En attendant la semaine des 4 jeudis...
Jacques Guyon - 09/12/2010
Même s'il ne viendrait à l'idée de personne de nier l'enjeu qu'ils représentent, force est de constater qu'on se penche décidément beaucoup ces temps-ci sur les problèmes d'éducation. Ainsi après le rapport PISA de l'OCDE rendu public mardi, voici qu'aujourd'hui une mission d'information, franco-française celle-ci, vient de rendre à son tour un rapport tout aussi accablant.
Si le point commun entre ces deux études est qu'elles dressent un bilan peu reluisant de la situation actuelle dans nos écoles, collèges et lycées, on ose espérer que les conclusions de la seconde ne vont pas servir à exonérer nos responsables du triste état des lieux de notre système éducatif dressé par la première...
D'un côté on a donc une école et un collège jugés tout juste dans la moyenne des 65 pays de l'OCDE et affiliés, un système qui au fil du temps ne cesse de se dégrader et de produire de plus en plus d'inégalités. De l'autre, voici donc cette mission parlementaire composée d'élus de la majorité et de l'opposition qui préconise rien de moins que d'interdire la semaine de quatre jours dans le primaire!
Après avoir tracé un tableau apocalyptique des rythmes actuels, la mission explique qu'une telle interdiction généralisée «enverrait un signal fort de prise en compte de l'intérêt de l'enfant». Et voilà qu'on nous explique ce que nombre de personnes normalement sensées avaient déjà dénoncé sans même avoir recours aux lumières des chronobiologistes: aujourd'hui, les journées d'école - six heures - sont trop longues pour les enfants...
Et dire qu'il y a deux ans, Xavier Darcos, alors ministre de l'Education et bon nombre de têtes «pensantes» nous expliquaient que la semaine de quatre jours c'était bon pour tout le monde et que l'article D521-10 du code de l'éducation venait entériner une telle analyse en rendant obligatoire la semaine de quatre jours! Vérité d'hier... Sauf que celle d'aujourd'hui ne sera pas forcément celle qui se concrétisera demain.
Quand on entend Valérie Pécresse expliquer qu'il ne faut pas se contenter de travailler seulement avec la communauté éducative mais «l'ensemble des Français», ou quand Luc Chatel note que la semaine de 4 jours «n'est pas une obligation, mais une possibilité», on pressent qu'il y a du lobbying dans l'air et pas seulement du côté des professionnels du tourisme. Quand un syndicaliste - qui était pourtant contre la semaine de 4 jours... - évoque aujourd'hui les difficultés que pourraient rencontrer les familles recomposées si les vacances d'été devaient être réduites, on ne peut s'empêcher d'y voir le faux nez qui cache la peur de perdre un avantage acquis...
Or s'il est vain de croire qu'en modifiant seulement le rythme scolaire on propulsera la France au classement PISA, il n'est peut-être pas inutile de constater qu'en Finlande, championne d'Europe de la réussite scolaire, les enfants vont à l'école 5 jours par semaine et 190 jours par an. Contre 144 en France. Mais c'est sans doute parce que les hivers y sont plus longs.