aux attentes supposées des électeurs de Marine Le Pen, qui ont exprimé « une colère sociale incroyable. Cette colère sociale, nous voulons l'entendre et dire que nous avons des réponses, nous, à ce qui les préoccupe ». Sur la question de l'immigration, « arrêtons de dire comme s'il y avait d'un côté une droite qui avait été ferme et de l'autre une gauche laxiste ». S'il promet un « traitement très ouvert » pour l'immigration légale, « il faut combattre de manière absolue, de manière ferme, sans aucune concession, l'immigration illégale. Et nous le disons ».
Jean-Marc Ayrault, l’un des “premier-ministrables” de François Hollande, juge sur Europe 1 que les Français « ont sanctionné le président sortant », qu’« un vote de colère » s’est exprimé. Avec le candidat PS, jure-t-il, ce sera « l’égalité et la justice partout, dans toutes les décisions ».
Sur RTL, Martine Aubry, première secrétaire du parti socialiste compte que « quatre Français sur cinq ont dit “non” à Nicolas Sarkozy ». Interrogée sur la proposition repétée par Nicolas Sarkozy d'organiser trois débats, elle a rétorqué qu'il « faudrait d'abord qu'il y ait un vrai débat, ça nous changerait. (...) Je propose non pas trois débats mais trois principes : arrêter les invectives, arrêter les contrevérités, ça nous changera là aussi, et pas de faux semblants, qu'il défende ce à quoi il croit, l'augmentation de la TVA en octobre, la poursuite de la casse des services publics...».
Revue de presse
« Humiliée. Mais l'extrême droite pourrait permettre à Carla de rester à l'Elysée », le titre amusé du Daily Mail(Grande-Bretagne). LeGuardian lui aussi retient essentiellement le score record de Marine Le Pen et lui offre presque toute la largeur de sa “une”.
Le Wall Street Journal Europe montre un François Hollande inquiet au sortir de l'isoloir, tandis que son équivalent suisse, laNeue Zürcher Zeitun, le montre plein d'un triomphe modeste.
En Belgique, La Meuse s'intéresse à « Sarkozy proche de la sortie ».
Plus classique, le reste de la presse internationale qui consacre un titre à l'élection française se contente de montrer les deux finalistes, en jouant sur les expressions.
- Dominique Seux (Les Echos) fait le décompte des « voix obtenues par les candidats protestataires, anti-système, la France du non (...). Cette France, dans les urnes, a représenté autour d’un tiers des suffrages. Plus qu’en 2007, mais moins qu’en 2002. (...) Les "révolutionnaires" – mot pris au sens large – ne dominent pas, et font moins qu’il y a dix ans alors que la situation est plus grave. (...) L’explication est qu’il y a une demande de résultat de la part des électeurs – pas de rêve ; que les grands partis de gouvernement ont repris à leur compte des idées considérées comme impensables il y a dix ans seulement. Nicolas Sarkozy assume le mot de protectionnisme européen voire français, François Hollande veut taxer à 75 % les revenus les plus élevés, tous deux attaquent la finance. C’est le tournant idéologique de la présidentielle, le plus important. L’autre conclusion est l’échec du candidat qui faisait de la rigueur sa colonne vertébrale, François Bayrou. Cela n’intéresse pas. »
- Patrick Apel-Muller (L'Humanité) revient sur la poussée du Front national : « La responsabilité du président sortant et de l'état-major UMP est écrasante. Ils ont joué avec le feu de la haine et de la division au risque de l'incendie. Le Front de gauche avait senti le danger et, seul parmi les formations politiques, avait désigné le Front national comme son ennemi, menant contre lui une campagne de terrain et d'argumentation. »
- « Nicolas Sarkozy est sensiblement en deçà de son score de 2007 », avance prudemment Etienne Mougeotte dans Le Figaro, qui convient à contre-cœur que « François Hollande aborde donc en tête la dernière ligne droite de l'élection présidentielle (...).C'est un avantage certain mais qui n'est pas décisif compte tenu du score décevant de Jean-Luc Mélenchon. » Dans un appel transparent aux électeurs du FN, son quotidien veut croire, en revanche, que « la percée de Marine Le Pen relance le second tour ».
- François Ernenwein (La Croix) décèle un « piège redoutable sous les pieds de Nicolas Sarkozy » : «Dans cette quête d’une majorité, c’est la division entre la droite et l’extrême droite, bien plus forte qu’entre la gauche et l’extrême gauche, qui met Nicolas Sarkozy en situation si difficile. Une élection présidentielle se gagne au centre, en rassemblant. Les réserves de voix du président sortant se trouvent pour l’essentiel à l’extrême droite. »
- Jean-Marie Colombani (Slate) voit dans le résultat du vote « la défaite de la tactique Buisson » : « Son pari consistant à flatter l’électorat de l’extrême droite pour affaiblir Marine Le Pen a non seulement échoué mais a abouti au résultat inverse. Nicolas Sarkozy était censé "parler au peuple". Or le peuple en question lui a d’abord renvoyé un message hostile. Et l’histoire politique risque de retenir que celui qui avait été l’ordonnateur du reflux du vote d’extrême droite en 2007 s’est transformé en l’un de ses promoteurs en 2012. »
- Philippe Mabille (La Tribune) estime au contraire qu'« au vu des résultats du premier tour, qui montrent un effondrement du centriste François Bayrou sous les 10 % et confirment la sous-évaluation manifeste par tous les sondeurs du score de Marine Le Pen, il y a gros à parier que cette ligne Buisson restera le fil rouge de la tactique électorale de Nicolas Sarkozy. C'est d'ailleurs ce qu'il a laissé entendre dès dimanche soir en faisant de ce scrutin un "vote de crise" où se sont exprimées "les inquiétudes et les angoisses" du peuple français qui "souffre", et en remettant "les frontières de l'Europe" au centre de l'élection. »
Le parquet de Paris a d'ores et déjà annoncé l'ouverture d'une enquête sur les médias qui ont brisé l'embargo fixé à 20 heures pour la publication d'estimations, visant l'AFP, deux médias belges, un média suisse, un site internet basé en Nouvelle-Zélande et un journaliste belge qui aurait envoyé les estimations sur Tweeter. La justice a été saisie par la Commission des sondages, dont le secrétaire, Jean-François Pillon, a dénoncé des « faits délictueux ».
Entre 20 h et minuit
Les résultats définitifs sur la France entière. Le candidat PS, François Hollande, a obtenu 28,63 % des voix, devançant Nicolas Sarkozy, président sortant (27,08 %) et la candidate du FN, Marine Le Pen (18,01 %), selon les résultats définitifs du ministère de l'intérieur (sauf pour les Français de l'étranger, dont les résultats ne seront connus que lundi dans la journée). La participation, à plus de 80 %, est quasiment aussi forte que celle de 2007, record sous la VeRépublique. C'est la première fois qu'un président sortant n'arrive pas en tête au premier tour.
Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche, obtient 11,13 % des voix, François Bayrou étant derrière, à 9,11 %. Ensuite viennent Eva Joly (2,28 %), Nicolas Dupont-Aignan (1,80 %), Philippe Poutou (1,15 %), Nathalie Arthaud (0,57 %) et Jacques Cheminade (0,25 %).
Concernant les Français de l'étranger, sur environ 2,2 millions de Français qui vivent hors du territoire national, un peu plus de la moitié (1,15 million) sont inscrits sur les listes électorales consulaires.
