Elue, Eva Joly imprime sa marque à l'écologie politique

Publié le par DA Estérel 83

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La scène était sans doute préparée, à destination des photographes et cameramen, mais elle en dit long sur le moment politique. Cécile Duflot et Stéphane Hessel, tous deux mascottes à leur manière d'Europe-Ecologie/Les Verts (EELV), et tous deux ayant affiché implicitement ou explicitement leur soutien à Nicolas Hulot, ont tous deux chaussé les lunettes rouges d'Eva Joly. Dans la salle parisienne de la Bellevilloise, mardi après-midi, l'eurodéputée franco-norvégienne a été officiellement investie candidate écologiste à la présidentielle. Son score au deuxième tour de la primaire, ne souffre d'aucune contestation et bat en brèche les prédictions médiatico-sondagières d'il y a encore trois semaines. Avec 58,16%, contre 41,34% pour Nicolas Hulot, l'ancienne magistrate remporte une victoire éclatante en s'imposant à un appareil qui ne croyait pas franchement en elle.

«Certains ont confondu événement médiatique et événement politique», sourit en coin Yannick Jadot, porte-parole d'Eva Joly. Selon l'eurodéputé ancien de Greenpeace, «il y a bien un message à lire dans cette primaire, c'est que les sympathisants écolos n'on plus forcément envie qu'on porte dans les débats électoraux notre conscience des enjeux planétaires, mais bien notre envie d'accéder au pouvoir pour amener un renouveau démocratique». Désormais, elle a «la légitimité et la crédibilité», et son équipe entend qu'on ne lui conteste plus ces qualités.

Pour son premier discours, Eva Joly est revenue à ses fondamentaux, ceux qui l'avaient vu crever l'écran et gagner le cœur des militants écolos lors des européennes de 2009. Justice sociale, éthique, lutte anti-corruption. Son accent et sa bi-nationalité en bandoulière. «Mon accent est la marque du rayonnement de la France dans le monde entier», a-t-elle dit, avant de décliner sa volonté d'incarner durant les neuf mois qui arrivent«l'intérêt général au-dessus des lobbies et des profits immédiats»«la France du sang mêlé, des banlieues, des chômeurs et des petits salaires»«la France du combat contre la criminalité financière»

 

 

 

 

Elle a beau avoir également parlé de «la croissance qui ne peut pas être la réponse au chômage» et avoir plaidé «pour la modération énergétique et la sortie du nucléaire», Jean-Paul Besset ne cache pas son amertume devant cette intervention. Selon ce très proche de Nicolas Hulot, «il y a de quoi être inquiet pour l'avenir avec un tel discours. L'écologie, ce n'est pas l'identité d'Eva Joly. Il faut parler à la société en fonction de ce qu'elle est réellement et pas de ce qu'on a dans la tête. On peut réciter un programme, mais ce n'est pas ça qu'on attend». Son acolyte Pascal Durand, autre soutier de la Fondation Nicolas Hulot ayant franchi la pas de la politique lors de la fondation d'Europe-Ecologie, dont il est aujourd'hui l'un des porte-parole, tente de modérer l'amertume: «On est triste, bien sûr, mais cette victoire ne souffre d'aucune contestation. Nicolas a manqué de temps pour convaincre, sa notoriété lui a joué un mauvais tour, mais si Eva a été choisie, c'est aussi qu'elle est apparue comme le meilleur choix pour les militants».

«Petite musique»

Cécile Duflot, quant à elle, a assuré Eva Joly du soutien d'EELV, «complet, définitif et enthousiaste», reconnaissant qu'elle avait su «convaincre de sa pugnacité, de sa loyauté et de sa solidité». En coulisse, la secrétaire nationale semblait presque surprise par la «maturité politique» de son mouvement, qui connaît pour la première fois de son histoire un vote d'investiture présidentielle incontestable.

Si elle «assume d'avoir été plus accueillante avec Nicolas, comme je l'ai été il y a trois ans avec Eva», elle réfute tout parti-pris et analyse la victoire inattendue de l'eurodéputée comme «une incitation à ne pas être dans la surréaction, et à se réinscrire dans le moyen/long-terme». Elle regrette tout de même que Joly ait «mordu la ligne jaune» en attaquant verbalement Hulot, estimant qu'«on n'a pas intérêt à reproduire les méthodes anciennes des Verts, comme les vieilles ficelles politiques». Un de ses proches redoute aussi qu'elle ne fasse «une Jospin, avec un projet qui ne serait pas écologiste». Mais en tant que chef de parti, Duflot entend surtout «faire le pont avec l'alternative à gauche», et compte retenir les 33.000 inscrits à cette primaire dans son mouvement, notamment pour débattre du projet lors d'Assises dont la synthèse sera dévoilée à l'automne, après la primaire socialiste. 

D'ici là, chacun sera parti en vacances, avec l'espoir pour certains de se retrouver au complet à la rentrée, lors des journées d'été d'EELV autour du 20 août à Clermont-Ferrand. Hulot sera-t-il de la partie? «Nicolas ne peut dire ce qu'il a dit et ne pas rester dans le collectif, pour apporter sa petite musique, comme Dany (Cohn-Bendit)», élude Jadot. «On ne va pas lui courir après, il faut d'abord qu'il en ait envie», dit Jean-Vincent Placé, conseiller spécial de Duflot. Lui se dit impressionné par «la détermination et la ténacité» d'Eva Joly, estimant qu'elle doit sa victoire«la clarté de sa ligne politique». Et d'imaginer «une certaine force tranquille de l'écologie, qui va désormais tranquillement se dérouler, au-delà des emballements et des gênes d'éditorialistes et de cercles germanopratins, vers un score à deux chiffres».

 

Retrouvez ci-dessous tous nos articles sur la primaire écolo, de la quasi-investiture par acclamation d'Eva Joly aux journées d'été de Nantes en août dernier jusqu'à aujourd'hui, en passant par l'entrée en scène de Nicolas Hulot…

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Publié dans Elections

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