Egypte : l'armée juge légitimes les revendications populaires
Le communiqué est tombé ce lundi soir, à la veille d'une journée décisive pour le mouvement de protestation en Egypte : l'armée égyptienne a annoncé qu'elle jugeait « légitimes » les revendications du peuple, qui réclame depuis une semaine le départ du président Moubarak et des réformes démocratiques.
S'adressant au « grand peuple d'Egypte », l'armée a également assuré qu'elle ne recourrait « pas à l'usage de la force contre le peuple égyptien ». « La liberté d'expression de forme pacifique est garantie pour tous », a affirmé le porte-parole de l'armée, cité par l'agence officielle Mena et la télévision d'Etat.
Cette déclaration est évidemment de la plus grande importance, alors qu'un appel à la grève générale a été lancé pour mardi, avec l'espoir de réunir un million de personnes dans la rue, pour la plus grande manifestation depuis le début du mouvement.
Le statut de cette déclaration du porte-parole de l'armée, rapportée par les agences de presse, est troublant. Le président, le vice-président, et le premier ministre égyptien sont tous les trois des militaires, et c'est évidemment Hosni Moubarak, en tant que chef de l'Etat, qui reste le commandant en chef des forces armées.
Ce dernier a de surcroit voulu montrer lundi qu'il restait aux commandes, en remaniant son gouvernement dont ont été écartés certains ministres les plus impopulaires, dont celui de l'Intérieur, Habib al-Adly.
L'armée joue un rôle apaisant dans la rue
Depuis le début du mouvement, les militaires ont évité d'entrer en confrontation avec les manifestants, et ont au contraire joué un rôle apaisant après la centaine de morts de vendredi, lors des confrontations avec la police. A plusieurs reprises, des militaires ont même fraternisé avec les protestataires.
L'armée est une institution centrale en Egypte depuis plus d'un demi-siècle, depuis le coup d'Etat des « officiers libres » dont un certain Gamal Abdel Nasser en 1952.
Dans l'équation politique qui se développe depuis une semaine, Hosni Moubarak a fait un premier geste en nommant Omar Suleiman, le chef de ses services secrets, un officier supérieur de 74 ans, au poste de vice-président, qui n'avait jamais été occupé depuis un quart de siècle.
Suleiman, homme de toutes les négociations diplomatiques mais aussi homme des basses oeuvres de torture des islamistes, n'est pas acceptable pour remplacer éventuellement Moubarak aux yeux des manifestants.
Quelle armée s'exprime donc au travers de cette déclaration du porte-parole ? Celle de l'état major, contrôlé par Hosni Moubarak et Omar Suleiman ? Ou y a-t-il une prise de distance entre cette armée et le pouvoir suprême ?
C'est avec cette question sans réponse, mais forts de la promesse de l'armée de respecter leur « liberté d'expression », que les manifestants descendront dans la rue mardi au Caire et dans les grandes métropoles égyptiennes, pour une journée qui pèsera lourd.