En campagne tout est permis
Louis Renault, rien ne l'arrête, même pas ses freins», disait perfidement, jadis, son principal concurrent, André Citroën. La fin de la campagne présidentielle est dans cette tonalité: descente à tombeau ouvert dans la course à la facilité, sinon à la médiocrité. Rien n'arrête Nicolas Sarkozy qui, dans une longue interview publiée hier par le JDD, confirme ce qu'il avait annoncé dès mercredi lors de son voyage express à La Réunion. Il réformera le permis de conduire pour rendre l'examen moins long et moins cher. Le sujet aura tenu la distance toute la semaine. Voilà un projet de société très excitant et digne du plus haut sommet de l'État, loin des fredaines de la dette et de l'emploi: apprendre à conduire à bon marché pour se faire plus vite une place au soleil. D'ailleurs, toutes les enquêtes d'opinion le disent, l'examen du permis de conduire est une préoccupation majeure des Français, au même niveau que le mode d'abattage des animaux destinés à la consommation!
Mercredi soir en meeting à Rennes, François Hollande brocardait l'art de la diversion du candidat-président qui se mêle de tout, «y compris du permis de conduire». Pourtant, en visite en banlieue samedi, il n'a pas résisté à la tentation de doubler le sortant sur son terrain. Il y est allé lui aussi de son couplet sur le permis, promettant aux jeunes qui accomplissent un service civique de les aider à passer cet examen. À ce jour, François Hollande est toutefois en retard d'une longueur sur Nicolas Sarkozy. Il n'est pas encore entré dans le calendrier du versement des pensions et retraites. Toujours dans le JDDd'hier, Nicolas Sarkozy précise ce qu'il avait également annoncé la semaine passée. S'il est réélu, la première mesure qu'il prendra, toutes affaires cessantes, sera d'avancer du 8 au 1er de chaque mois le versement des retraites. Il faut au moins être Président de la République afin de décider d'une mesure aussi stratégique... pour gagner des voix.
Aussi importants que puissent être ces deux sujets dans la vie quotidienne des Français, leur utilisation dans la campagne est abusive et révèle les travers désastreux d'une élection hypertrophiée et hypermédiatisée. Comme si le Président était l'homme providentiel dont la seule élection changerait le prix du chou-fleur, comme si une accumulation de détails pratiques valait sens dans la construction permanente de la société. Les Français ne sont pas dupes de cette chasse aux voix, ici des jeunes, là des vieux. Ils méritent que les candidats fassent confiance à leur intelligence collective en élevant le débat. Ce serait sans doute là la meilleure façon de lutter contre l'abstention tant redoutée.