Permanence du FN à Nice. A 22h30, seuls 99 bureaux de vote (sur 243) ont été dépouillés. Les premiers chiffres qui tombent à la permanence du Front national confirment le pressentiment des militants : Marine Le Pen fait ses meilleurs scores dans les quartiers populaires de la ville. À l’Arénas (ouest, 14e canton), elle obtient 29,5 % contre 28,25 % pour Nicolas Sarkozy et 23 % pour François Hollande. A Henri Sappia (nord, 11e canton), le FN obtient 36 % des suffrages, contre 25 % pour le PS et 18 % pour Sarkozy. Aux Diables Bleus (est, 3ecanton), Marine Le Pen est également en tête avec 29 % des voix, contre 25 % pour François Hollande et 22 % pour Nicolas Sarkozy. Dans les quartiers résidentiels en revanche, Nicolas Sarkozy devance largement ses adversaires. A Cimiez (est, 7e canton), le président sortant passe le premier tour avec 48 % des suffrages, contre 20 % pour Marine Le Pen et 14 % pour François Hollande.« C’est normal, les bourgeois votent pour le pouvoir en place », commente Bruno Ligonie, secrétaire départemental adjoint FN.
A Istres dans les Bouches-du-Rhône, Marine Le Pen réalise une forte percée, arrivant première avec 27,33 % des voix (sur 24 000 votants). Un score beaucoup plus important que celui réalisé en 2002 par son père (22 %) et qui monte dans certains quartiers à 35 %. Au théâtre de l’Olivier, le choc se lisait sur les visages au fur et à mesure que les résultats des bureaux de vote étaient confirmés. Pour le maire, François Bernardini (exclu du PS), l’honneur est sauf : « Le Pen a siphonné des voix à Sarkozy », analyse-t-il, puisque le PS avec François Hollande obtient 25,30 %, soit presque le même pourcentage que Ségolène Royal en 2007 (25,04 %). Nicolas Sarkozy perd lui près de 8 points entre 2007 et 2012 sur la ville. « Dans nos 31 bureaux de vote, il n’y avait pas un assesseur de Marine Le Pen, souligne Nicole Joulia, première adjointe au maire. Cela montre bien que c’est un vote en dessous, qui ne s’affiche pas, d’où la difficulté à l’évaluer dans les sondages. »Dans les deux bureaux de vote du Prépaou, quartier populaire, le président candidat est sous les 12 % et Hollande arrive en tête avec 34 % et 37 % des voix. Marine Le Pen dépasse, elle, les 20 %.
Nicolas Sarkozy à la Mutualité. Sa déclaration :
Dans la presse internationale. The Economist du 22 avril : « La défaite de Nicolas Sarkozy au premier tour ne signifie pas que la victoire est impossible. Mais la balance pèse vraiment du côté de François Hollande. Les sondages du second tour l’ont constamment donné vainqueur, avec 6 à 16 points d’écart. Aucun candidat n’a jamais pu combler un tel retard. Le vote d’aujourd’hui suggère que les Français veulent un réel changement et en ont assez de l’erratique M. Sarkozy. »
Le Soir, quotidien belge, titre « Une défaite cinglante pour Sarkozy » et écrit : « Bien qu’un second tour consiste à repartir avec des compteurs mis à zéro, la remontée s’annonce très rude pour Nicolas Sarkozy, qui a réussi une primeur : jamais un président sortant n’était sorti en seconde position du premier tour. Cet exploit en ponctue un autre : aucun président avant lui ne s’était présenté à sa réélection avec une cote d’opinion défavorable qui lui a collé aux basques dès l’année qui a suivi sa réélection. Cette seconde place elle-même signe donc un premier échec pour Nicolas Sarkozy. Ce n’est pas le seul. La performance de Marine Le Pen, qui, avec près de 20 %, est à la fois la cause et l’écho du mauvais résultat du président sortant, constitue un bulletin sévère pour la stratégie électorale de Nicolas Sarkozy : la droitisation de son discours, qui lui avait si bien servi en 2007, s’est retournée contre lui cette fois-ci. Il avait dit avoir "siphonné" le FN ; celui-ci, sous la conduite de la fille de Jean-Marie Le Pen, a retrouvé et même amplifié son pouvoir d’attraction avec des discours simples surfant sur les angoisses des Français. Classique : entre la copie et l’original, les électeurs bluffés en 2007 sont revenus vers l’original. Mais Marine Le Pen peut dire merci à Nicolas Sarkozy qui, en somme, a fait campagne pour elle. Dramatique… »
Moselle. Alors que les résultats des grandes villes comme Metz ou Forbach ne sont pas encore connus, il est d'ores et déjà clair que la percée du FN en Moselle est importante. A Florange (8 400 votants), la ville des derniers hauts-fourneaux de Lorraine, François Hollande pointe en tête à 32,30 % des suffrages exprimés, mais Marine Le Pen arrive deuxième (25,69 %) et Nicolas Sarkozy troisième (19 %). A Hayange, ville de 11 000 habitants où sont installées une partie des installations de l'usine de Florange, Marine Le Pen est devancée de peu par Francois Hollande (28,73 % contre 26,87 %). Mais elle le dépasse dans certains bureaux. Nicolas Sarkozy arrive troisième (18,6 %). Jean-Luc Mélenchon termine quatrième (13,6 %). Le bassin minier, en crise depuis quatre décennies, donne au FN des scores très élevés : 38,72 % à l'Hôpital (3 846 inscrits), 33,08 % à Stiring-Wendel (8 294 inscrits)
Soirée de campagne du FN à Paris. La vidéo de l'intervention de Marine Le Pen :
Front de gauche. 20 heures, place Stalingrad à Paris. Quelques larmes, et le slogan fétiche du Front de gauche résonne aussitôt :« Résistance ». Sur le bord de la scène, sous la tente de l'espace presse, les responsables de la campagne de Jean-Luc Mélenchon sont déçus. « Trois points derrière Marine Le Pen, ça va... Mais 8 ou 9, c'est très mauvais », lâche un cadre communiste, avant de s'éclipser rapidement. Depuis de longues semaines, le Front de gauche avait ouvertement affiché comme objectif d'arriver devant le Front national. De ce point de vue, le résultat du premier tour est un échec. Aussitôt relativisé par les militants du Front de gauche, qui huent chaque apparition à la télévision de Marine Le Pen. « Plus de 10 %, cela fait très longtemps que cela n'était pas arrivé, quand on repense au 1,93 % de Marie-George Buffet en 2007... C'est un score positif », explique Martine Billard, coprésidente du Parti de gauche. Pour elle et ses camarades, le Front de gauche a surtout su s'imposer comme une nouvelle force à gauche. « Nous sommes incontournables pour battre Nicolas Sarkozy », abonde Francis Parny, responsable des relations extérieures du PCF. Sur la scène, Jean-Luc Mélenchon s'approche du micro sous les clameurs des centaines de militants réunis sur la place. Très clairement, il appelle à « battre Nicolas Sarkozy », « sans rien négocier ». « C'est nous qui avons les clefs du résultat », lance l'ancien sénateur. Sous la tente de presse, son conseiller spécial Eric Coquerel explique : « Le total de gauche est plus haut qu'en 2007 et on peut battre Nicolas Sarkozy. » Mais sur les visages des militants, l'amertume est palpable. « Dans notre bataille contre le FN, on s'est parfois sentis seuls. Nombre de nos amis ont préféré nous taper dessus ces dix derniers jours... Cela nous a donné la rage. » Dans les sonos à fond, après l'Internationale et la Marseillaise, retentit On lâche rien de HK.
