Elections cantonales: le FN bouscule l'UMP

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart

 

 

 

«On remplace l'UMP», a lancé Bruno Bilde, l'attaché de presse de Marine Le Pen, dimanche soir, évoquant notamment le maintien du FN dans trois cantons sur quatre à Lille.

 

A l'échelle nationale, le Front national obtiendrait environ 15% des voix au premier tour des élections cantonales, selon le ministre de l'Intérieur. Il sera présent au second tour dans plus de 200 cantons, opposé dans la majorité des cas (plus d'une centaine) au PS, selon un décompte portant sur 72 départements. En 2004 comme en 2008, le parti frontiste n'avait obtenu que 4,8% des voix au niveau national lors du premier tour. En 2004, il n'avait participé qu'à six triangulaires (et aucun duel).


«C'est peut-être le meilleur résultat de notre histoire aux cantonales», a répété Marine Le Pen en boucle sur toutes les chaînes, depuis son QG, à Nanterre. «Le FN fera probablement 18% des voix dans les quelque 1500 cantons où il est présent. C'est à comparer aux 8% de 2008 et aux 12% là où il était présent en 2004», a-t-elle anticipé. Dès 20 heures, Jean-Marie Le Pen fanfaronnait: «Le FN est souvent au second tour, même en tête». «C'est le printemps francais», a carrément annoncé Wallerand de Saint-Just, le trésorier du FN.

 

Comment interpréter ce résultat nationalement? Certes, le FN, en partant avec zéro élu dans les départements, ne pouvait que crier victoire. Mais il a réalisé une percée considérable, après ses déroutes aux législatives de 2007 (4,29%) et aux européennes de 2009 (6,8%). Et ce d'autant plus qu'il n'était présent que dans 75% des cantons renouvelables - ce qui a entraîné une baisse de sa moyenne nationale. «Sur les cantons où nous présentions des candidats, nous obtenons autour de 18%», a dit le secrétaire général du parti, Steeve Briois.


Dans de nombreux cantons, notamment dans le Nord-Pas-de-Calais et la Provence-Alpes-Côte-D’azur, le FN est même devant le parti majoritaire. Il parvient à devancer l'UMP et affrontera la gauche dans quelque 200 duels. Steeve Briois y voit «le retour de boomerang de 2007 pour Sarkozy». «Les électeurs veulent être protégés, ils veulent qu’on lutte contre l’insécurité, contre l’immigration. Sarkozy les a leurrés en 2007, il les a trahis, ils s’en souviennent. (...) il lui en veulent profondément, il est fini». Claude Goasguen, député UMP de Paris, estimait lui-même que les résultats de ce premier tour sont «un avertissement lancé à l'UMP et à Nicolas Sarkozy».

Le Front national a également renforcé son implantation dans certaines régions (Nord et Sud-est). Dans le Nord-Pas-de-Calais, où se trouve le fief de Marine Le Pen (Hénin-Beaumont), il est désormais la deuxième force politique de la région (derrière le PS). Il y totalise 23% des voix et figure dans 17 duels (dont 16 contre la gauche). Steeve Briois arrive en tête dans son canton avec 36% des voix. A Hénin-Beaumont, il atteint même les 43%.

En PACA (Var, Bouches-du-Rhône, Vaucluse), terres historiques du FN, il est quasiment partout au second tour. A Marseille, il dépasse carrément les 30%. A Carpentras, il arrive largement en tête avec plus de 33% , devant le sortant socialiste à 23 % seulement, tandis que l'UMP ne passe pas la barre du deuxième tour. Dans le Var, département métropolitain le plus sarkozyste lors de la présidentielles de 2007, à Fréjus David Racheline, fidèle de Marine Le Pen, atteint 39%.


 

Le FN perce hors de ses terres

Mais le parti de Marine Le Pen a, dans le même temps, effectué de fortes poussées dans des départements plus inattendus, comme l'Ardèche (où quatre duels contre le PS - dans 16 cantons - étaient annoncés dimanche soir) ou la Nièvre (à Nevers-Est, il se qualifie au second tour avec 19,57% des voix). Dans l'Yonne, le FN est devenu le premier parti politique en suffrages exprimés, avec 20,29 %. A Metz, le maire (PS) Dominique Gros est devancé de neuf voix par le candidate frontiste.


Même dans l'Ouest, où le FN est historiquement très faible, il y effectue quelques poussées. A Chatellerault-Sud, dans la Vienne, il recueuille 20,8% et sera présent au second tour. A Rennes-Le-Blosne, quartier populaire de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, il arrive en deuxième position avec plus de 14% des voix.


Des résultats auxquels le parti frontiste n'était plus habitué. Marine Le Pen s'est d'ailleurs efforcée, dimanche, de prendre de la hauteur en tenant un tout nouveau discours: le vote frontiste «n'est plus exclusivement un vote sanction mais bel et bien un vote d'adhésion», a-t-elle répété.

«Aujourd'hui les Français sont conscients qu'ils sont face à un vrai choix», estime-t-elle. La semaine dernière, dans le Var, elle nous expliquait«récolter les fruits semés depuis dix ans», assurant que «(son) projet rencontr(ait) enfin de l'écho». Dimanche soir, elle a promis «le début d'un grand renouveau. Nous allons à nouveau créer la surprise».


Autres argument double mis en avant par le FN pour se féliciter de ses résultats: les élections cantonales sont traditionnellement «difficiles» pour le FN («ce scrutin avantage les petits notables, les sortants») et la réforme électorale (avec le relèvement du seuil pour être qualifié au second tour de 10 à 12,5% des électeurs inscrits), a joué en sa dévafeur. «On partait avec un boulet au pied et pourtant, on réalise un très bon score», a expliqué Steeve Briois.

La présidente du FN a longuement fustigé une majorité présidentielle qui a,«en catimini», «au dernier moment», «relevé le seuil (pour le second tour)»: l'UMP «enregistre une très lourde défaite» et est «la principale victime du changement de mode de scrutin», a-t-elle ironisé. «Lorsqu'on crache en l'air, à un moment cela vous retombe sur le nez», a commenté Jean-Marie Le Pen.

Dimanche soir, le FN voulait croire en ses réserves de voix, nichées chez les abstentionnistes. «A chaque fois que l’abstention est forte, c’est le FN qui en pâtit. Et quand on voit les études, Marine le Pen obtient 27% chez les abstentionnistes. Ça veut dire qu’on a encore une réserve de voix», affirme Steeve Briois. Marine Le Pen a appelé, sur toutes les chaînes, à«renforcer la vague bleue Marine» au second tour et s'est directement adressée aux abstentionnistes: «Déplacez-vous! C'est le moment où jamais!», a-t-elle lancé.

Son parti, lui, s'est empressé d'atttribuer cette percée à sa présidente, intrônisée en janvier dernier. «Marine Le Pen est un atout maître, un atout coeur», a vanté Jean-Marie Le Pen. «Avec sa personnalité, on n’est plus perçus de la même manière qu’avant», estime Steeve Briois. Tout en admettant: «Ce n’est pas le même masque mais c’est la même politique».

 

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Publié dans Elections

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