Ecoutes de l'Elysée: comparaison n'est pas raison

Publié le par DA Estérel 83

Marianne2-copie-1 Joseph Macé-Scaron 15/09/2010

En 2007, il s'était érigé en pourfendeur des pratiques peu orthodoxes utilisées par ses prédécesseurs… Après trois ans de mandat, Nicolas Sarkozy a fait son lot des petits coups fourrés, en espionnant des journalistes du Monde. Mitterrand a fait pire en son temps, se défend-t-il. Une ligne de défense lassante -mais véridique- contre laquelle Marianne s'engage.
A peine connu l’espionnage des journalistes du Monde, l’Élysée et ses relais médiatiques ont entonné comme un péan que François Mitterrand faisait, en l’espèce, bien pire.

Peut-on s’arrêter juste quelques secondes à cette ligne de défense pour le moins baroque qui vise à absoudre les turpitudes actuelles au regard de ce qui s’est produit dans le passé ? Les historiens nous diront, plus tard, si ce pouvoir là s’inscrivait ou non dans la lignée des régimes précédents. Pour l’heure, cela n’est pas l’affaire des citoyens. Cela ne peut pas, ne doit pas l’être. Il serait maladroit et même stupide d’accepter d’entrer dans ce jeu.

Cette méthode qui consiste, en permanence, à se justifier en trouvant des éléments de comparaison dans le temps et dans l’espace, finit à la longue par être lassante. Il nous rappelle ces sales gosses qui, dans leurs classes, s’appliquent à se protéger en dénonçant les bêtises ou les infractions de leurs petits camarades lorsqu’ils sont pris la main dans le sac.

François Mitterrand a usé, lui aussi, de l’arbitraire et du fait du Prince ? Quelle découverte ! Quelle nouveauté ! Qui le conteste ? Certainement pas les socialistes qui furent les premiers à pratiquer le droit d’inventaire, bien avant que cette formule soit employée et bien avant que cette présidence ne s’achève.
On cherche avec une lanterne dans les rangs de l’UMP, ceux qui seraient prêts actuellement à se livrer à ce périlleux exercice.

Mitterrand mettait sous écoute comme Pompidou et bien d’autres ? Certes. Mais faut-il rappeler que nous ne vivons pas, que je sache, sous son double septennat ? Mitterrand est mort et remort. Nous subissons, aujourd’hui, le quinquennat d’un homme qui fit – notamment – campagne en nous expliquant combien il allait rompre avec les anciennes pratiques politiques. On a vu le résultat. Nicolas Sarkozy est parvenu surtout à concentrer quatorze ans de coups fourrés présidentiels durant la seule moitié de son mandat présidentiel. Pour le moment, la rupture sarkozyste s’arrête à ce haut fait d’arme.

Au train où vont les choses, il faudra bientôt remonter aux mœurs carolingiennes et à avoir à l’esprit la Corée du Nord pour accepter l’inacceptable. Plus sérieusement et simplement, la question n’est pas ce qui se passait autrefois ou ce qui se passe en Bordurie. Mais ce qui se passe en France. Mitterrand dirait : « Ici et maintenant ».

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Publié dans Politique

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