Un peu plus tard, on croise Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF. Il a le visage des mauvais jours. Les dents serrés, il lâche :« Je vais pas vous dire que ça nous fait plaisir de voir Marine Le Pen à 20 %. » Puis : « Je reçois une flopée de SMS qui me disent : "vous aviez raison, et vous étiez bien seuls". Dans le combat contre le Front national, on s'est sentis bien seuls. Honte à ceux qui nous ont mis un tapis de bombes ces quinze derniers jours. Il y avait bien d'autres flèches à décocher... » Dans sa ligne de mire, la une du Nouvel Observateur sur Mélenchon le « grand perturbateur » et celle, plus récente, de Libération sur « Marine Le Pen, la menace », les révélations sur la présence de Jean-Luc Mélenchon lors de la remise de Légion d'honneur au conseiller de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, ou encore l'exhumation d'une ancienne photo le montrant aux côtés de Assad, quand il était ministre de Lionel Jospin. Très vite, Dartigolles s'éclipse : « Je vais aller retrouver les autres. Soutenir un peu Jean-Luc. »
François Hollande à Tulle. Sa déclaration :
Lutte Ouvrière. Contrairement à Arlette Laguiller qui, en 2007, avait appelé à voter « sans réserve » pour Ségolène Royal, Nathalie Arthaud (L0) louvoie : « Je ne suis pas propriétaire des voix qui, en ce premier tour, se sont portées sur mon nom. Au deuxième tour, mes électeurs voteront selon leur conscience », a affirmé la candidate Lutte Ouvrière que les premières estimations créditent de 0,7 % des voix. Celle qui « remercie les quelque deux cents mille électeurs qui ont voté » pour sa candidature, leur donne maintenant carte blanche : « Aucun travailleur conscient ne peut évidemment voter pour Nicolas Sarkozy, le président des riches, cet homme qui, pendant les cinq ans de son pouvoir, a été le fidèle serviteur des groupes capitalistes et des banquiers. Certains de mes électeurs, confrontés au choix pipé entre un ennemi ouvert des travailleurs et un faux-ami, s’abstiendront ou voteront blanc. D’autres, pour se débarrasser de Sarkozy, voteront pour François Hollande. » La seule leçon qu'elle tire de ce vote est le résultat« inquiétant » obtenu « par Marine Le Pen. Il est l’expression du renforcement de l’extrême droite dans l’opinion publique. Cette montée de l’extrême droite représente une menace pour les travailleurs ». Ces électeurs « ont marqué par ce vote aussi bien leur rejet de Sarkozy que leur méfiance à l’égard de Hollande », conclut Nathalie Arthaud.
QG de François Bayrou. François Bayrou monte à la tribune pour une allocution très courte, deux minutes tout au plus. « Une extrême droite à 20 % en France, c'est grave », commence-t-il. « Bien sûr, c'est un score en dessous de nos attentes (...) », continue-t-il. Malgré la défaite, l'union nationale et la majorité centrale qu'il défend restent d'actualité : « Le mal français est là et il s'aggrave. Et le seul chemin disponible pour en sortir ce sera un jour ou l'autre celui que nous avons proposé aux Français : une politique nouvelle, courageuse, qui sera pour une fois soutenue par une union nationale. » François Bayrou déclare qu'il s'adressera aux deux candidats sélectionnés pour le second tour. « Je leur dirai ce qui est essentiel, en valeurs et en actions. J'écouterai leurs réponses et je prendrai mes responsabilités. Ce qu'il faut pour l'avenir, ce qu'il faut construire d'urgence, c'est une force d'équilibre au centre. Nous devons aussi construire les institutions nouvelles qui empêcheront les explosions qui menacent le pays. »
Permanence du FN à Nice. Dans la petite permanence du Front national, une quinzaine de militants trinquent à la santé des « excellents »résultats de Marine Le Pen, en attendant les chiffres locaux. Sourire aux lèvres, ils estiment que « la campagne est terminée ». « Sarko est cuit, confie un militant historique (35 années de carte frontiste dans le portefeuille). Il s'est tué lui-même parce qu'il n'a tenu aucune de ses promesses sur l'immigration, le chomage et la sécurité. » « C'est excellent pour les législatives !, se réjouit Lydia Schenardi, secrétaire nationale du FN et conseiller régional PACA. 20 % des personnes qui votent, ça mérite quand même d'être représenté à l'Assemblée nationale !»
Hôtel Matignon. François Fillon appelle les Français à voter pour Nicolas Sarkozy au second tour au nom de « l'idéal républicain » et de « l'avenir de la France », dans une allocution étonnante puisque faite depuis Matignon. « Françaises, Français, le 6 mai, vous allez décider, faites-le pour l'idéal républicain que nous avons en partage, faites-le pour la France, pour son avenir, pour celui de vos enfants, faites-le autour du président de la République », a-t-il déclaré.
QG de François Bayrou à Paris. Journaliste après journaliste, Philippe Folliot, député du Tarn, répète ce qui semble avoir été convenu en comité stratégique : « Nous allons voir qui incarne le mieux l'unité nationale. Qui incarne le mieux la moralisation de la vie publique. Qui incarne le mieux le désendettement du pays. Et qui incarne le mieux le volontarisme pour le produire en France. Et là on verra si on peut prendre position pour l'un ou pour l'autre. » À titre personnel, l'élu se rangera derrière la position du MoDem. Comme d'autres cadres du parti, il met en garde contre le vote extrémiste, incarné, selon lui à la fois par Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. « L'électeur de Mélenchon ou de Le Pen lance un message de désespérance, de désarroi, qui doit être compris. » Objectif désormais : former un groupe indépendant à l'Assemblée nationale.
Siège du PS à Paris. La députée Sandrine Mazetier ne cache pas sa satisfaction : « La participation est bonne, le total gauche aussi. Rien n'empêchera le changement, c'est sû. » Quant à la campagne de l'entre-deux tours, elle craint de la part de Sarkozy « une grande quinzaine de Patrick Buisson, sur les thèmes de l'extrême droite. Quand on pense qu'il proclamait en 2007 avoir asséché le FN…»Selon elle, « François Hollande n'a qu'une chose à faire, qu'il fait très bien depuis le début : garder le cap ».
Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche, crédité de 11,7 %, a réagi devant plusieurs milliers de militants réunis place Stalingrad, à Paris. « Notre peuple est déterminé à tourner la page des années Sarkozy», a-t-il estimé avant d'appeler sans ambiguïté à tout faire pour battre le président sortant au second tour. « Nous avons eu raison de concentrer nos critiques sur l'extrême droite, on s'est sentis bien seuls, d'ailleurs... L'un l'imitait, l'autre l'ignorait», a-t-il ajouté. «Nous avons les clés du résultat. Je vous appelle à pleinement assumer vos responsabilités. Il n'y a rien à négocier. Je vous appelle à vous mobiliser le 6 mai sans rien demander pour battre Sarkozy, sans traîner les pieds. Il s'agit de briser l'axe Sarkozy/Merkel. »
Eva Joly a estimé que le vote Front national était « une tache indélébile sur notre démocratie. Je veux dénoncer les apprentis sorciers qui ont permis à l'extrême droite de faire son plus haut score à une élection présidentielle ».
Ségolène Royal a estimé sur France-2 que le score de François Hollande « est un excellent résultat ; c'est la première fois qu'un candidat non-sortant arrive en tête ».
Pour Manuel Valls, le résultat de Hollande constitue « un désaveu massif de Nicolas Sarkozy ». « Rien n'est gagné », a-t-il ajouté.
Spectaculaire percée du FN à Gandrange (Moselle). Avec 28,15 % des voix, Marine Le Pen réalise une percée spectaculaire à Gandrange, ville devenue le symbole des promesses industrielles non tenues de Nicolas Sarkozy. Selon des résultats fournis dimanche soir par le maire socialiste Henri Octave, la candidate du Front national talonne de 26 voix seulement François Hollande arrivé en tête avec près de 30 % des suffrages exprimés. Le parti d'extrême droite n'avait même pas atteint ce score en 2002, année où Jean-Marie Le Pen s'était hissé au second tour de l'élection présidentielle. Nicolas Sarkozy n'arrive qu'en troisième position et perd 6 points par rapport à 2007 (19 %).
Le score de François Hollande est en hausse de près de 6 % par rapport à celui de Ségolène Royal en 2007. Jean-Luc Mélenchon n'atteint pas le seuil de 10 %. « C'est moins qu'on aurait pu le penser, analyse Henri Octave. L'importance du vote Le Pen me surprend », poursuit il. Aux régionales de 2010, le FN avait en effet totalisé ici 15,76 % des voix alors que le PS frôlait la majorité absolue. « Je pense que Marine Le Pen a récolté des voix auprès des électeurs déçus de Nicolas Sarkozy ainsi qu'à l'extrême gauche », conclut-il. De fait, le score cumulé des candidats de LO et du NPA n'atteint pas 3 % à Gandrange alors qu'il dépassait 10 % en 2007.
Le mouvement en faveur de la candidate d'extrême droite semble de la même ampleur dans le bassin d'emploi. A Hayange, où vivent de nombreux ouvriers d 'ArcelorMittal, Marine Le Pen devance Nicolas Sarkozy dans la plupart des bureaux déjà dépouillés.
QG de Toulouse de François Bayrou. Larmes et tristesse au QG de Bayrou devant l'annonce des premières estimations. Le patron du Modem 31 Jean-Luc Lagleize est « très déçu ». Cette élection est le plébiscite du pour ou contre Sarko. Les Français ont voté de Marine Le Pen à Mélenchon le rejet d'une classe politique, d'un système que Francois Bayrou n'a pas su capter pare qu'il dit la vérité. Pour lui,« l'avenir impose d'avoir une force centrale, de sortir de l'affrontement droite-gauche stérile qui encourage à voter les extrêmes. C'est le grand défi que doit relever Bayrou ».
A l'UMP, Serge, retraité, militant du Ve arrondissement de Paris depuis 2007 : « J’ai des amis, Sarkozy les hérisse. Certains font un rejet de l’homme. Beaucoup ont voté Le Pen pour faire barrage à Mélenchon. » Pierre lui aussi retraité et récent militant UMP du Ve arrondissement de Paris : « J’ai une amie de droite, elle est réticente à revoter Sarkozy. Je lui ai dit “j’ai l’impression d’entendre France Inter quand tu parles ! Le bling-bling, tout cela.”Les médias ont imposé un antisarkozysme qui ne repose sur rien, le bling-bling, la Rolex... Tous les journalistes sont de gauche ! Demain, notre principal argument ça doit être : “Hollande est une locomotive qui se balade avec un charbon inexploitable et politiquement dangereux : Mélenchon et les trotsko-communistes-marxistes.” Il faut redire que si Hollande est élu, on se dirige vers un schéma comme la Grèce ! On part avec un certain handicap, mais c’est gagnable. »
Au siège du PS à Paris. L'élément de langage a bien été rodé, lors des réunions de préparation. « C'est un double désaveu pour Sarkozy, sur sa gauche et sur sa droite », dit le sénateur David Assouline. « Le score de Le Pen participe d'un vote de rejet anti-Sarkozy, c'est un vote de fracture géographique et sociale», abonde le député Christian Paul, selon qui «on ne peut pas parler de blocs gauche/droite, car Sarkozy est tout seul ». Le Bureau national s'est terminé à 19h50. « On a connu pire ambiance », sourit Jérôme Guedj, président du conseil général de l'Essonne. Claude Dilain se félicite de son côté : «Il y a eu une très bonne participation dans les quartiers, où on retrouve les chiffres de 2007. » A l'écran apparaît Jack Lang. « Il est encore là, lui ?!»peste un jeune militant. Puis c'est au tour de Jean-François Copé. Dans la cour de Solférino retentit alors un bryant : « La piscine ! La piscine !»
Soirée électorale de Sarkozy. Guillaume Peltier à la presse :« Les Français veulent une droite forte. » Les écrans diffusent TF1 à la Mutualité, Copé ovationné. Les militants crient son nom« Copé, Copé ! » et enchaînent avec des « On va gagner ! ».
Au QG de François Bayrou. Jean-Jacques Jégou, trésorier de campagne de François Bayrou et du MoDem, dit sa déception :« Déçu, chacun d'entre nous l'est. Mais François Bayrou est conscient d'avoir rempli sa mission. C'est tout à son honneur d'avoir tenu ce rôle pas facile. » Quant à l'hypothèse de se prononcer pour le second tour, ce n'est pas encore le moment, pour sa part : « En l'état, je ne peux pas me prononcer. Même si, oui, dnas l'équipe, on peut imaginer que certains se prononcent », pondère-t-il. Désormais, l'équipe de François Bayrou regarde vers le troisième tour de la présidentielle, les législatives : « Nous allons rester sur cette ligne de vérité. Ils (François Hollande et Nicolas Sarkozy) ont menti aux Français et c'est peut-être au Parlement que nous allons devoir peser » Comment Jean-Jacques Jégou interprète-t-il ce score très faible ? « Les Français ont essayé de rechercher des solutions plus faciles. On a fait la campagne qu'il fallait faire », répond-il d'abord. Puis admet des faiblesses : « Nous avons fait avec nos moyens. Nous avions peu d'élus, peu de relais sur le terrain. Nous sortons - j'espère - d'une traversée du désert, avec des élus du centre dociles qui se sont réfugiés derrière Nicolas Sarkozy. » Sur le coût de la campagne de François Bayrou, Jean-Jacques Jégou l'estime à 6-7 millions d'euros, soit moins que les 10 millions annoncés en début de campagne. Il affirme qu'aucun sondage n'a été commandé.
Soirée électorale de Sarkozy. Ténors de la majorité, élus UMP et membres de l'équipe de campagne traînent dans les couloirs de la Mutualité. Guillaume Peltier, l'un des porte-parole “thématiques” de Nicolas Sarkozy et Sébastien Huyghe, secrétaire national et député UMP du Nord, discutent avec la presse. Frédéric Nihous, l'ex-candidat de CPNT, est là. La salle s'est complètement remplie et les militants alternent les « Nicolas président », « On va gagner », « Hollande en Corrèze, Sarko à l'Elysée », et une Marseille. Les Jeunes Pop sont venus en nombre. Le député de Paris, Bernard Debré, recueille les dernières tendances. Pour beaucoup de militants, il va falloir attaquer François Hollande sur le « boulet » Mélenchon.
Entre 16 h et 20 h
QG de François Bayrou. 19 h 35, les proches de François Bayrou sortent au compte-gouttes. Mais ce n'est que pour traverser promptement la cour et éviter les journalistes. Dominique Versini n'a pas souhiaté faire de commentaires « pas avant que François Bayrou ne parle ». Marielle de Sarnez et Dominique Douste-Blazy réservent la primeur de leurs réactions à TF1 et France 2 vers où il ont filé.
Siège du PS à Paris. Un gros millier de militants dehors, et plus de 500 journalistes à l'intérieur du siège du parti socialiste. Beaucoup de huitièmes couteaux et de pipole un peu décatis (Danièle Evenou avec une béquille, Jean-François Derec, Jean-Michel Ribes, Frédéric Martel…), l'entourage du candidat Hollande est réuni au QG en conférence téléphonique. Un bureau national extraordinaire se tient dans les étages de Solférino. François Hollande interviendra de Tulle, puis rentrera dans la nuit. Seule Martine Aubry devrait s'exprimer. Les estimations circulent sur les portables, mais les échanges d'information se concluent toujours par un récurrent : « Bon, le mieux, c'est quand même d'attendre 20 heures »...
Toulouse, quartier du Mirail. Là où « le PS fait des scores de soviétiques », rappelle un militant socialiste. Ecole Jean-Gilles. Bureaux 189, 190, 191 et 191 A, soit environ 4 000 inscrits. Sans discontinuer, les électeurs défilent. Il est bientôt dix-neuf heures. Céline, assesseur, socialiste passée au Front de gauche « pour donner une rouste à Hollande », est impressionnée : « Ça n'arrête pas depuis ce matin. Il y a énormément de jeunes qui viennent voter pour la première fois et d'autres plus anciens qui avaient arrêté de voter ou ne votaient jamais. D'ailleurs, certains ne savent pas comment voter. » Elle craignait l'abstention dans ce quartier “chaud”, frappé de plein fouet par la crise, le chômage, les politiques d'austérité. Maryse Bouttard, l'une des deux coordinatrices des quatre bureaux, confirme : « Plus de 2 000 personnes ont voté à cette heure ». Ailleurs, dans les sept autres bureaux de vote du Mirail, soit une population d'environ 10 000 électeurs, c'est le même engouement. « Du jamais vu ! Même en 2007, je n'avais pas vu pareille affluence », s'enthousiasme Gérard Benazet-Couserans. Socialiste depuis trente ans, cadre chez Continental, il milite, travaille et habite au Mirail : « Il se passe quelque chose ». Régulièrement assesseur lors des élections, c'est« la première fois » qu'il voit autant de jeunes se mobiliser pour une élection. Il en connaît « une bonne partie » et « à les écouter discuter, ça se joue entre Hollande ou Mélenchon ».
QG de campagne de François Bayrou. Sonia Ouertani, 26 ans, dans la communication web et Jean-Philippe Borra, 27 ans, fonctionnaire, du XXe arrondissement, viennent d’arriver au QG pour manifester leur soutien à François Bayrou. « On n’attend pas de grosse surprise, mais le but n’est pas là », explique Jean-Philippe Borra, adhérent au MoDem depuis 2009 et électeur de François Bayrou depuis 2007. « On est là pour montrer à François Bayrou que ça continue. On a bon espoir pour l’avenir », renchérit sa camarade, qui n’avait pas voté du tout en 2007 et qui compte prendre prochainement sa carte au MoDem. Pour eux, François Bayrou a mené « une campagne courageuse dans un contexte de crise ». Qu’attendent-ils de lui ce soir ? « Qu’il préserve l’indépendance du centre. Mais on a confiance. Il a su rendre crédible une troisième voie », répond le jeune homme, qui observe cependant que François Bayrou aurait pu « pousser un ou deux coups de gueule pendant cette campagne ». Par exemple sur l’éducation, domaine dans lequel « il ne manque pas de bonnes propositions, mais de propositions percutantes. »
Devant l'usine de Florange. « Ce soir on se prend une cuite ». Édouard Martin a d'abord cru à une blague. Mais c'était bien François Hollande à l'autre bout du fil. Le candidat socialiste l'a appelé ce dimanche, à 13 heures. « Il m'a dit qu'il pensait à nous et ne nous oublierait pas ». Depuis neuf semaines, quelques dizaines de salariés d'Arcelor-Mittal campent devant les bureaux de Florange pour éviter la fermeture définitive des derniers hauts-fourneaux de Lorraine. Ce dimanche après-midi, le débat était vif autour de la table, notamment entre pro-Hollande et pro-Mélenchon.« Les socialistes, faut les pousser sinon d'eux-mêmes, ils ne font rien, dit Antoine, partisan du candidat du Front de Gauche. Parce que les éléphants, ils ne sont pas morts, hein. » Édouard Martin, de la CFDT, le leader du mouvement, previent : « Le 7 mai, on sera là, faut pas croire qu'on sera acquis à la cause des socialistes. »Jean-Marc Ayrault, donné comme possible premier ministre d'un éventuel président Hollande, doit se rendre à Florange, ce mardi.« Ce soir, on se prend une cuire de toutes façons, dit Martin, qui ne cache pas ses sympathies socialistes. Soit pour faire la fête, soit pour oublier... »
QG de campagne de François Bayrou. La cour du siège du MoDem, dans le 7e arrondissement de Paris, est noire de monde. Son équipe de communication accueille les militants et invités (ils devraient être 500) et les journalistes déjà en place pour l'allocution du candidat centriste, prévue à 21 heures. Le comité stratégique est réuni à l’étage. Les historiques du MoDem – comme Jean-Luc Bennhamias et Robert Rochefort – et les soutiens extérieurs – Pierre Albertini, Jean Arthuis, Alain Lambert – entourent François Bayrou. Dans la cour, les visages sont sereins… et résolus à accepter un résultat qui pourrait être en-deçà des espérances.
Soirée électorale Sarkozy. La salle commence à se remplir à la Mutualité. Des membres du staff organisation commentent les derniers sondages. Pour l'instant, plus de journalistes que militants : 740 journalistes ont été accrédités, dont 320 étrangers. Nicolas Sarkozy arrivera normalement vers 20 heures.
Sur Twitter, Didier Porte et Stéphane Guillon rivalisent de vannes :
Au Prépaou à Istres. A l'école Camille Pierron, Laurent, assesseur, trouve lui aussi qu'il y a beaucoup plus de jeunes qu'en 2007. « Aux dernières présidentielles, c'était plus des 25 ans, là je vois beaucoup de 18-20 ans », note-t-il. Dans ce bureau, traditionnellement à gauche, les deux que nous avons interrogés ont voté à droite. Quentin, 19 ans en bac pro électronique, en baggy, sweat et cheveux longs, dit avoir voté « un peu au hasard Marine Le Pen », après en avoir longuement discuté avec des collègues. Il parle doucement, dit qu'il « ne savait pas trop pour qui voter ». Il partage ses idées sur l'immigration (« on les voit souvent à la télé, toutes les merdes qui se passent à cause d'eux ! ») mais pas sur « la liberté et les free party qu'elle veut interdire ». Un autre jeune homme, lycéen en polo de 18 ans, vote lui aussi pour la première fois. C'est la « fiche publicitaire » de Nicolas Dupont-Aignan qui l'a décidé à le choisir. « Avant j'avais entendu parler des plus connus, Hollande et compagnie, mais là Dupont-Aignan disait des choses bien sur l'éducation et l'emploi. »
A Nice. « Les gens se mobilisent, ils ont enfin compris ! On voit plein de jeunes venir voter pour la première fois ! », se réjouit Odette. Bénévole dans le bureau de vote de "Bon Voyage", cette retraitée habite le quartier populaire niçois depuis 1969. Elle a toujours voté communiste et a glissé ce matin un bulletin Mélenchon dans l'urne qu'elle surveille du coin de l'œil. À 17 h 30, 669 votants (sur 1111 inscrits) s'étaient déplacés. Dalila, 18 ans, étudiante en première année d'info com', a également voté Mélenchon. Sa mère, Sonia, 43 ans, a choisi Hollande car « on a besoin de changement ». « Sarko n'a pas fait son travail, indique-t-elle. Mon mari m'a dit que si c'était un second tour Sarko/Le Pen, il voterait Le Pen. »Florence, secrétaire, elle n'a pas attendu : « J'ai voté Marine Le Pen parce qu'il faut que ça change ! » lâche-t-elle, avant de presser le pas. Si la plupart des électeurs interrogés par Mediapart ont assuré voter Hollande ou Mélenchon, le FN continue de faire de bons scores à "Bon Voyage". « La cohabitation entre les gitans, les maghrébins et les cap-verdiens ne se passe pas bien, explique Dominique, retraité. Moi j'ai toujours voté communiste et le quartier était à gauche il y a encore quinze ans. Mais les choses ont beaucoup changé depuis... »
En Moselle. François Hollande a appelé dimanche Édouard Martin (CFDT Arcelor Mittal) : « Il a dit qu'il pensait à nous et ne nous oublierait pas. »
Deuxième point sur la presse étrangère – côté Amériques. La correspondante à Paris du premier quotidien argentin, Clarín,rapporte que ce sont des Français « inquiets pour leur avenir »qui votent dimanche. Extrait : « Les électeurs les plus remontés soutiennent Le Pen et Mélenchon, manière de protester contre une campagne molle, marketée, chirurgicale, anecdotique, animée par des candidats effrayés à l'idée de prendre des risques, ou de commettre des faux pas médiatiques, et durant laquelle aucun des véritables thèmes qui inquiètent les Français ont été traités en profondeur. » L'un des concurrents du Clarín, Página 12, consacre de son côté un portrait à Patrick Buisson, « l'ombre de Sarkozy », ce « conseiller d'extrême droite » devenu l'« éminence grise » du président. Mais le journal estime que « le virage à l'extrême droite n'a pas donné les résultats escomptés ».
Le Wall Street Journal juge « solides » les premiers chiffres de la participation d'un scrutin décisif pour la crise des dettes souveraines en Europe, et résume l'un des enjeux des résult
Quartier du Prépaou à Istres. Fadela et Farid, 29 ans tous deux, pensaient qu'il y aurait moins de monde après leur match, mais c'est manqué. Maillot rouge du club de foot du quartier (Football club Istres Rassuen) sur le dos, ils veulent « donner sa chance » à Hollande. « Pour moi, c'était Poutou, un ouvrier comme nous, mais j'ai envie de faire partir le président actuel et Hollande est bien placé », explique Fadel, qui travaille à Arcelor Mittal. Mehdi, un collègue, passe en plaisantant : « Je vais voter la Marine. ».« C'est sûr, certains doivent voter FN car ils en ont marre des jeunes d'ici, réagit Farid, bac + 5 en fac de droit, à la recherche d'un « vrai » emploi. Mais c'est normal, on ne leur propose plus aucune activité ici, alors ils s'occupent autrement. » Il reprend :« On nous dit que la France est en crise, mais, bizarrement la crise touche toujours les mêmes. Les plus riches, on les retrouve dans les mêmes grands restos... » Leur ami ressort. Directeur de travaux chez Areva, au Tricastin, lui aussi a voté “utile”. « Sarko, c'est un meneur d'hommes mais avec lui il y a trop d'écarts entre les classes, la France d'en haut et d'en bas », dit-il. Houda, qui aura 18 ans le 9 mai, vient d'apprendre qu'elle ne pourra pas voter. Sa mère, Saïda, 42 ans, agent de nettoyage, a voté Hollande. Comme les deux grandes sœurs de Houda et son père, un ouvrier au chômage depuis trois ans : « On a décidé ça en famille, on veut du changement, pour le travail surtout ! »
Le ministère de l'intérieur annonce un taux de participation en métropole de 70,59 % à 17 heures pour le 1er tour de l'élection, contre 73,87 % au 1er tour à la même heure en 2007.
Quartier du Prépaou à Istres. Laurent Bremaud, adjoint au maire d'Istres et président du bureau de vote 14, est surpris de la participation (70 % peu avant 17 heures) et surtout de la« mobilisation des jeunes et des très jeunes ». « On a ouvert à 8 heures avec le croissant et le café, eh bien, ils n 'ont pas bougé, on a dû les jeter à 13 heures ! », s'amuse-t-il. Il est quand même un peu inquiet : « On nous avait annoncé un fort taux d'indécis, là on constate une forte participation, j'espère que ça ne profitera pas à Le Pen. » En 2002, à Istres, le vote FN avait depassé les 20 % au premier tour. « C'était terrible, se souvient Nicole Joulia, première adjointe au maire, mais depuis on est redescendus. » L'élue a fait le tour des bureaux, a relevé des taux de participation de 60 % dès 16 heures.
A Nice. Dans le quartier résidentiel de Rimiez, 666 électeurs (sur 1113 inscrits) s'étaient rendus aux urnes à 16 heures (59,83 %). « Il y a pas mal de monde, assure Alain, employé à la mairie. On voit des nouvelles têtes, pas mal de jeunes qui votent pour la première fois. Dans ce quartier, les gens se mobilisent pour que François Hollande ne passe pas. » C'est notamment le cas de Claire, 22 ans, qui travaille dans une agence immobilière avec son père. C'est effectivement la première fois qu'elle vote pour une élection présidentielle et elle a réservé son bulletin à Marine Le Pen. « J'ai hésité avec Sarkozy, mais j'ai finalement opté pour un vote de révolte. Une envie de faire bouger les choses et de mettre un coup de pied dans la fourmillière. J'avais très envie de voter Sarkozy en 2007, mais je n'avais pas l'âge. Autant je n'aurais jamais voté pour le père Le Pen, même si parfois j'en ai eu envie, autant elle, je trouve que c'est une femme aux idées moins vieilles. »
Hayange, Moselle. Au Molitor, la salle de spectacle d'Hayange, ville de 11 000 habitants au cœur de la vallée de la Fensch, la participation est plutôt bonne : 60,02 % à 16 heures, à peine moins qu'en 2007. Dans cette ville en grande difficulté économique, on vote sans grand enthousiasme. Cédric Giorgini, serrurier de 33 ans, se définit comme un « électeur de droite, voire au-delà ». Cette fois, il a voté Nicolas Sarkozy, pour garantir au président sortant la présence au second tour. « Vu la crise, on n'a pas le choix. Et puis, vous en connaissez, vous, des présidents qui ont été bons ? ». Dans le hall, Jennifer, mère au foyer de trente ans, aux cheveux décolorés, attend son compagnon, Sylvain. Elle est inscrite, mais ne vote pas. Ça ne l'empêche pas de bien aimer Marine le Pen. « Elle au moins, elle dit ce que tout le monde pense sur les étrangers. Regarde tous ces étrangers au foyer d'à côté qui touchent le RSA ! ». Sylvain fait non de la tête en l'écoutant. Le débat commence. « Les gens dont tu parles, ils sont Français ! Et moi, en suivant ta logique, je suis un étranger au Luxembourg, ils pourraient me mettre dehors aussi. » Sylvain vote pour la deuxième fois de sa vie. « Pour changer de président ». Mais François Hollande ne l'« inspire pas du tout ». Il a donc voté pour un candidat plus à gauche du PS. « Sans conviction ». Ici, Jean-Marie Le Pen a fait jusqu'a 24 % des voix – c'etait en 2002.
Toulouse. Bureau 74, à quelques encablures du Capitole, rue Sénéchal, 914 inscrits. Dans la minuscule salle municipale, une trentaine d'électeurs se pressent. Maïté Protet, la présidente et ses assesseurs, sont débordés : « On n'a pas fait de pause depuis huit heures. Le pic a eu lieu entre 10 heures et 13 heures. Les gens attendaient dans le couloir. » Dans ce bureau de l'hyper centre« plutôt de droite », qui a plébiscité Nicolas Sarkozy en 2007, comme le bureau précédent, rares sont les Toulousains qui acceptent de parler à la presse, à la sortie de l'isoloir. « C'est parce qu'ils votent Sarko ou Le Pen », note un militant du Front de gauche, tendance PC, venu voter. « Mon vote est secret. Je ne veux pas en parler », nous rabroue un papy. Le quadra derrière lui a la même réaction de rejet avant d'en dire le minimum : « Je vote depuis mes 18 ans l'extrême, pas la gauche mais l'autre, devinez ». Il espère un nouveau 21 avril où Marine Le Pen l'emporterait. Puis coupe court à la conversation : « Je dois aller travailler. » La quinquagénaire qui le précède, allure bourgeoise, est encore plus sèche : « Il est hors de question que je vous parle, surtout Mediapart. » Annabelle, 35 ans, psychologue, est la seule à accepter de témoigner. Elle a choisi la candidate d'Europe Ecologie-Les Verts, « la moins candidate des candidats », « pas une machine politique ». Elle a longtemps hésité entre Joly, Poutou et Mélenchon. Au deuxième tour, elle votera Hollande, mais, pour ce premier tour, elle entendait envoyer un signal, « voter clairement à gauche ». Assise sur une chaise, une vieille dame attend que son amie passe dans l'isoloir. Elle a 83 ans, a voté ce matin dans un autre bureau du centre-ville. Son discours est confus. Elle ne sait pas qui elle a voté : « J'ai envoyé une dame voter pour moi. Je lui ai dit “Vote qui tu veux” ». Avant, quand son mari était encore vivant, c'est lui qui votait pour elle : « à droite, je crois. » Chemise sous le bras, Sacha Briand, avocat et candidat UMP dans la première circonscription aux législatives, débarque dans la salle avec son épouse. Il fait la tournée des bureaux toulousains depuis 8 heures et constate « une forte mobilisation » : « Les sondeurs se sont trompés. Les Français étaient en fait dans une relative incertitude. » Il pense que la mobilisation va profiter « au grand candidat Nicolas Sarkozy », n'a pas « spécialement constaté de rejet du chef de l'État sur le terrain » : « Vous allez voir. Il va faire le plein de voix au premier tour. » Et de nous inviter ce soir à la permanence « fêter la bonne nouvelle ».
Entre 13 h et 16 h
A Villejean, quartier populaire de Rennes, Jacques, la cinquantaine, vote Mélenchon : « le PS, mon choix en 2007, c'est devenu le vote inutile. »
Aux Francs-Moisins, en Seine-Saint-Denis. À 15 h 30, la participation approche 40 % au bureau Renoir. Nabil : « Quand on est né en banlieue, on vote à gauche ».
Sur Twitter, pied de nez à la loi avec une série de messages codés censés donner les premiers résultats et estimations. Suivre le hashtag #radiolondres...
À Istres, à la mairie annexe du Prepaou, 58 % de participation à 15 heures et toujours la queue. Le président du bureau de vote en profite pour réclamer des bénévoles pour dépouiller les résultats à 18 heures.
Saint-Denis. Les Francs-Moisins, abonnés aux records d'abstention. Bureau Rodin, il n'y a pas foule. Mais la participation est élevée : 44,7 % à 14 h 30.
À Drancy, bonne participation dans deux bureaux de vote visités. Dans le bureau de 28, dont dépendent des quartiers populaires, la participation était de plus de 30 % à midi, et plus de 45 % à 14 heures. Dans la file d'attente, beaucoup de jeunes. Dans un bureau proche, plutôt composé de résidents de classe moyenne de zones pavillonnaires, la participation était aussi à 45 % à 14 h 30, en légère baisse cependant par rapport à 2007.
À Toulouse. Dans le bureau numéro Un de la ville rose, au premier étage de l'Hôtel de Ville, à quelques pas du Capitole, qui déroulera ce soir sur écran géant les résultats du premier tour, le calme est de retour après une matinée de bousculades et de files d'attente. « Plus de 40 % des 1 200 électeurs de ce bureau ont voté ! ». Jean-Marc Mansour, le président de ce bureau de vote de centre-ville« particulier », marqué par un fort électorat de droite, qui avait choisi Nicolas Sarkozy en 2007, est « agréablement surpris » par la participation. Tandis que son équipe d'assesseurs, des militants socialistes, du Front de Gauche, de l'UMP et une frontiste, accueillent la poignée d'électeurs qui défilent, il déjeune dans un coin de la salle et y va de son analyse. « Cela fait 25 ans, que je participe aux week-ends électoraux, élections locales et nationales confondues, dix ans que je tiens le bureau numéro 1. Je connais tout le monde et bien depuis ce matin, je vois des nouveaux, des jeunes mais aussi des anciens comme ce vieux monsieur, ce matin, qui n'avait pas voté depuis quarante ans ! ». Jean-Marc Mansour a « l'impression que le peuple de droite s'est réveillé pour rejeter... Nicolas Sarkozy ». Il a fait une pause pour aller voter à Marengo, près de la gare, et honorer une procuration à Lakanal, deux bureaux « plutôt bobos » du centre-ville. Là aussi, il a constaté « énormément de monde ». Dans les quartiers populaires, aussi, la participation est, semble-t-il, encourageante. Comme au Mirail. Rendez-vous dans ce quartier dans quelques heures pour un nouveau point.
Dans le quartier Villejean, quartier populaire de Rennes, la participation de 28 % à midi est satisfaisante selon la section PS locale, qui explique qu'ici, l'abstention est en général très importante.
Gandrange. Jérémie Jolliot entre dans le bureau de vote de Gandrange, accompagné de deux collègues. Tous les trois font partie du noyau dur des militants qui s'opposent à la fermeture des derniers hauts-fourneaux de Lorraine, à Florange.« Aujourd'hui, pour beaucoup de gens, c'est malheureusement plus un vote contre qu'un vote pour. Chez les ouvriers d'Arcelor-Mittal, le “Tout sauf Sarko” et largement partagé ». Il dit que nombre de ses collègues vont voter «Hollande ou Melenchon». Antoine, son collègue, lui lance : « J'espère que t'as voté utile ! ». Rire général.
À Nice, Olivier et Mirella ont respectivement 45 et 38 ans. Restaurateurs, ils ont voté ce dimanche midi dans un bureau de vote du 2e canton, en centre-ville. Pour le premier tour, ils ont décidé de« voter stratégique » :« On est indépendants, on a un intérêt énorme à ce que ce soit Sarkozy plutôt que Hollande, parce que la TVA pour la restauration va exploser, explique Olivier. Sarkozy se bat comme un tigre. » « Si les socialistes arrivent, ça nous fait peur pour l’intérêt du pays », ajoute Mirella, avant de préciser toutefois que pour la première fois de sa vie, elle a choisi de voter Front national. Son mari, Olivier, a fait le même choix : « Il nous est arrivé des événements ces derniers temps avec certaines populations qui nous ont poussé à faire confiance à Marine Le Pen pour le premier tour. On a envie qu’elle existe. On aime bien ses principes. On est d’accord avec elle quand elle dit qu’on n’a plus d’argent et qu’on ne peut plus donner. » Originaire de Bucarest, en Roumanie, Mirella estime que « les discours de Marine Le Pen sur l’immigration sont justes » : « Je travaille beaucoup moi, alors que les autres rajoutent aux dépenses du pays. Les gens, ils arrivent trop facilement et après ils ne font rien. Le système n’est pas assez verrouillé. »
Paris. Le Premier ministre François Fillon a voté en début d'après-midi à la mairie du VIIe arrondissement.
Gandrange vote massivement ce dimanche. Les deux bureaux de vote de l'école primaire Alexandre-Blanchet, face à la mairie, ne désemplissent pas. À 13 h 30, on comptait 45 % de participation dans le bureau numéro un, 49 % dans le bureau numéro deux. Même engouement dans le bureau rural de Boussange (44 %). « C'est assez exceptionnel, dit la responsable des élections. D'habitude, on a 20-30 % en milieu de journée. On peut atteindre les 80 % ce soir ». Gandrange, c'est une ville-boulet pour Nicolas Sarkozy. En 2008, il avait promis aux salariés d'Arcelor-Mittal de les aider à reprendre leur aciérie que le géant de l'acier voulait vendre. Les promesses n'ont pas été tenues. Aux régionales de 2010, l'UMP avait fait un piteux 12 %. Le record va-t-il être battu ? « On verra ce soir ! » s'amuse le maire (PS) Henri octave, tout sourire, qui a passe les dernières semaines à rameuter les électeurs pour éviter l'abstention, en général favorable au FN. Jusqu'à samedi, les procurations ont afflué. Ce dimanche, le maire à vu dans les poubelles beaucoup de bulletins Sarkozy, Le Pen, Dupont-Aignan, et « pas trop de Hollande ». « J'ai l'impression que le vote va être tourné à gauche », ajoute-t-il. En tout cas, le président sortant ne fait pas recette. « Il faut du changement, Sarkozy c'est une déception, c'est l'horreur », dit Isabelle, employée dans le commerce qui avait cru en Nicolas Sarkozy. « Je suis payez au Smic, et l'inflation ces derniers années je l'ai senti passer. » Elle souhaite qu'un « petit candidat » créé la surprise, ne dit pas lequel.« Il fait pas beau aujourd'hui, mais les gens veulent du changement, c'est sûr », renchérit Angèle, ouvrière dans l'aéronautique. Le vote FN reste une des inconnues du scrutin. En 2007, Jean-Marie Le Pen avait réuni 16 % des voix au premier tour, six points de plus qu'au niveau national.
Paris 12e. Dans le bureau de vote de la rue Baudelaire :
À Nice. A 13 heures, bon nombre de bureaux du 2e canton ont atteint près de 50 % de votants. « On n'arrête pas ! », commentent les assesseurs. Dans les couloirs du lycée Masséna (centre-ville), les électeurs interrogés par Mediapart ont tous voté Nicolas Sarkozy.« Le meilleur CV ! » assure Nathalie, fleuriste de 47 ans.
À Istres, le préposé aux listes de l'école Camille Pierron, un des bureaux de vote du quartier du Prépaou, n'a pu pas levé la tête depuis l'ouverture. À 13 heures, près de la moitié des 1 075 inscrits ont déjà voté. Nadine, une infirmière de 57 ans, a pour la première fois choisi un autre candidat que celui du PCF. Sans grande illusion sur les chances de son poulain. « J 'ai voté Poutou, juste pour faire voir mon mécontentement. Mélenchon c'est un ancien socialiste qui a déjà été ministre, ce n'est pas avec ces ténors qu'on sortira de cette merde et de cette crise mondiale. » « Ici, c'est un quartier prolétaire, je pense que, sûr, ça sortira à gauche ce soir », précise Isabelle, 51 ans. Elle a voté Hollande même si elle pense que « ça ne changera rien pour nous les ouvriers ». En 2007, elle avait cru en Sarkozy, « surtout à cause du pouvoir d'achat », mais, déçue, elle rentre au bercail. Sa fille, Vanessa, 29 ans, vote Mélenchon car il a « le charisme d'un président ». À l'entrée de l'école, Riad, 22 ans, hésite encore entre Hollande et Mélenchon. Employé à la mairie et vice-champion de France de boxe, il n'est pas inquiet pour son avenir mais plutôt pour celui de la génération à venir et de ses frères qui travaillent en usine en intérim. « Il y a de moins en moins de missions. » Laurent, 39 ans, a glissé un bulletin Mélenchon, mais il « flippe un peu », que Hollande ne soit pas au second tour. Chef de chantier en électricité industrielle, il n'est pas rassuré du tout sur l'avenir des industries du pourtour de l 'étang de berre.« Mélenchon a parlé du bassin méditerranéen, des emplois maritimes, nous en dépendons beaucoup. »
Avant 13h
Paris. Nicolas Sarkozy a voté dans le XVIe arrondissement. C'était le dernier candidat à ne pas avoir encore voté.
La participation à midi est légèrement inférieure à 2007 mais supérieure à tous les autres scrutins depuis 1981, selon les chiffres officiels du ministère de l'intérieur. Elle s'élève à 28,29 % en métropole, contre 31,21% en 2007, 21,41 % en 2002, 23 % en 1995, 27,93 % en 1988 et 25,9 % en 1981.
À Paris, le taux de participation à midi était de 21,68 % contre 20 % en 2007.
Tulle. François Hollande a voté peu avant midi.
Nice, les gens se pressent dans l'école des Oliviers, dans le quartier Nice-Nord. A 11 h 45, le bureau 1108 du 11ecanton niçois comptait 306 votants pour 1023 inscrits. « On n'arrête pas depuis ce matin, commente Josette, bénévole. Aux autres élections, on s'ennuie, mais pas là ! » Jeanne, retraitée de 66 ans, a voté Nicolas Sarkozy :« Il a fait des erreurs, c'est vrai, mais il les a reconnues, alors bon... »« De toute façon, tout le monde vote à droite ici, estiment Maurin, 20 ans, forestier-sapeur, et Michaël, 47 ans, chef d'entreprise. Le maire (Christian Estrosi – ndlr) est de droite et il fait des choses bien, donc les Niçois suivent. »
Un point sur la presse étrangère
- El País, premier quotidien d'Espagne : « La France vote pour l'avenir de l'Europe »
Extraits : « Si l'on en croit les sondages, le coude à coude entre les deux favoris au premier tour se terminera par une défaite de l'hyper actif poulain de la droite française, qui avait promis, à son arrivée au pouvoir, la rupture et le retour à la ‘grandeur’, mais qui a terminé son mandat dans un style plus proche de celui du maréchal Pétain que d'un réformiste du 21e siècle. »
« Beaucoup d'Européens pensent, comme l'a déclaré cette semaine Felipe Gonzalez (ancien premier ministre socialiste espagnol – ndlr), que “Merkel est en train de conduire l'Europe à la ruine ” (…). Et ils sont convaincus qu'une victoire de Hollande ouvrira une nouvelle ère. Le problème, c'est que la crise et la gestion qu'en a fait Nicolas Sarkozy, ont relégué la France au deuxième plan sur le continent, avec une véritable perte d'influence dans la prise de décision européenne. »
« Nicolas Sarkozy a prévenu qu'il se retirerait de la politique s'il perd cette présidentielle. Ce serait là un final triste et prématuré, pour celui qui a sans doute été le dirigeant européen le plus offensif, envahissant et prétentieux des dernières années. »
- La Libre Belgique, deuxième quotidien francophone de Belgique, titre « Suspense en France », et invite à la « prudence » face aux sondages, en particulier pour mesurer le vote du FN.
Extrait : « Les sondages ont toujours peiné à quantifier exactement le vote Front national. Lors des présidentielles précédentes, tous redressaient la cote de Jean-Marie Le Pen. Pour compenser la sous-déclaration de cette intention de vote, par des sondés gênés d’avouer voter pour un parti pas encore censé être “dédiabolisé”. Cette fois, les sondeurs ont moins, ou pas du tout, redressé la cote de Marine Le Pen : ils ont parié que le vote en sa faveur était moins indicible que celui pour son père. Mais l’intéressée n’ayant jamais brigué l’Elysée auparavant, rien ne dit qu’en pariant de la sorte, les sondeurs sont dans le bon. »
Le quotidien belge promet aussi, comme son concurrent Le Soir, les premiers résultats du vote « dès 18 h ».
- Le Financial Times: « La France aux urnes »
Extrait : « Avec la cote de popularité la plus basse, pour un président français en fin de mandat, depuis les années 50, les sondages annoncent que M. Sarkozy connaîtra le même destin que ces dirigeants italien, grec, espagnol, portugais ou encore irlandais, qui tous, depuis le début de la crise de l'euro, ont perdu dans les urnes. »
Le FT consacre aussi un portrait à François Hollande, « gentil apparatchik de parti qui n'a jamais été ministre de sa vie, malgré ses trente ans d'expérience en politique, et qui pourrait devenir, dans deux semaines, le président français ». Le candidat socialiste serait, si l'on en croit le FT, « regardé avec suspicion par les marchés financiers : il a promis la discipline budgétaire, mais prévoit d'augmenter les dépenses publiques et les impôts, de défaire une partie de la réforme des retraites de M. Sarkozy, et de batailler avec les banques et les salaires des grands dirigeants. Il a même dit un jour : 'Je n'aime pas les riches'. »
- Sur le site du Huffington Post américain : « Élections françaises : tout est affaire d'émotion »
Extraits : « A l'instar de barack Obama, Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir porté par une promesse de changement. Son élan s'est rompu, à cause de la crise financière, mais aussi de ses propres échecs. Dimanche, le leader français se trouve engagé dans un difficile affrontement avec neuf autres prétendants à la présidentielle, dans un climat de peur et de colère mêlées. »
« Les candidats n'ont cessé d'exprimer, durant la campagne, la nostalgie d'une époque plus sûre. La France, l'une des premières destinations touristiques mondiales, l'une des principales puissances économiques, n'a pas le moral, quand il s'agit de parler de sa dette, de ses migrants, de ses feuilles de paie qui n'augmentent pas, et surtout, de son avenir. »
- Le New York Times a mis en ligne samedi une tribune d'Olivier Guez, correspondant à Paris du Frankfurter Allgemeine Zeitung, intitulée: «La France vote pour hier» (reprise en français sur lesite du Huffington Post).
Extrait : «La France est une vieille nation qui cultive de plus en plus la tentation d'une île. Tant d'exemples accumulés ces dernières années me viennent en tête: les sempiternelles couvertures des magazines consacrées depuis plus de cinq ans et à un rythme quasi hebdomadaire au président Sarkozy, à ce qu'il dit, à ce qu'il prépare, à ce qu'il lit, à ce qu'il mange, à ses plans secrets et à sa stratégie occulte...; la désignation, dès le... 7 janvier, de Jeanne d'Arc comme femme de l'année 2012 par Le Figaro; le numéro collector du Figaro Magazine consacré aux Français, ce même jour, où l'on pouvait savourer ces perles consacrées à "l'éden" français par Denis Tillinac (…)».